I. Rapiclde Pholius
Depuis huit ans que Pholius étoit déposé et exilé, il n'avoit point cessé de tentera se rétablir, et d'employer toutes les inventions de son esprit contre le patriarche Ignace (1). Mais, comme le saint prélat ne lui donnoit aucune prise, il chercha les moyens de s'attirer les bonnes grâces de l'empereur Rasile, et n'en trouva point de meilleur que de flatter sa vanité par une fausse généalogie. 11 lefaisoit descendre du famcuv Tiridale , roi d'Arménie, inventant des noms et une histoire telle qu il lui plut , jusqu au père de Basile, qu'il nomma Béclas , nom comj)osè des premières lettres de ceux de Basile même , de sa femme Eudoxie et de .ses quatre (ils, Constantin, Léon, Alexandre, Stéphane ou Etienne. Il ajouta à cette table une prophétie, suivant laquelle le régne de Basile devoit être plus heureux et plus hmg (lue ceux de tous les princes passés, et mille tl.itteries semblables , qu'il savoit être de son goût.
Il écrivit ce bel ouvrage sur de très-ancien papier, en lettres alexandrines , imitant le mieux qu'il put l'écriture antique ; puis il ôta la couverture d'un livre très-vieux, dont il le revêtit , et le lit niettre dans la grande bibliothèque du palais par Théophane, alors clerc de l'empereur, dont il étoit estimé pour sa doctrine , et depuis évêque de Césarèc en Gappadoce. 11 agissoil de concert avec Photius, et prit son temps pour montrer ce livre à l'empereur, comme le plus merveilleux et le plus curieux de toute sa bibliothèque, feignant en même temps que ni lui ni aucun autre ne pouvoit l'entendre , excepté Photius. On envoie aussitôt à lui : il dit qu'il ne peut découvrir ce secret qu'à lempereur lui-même, de qui parle cet écrit. Basile se laissa séduire à cet arli(i( e ; et , cédant à la curiosité et à la vanité, il fit revenir Photius et le remit dans ses bonnes grâces. Il étoit continuellement au palais , et gagna entièrement le prince par ses fl.itteries et ses discours artificieux.
11 s'appuya d'un autre imposteur, Théodore, surnonune Santabaren, du nom de son père, qui , étant manichéen et magicien de prufes-
(1) Nlcet. Viia. Ign. p. 1250, E.