XVI. Troisième session
La troisième fut tenue deux jours après, savoir , le jeudi dix-neuvième de novembre , Photius présidant , et tout le reste comme à la seconde session. Le cardinal Pierre fit lire la lettre du pape aux évêques dépendants de Constanlinople et aux autres patriarches, et elle fut lue par le diacre et pnmotolaire Pierre; mais elle ètoit altérée comme les autres, surtout à l'endroit où il ètoit dit que Photius devoit demander miséricorde devant le concile ; car on y disoit seulement qu'il ne devait paj» dédaigner de reconnoitre devant le concile la bonté et la miséricorde dont l'église romaine avoit usé en le recevant (1). Après que cette lettre eut été lue, le concile déclara qu'il la recevoit, excepté ce qui regardoil l'empereur, c'est-à-dire la juridiction sur la Bulgarie. Procope de Césarée releva ce qui touchoit l'ordination des laïques à l'èpiscopat, appuyant sur l'autorité duconcilede Sardique. Zacharie de Chalcèdoine parla sur le même sujet, et dit entre autres choses : La coutume combat souvent la règle, pour élever des laïques au sacerdoce (2) ) ; et j'en ai la preuve dans le second concile (Bcuménique, non par ses discours, mais par sa conduite, puisqu il déclara patriarche de Constanlinople Nectaire, qui venoit d être baptisé. Vous avezlesexemples du grand Arabroise, d'Ephrem d'Antioche, d'Eusèbe de Cesarée, et tant d'autres qu'on ne les peut compter. Il rapporte un passage d'une lettre de saint Basile à Amphiloque; et pour montrer que Pholius n'est pas proprement dans le cas du canon, il soutient qu'il n'a jamais été homme d'affaires, mais homme de lettres ; que son |)ére et sa mère ont souffert pour la religion , et que lui-même a converti en Arménie et en Mésopotamie, quantité de personnes qui étoient dans l'erreur, des nations entières et des barbares.
On lut ensuite la lettre synodique à l'empereur du défunt patriarche de Jérusalem, Théodose. Il y exposoit ses misères comme les autres, mais en termes généraux, et demandoit du secours. II recevoit Photius, et ajoutoit : Nous avons ordonné synodalement, et nous déclarons à tout le monde comme un
(1) Epist. ioo, tom. 8. (3) Bevercg. 281, B. Conc. p. 1486.
canon irrévocable, que si quelqu'un ne reçoit pas de bon cœur notre saint et illustre confrère Photius, patriarche de la ville impériale, et ne célèbre pas avec lui , il soit anathème et déposé par l'autorité des trônes apostoliques (1). Après la lecture, le concile dit : Nous recevons ce qui a été ordonné synodalement, par le très-saint patriarche Théodose», et nous disons anathème à ceux qui ne sont pas de même avis. Les légats du pape demandèrent quand cette lettre ètoit venue (2). Elie, légat de Jérusalem , dit : Le patriarche Théodore l'a faite synodalement en ma présence ; et ensuite quand il en a eu l'occasion? 11 l'a envoyée par le moine André , mon frère , non-seulement en son nom , mr.is du patriarche d'Antioche , qui en est d'accord.
I^ cardinal Pierre dit : Tous les patriarches conviennent avec le pape, mais nous examinons ces légats à cause des précédents, qui étoient envoyés par les Sarrasins pour racheter des captifs, et se disoient légats des palriarches. Paul et Eugène, légats du pape, ajoutèrent : Nous connoissons André pour avoir passé plusieurs jours avec lui ; nous Pavons examiné sur la foi , et il nous en a donné sa profession par écrit. Photius dit : 11 faut oublier le passé. Je m'offrois seul à la persécution, pour en délivrer tous les autres, et ne point donner ce spectacle aux infidèles; mais on ne m'a pas écoulé. Il faut tout oublier. Le légat Elie dit : Dieu sait que je n'avois jamais vu le patriarche Pholius, que je ne lui avois jamais parlé, ni reçu de ses lettres ; mais je suis venu pour l'intèrêi de l'Eglise, à cause de son mérite, de l'injuste persécution qu'il a soufferte, et de ces impies, ces faux légats.
Les légats Paul et Eugène dirent : Nous n'agissons ni par prévention, ni par intérêt; et le cardinal Pierre dit à Pholius : Vous accomplissez cette parole de l'Evangile : Je ne cherche point ma gloire, un autre la cherche et juge, et le temps a èclairci la vérité sur tout cela (3). Mais, s'il plaît au concile, qu'on lise l'inslruction qui nous a été donnée par le pape Jean, et qui nous a été souscrite par tous nos évêques. Le concile dit : Qu'on la lise. Le cardinal Pierre se leva et la fît lire en grec par l'interprète Léon, leBeque je l'ai rapportée. Après la lecture du dixième article, qui portoit abrogation des conciles contre Photius, le concile dit (4) : Nous avons déjà abrogé, re jeté et analhèmatisé par les effets, ce prétendu concile, en nous réunissant au très-saint patriarche Pholius. Ils entendent le concile de Constanlinople en huit cent soixante-neuf, et nous disons anathème à ceux qui ne le rejettent pas. Elie, métropolitain de Martyropolis, et Elie, légat de Jérusalem, dirent : Et conament peut-on appeler concile , ce qui a rempli l'E-
(t) Bevereg p. 281. 8 Syn. Phot. p. 221. JoaiK
ii) MS. VJii, 50.
(3) Ap. Léon. Allât, de (4) Sup. n. 8.
glise de tant de schismes? où les députés des Sarrasins ont été assis comme juges; qui a osé faire le contraire de tous les conciles ; qui a condamné les innocents sans examiner, et renversé toutes les lois ecclésiastiques et civiles? C'est pour cela que les saints sièges d Orient en ont cassé et anaihématisé les actes.
Après que l'on eut achevé de lire l'instruction , le concile dit : Nous voyons que vous avez suivi en tout Tinslruction du pape -, un si grand pontife devoit avoir de tels légats. JNicétas, métropolitain de Smyrne, dit : Dieu vous a fait trouver les choses en tel état, que si quelqu'un vouloit aller contre l'ordre de Dieu et l'instruction du pape, il n'enauroit pas de prétexte. Les légats du pape dirent : Le prophète dit : Tu iras partout où je t'enverrai. Nous ne sommes venus que pour accomplir la volonté de Dieu et du pape ( i ). Le concile dit : Nous voyons clairement que vous l'accomplissez. Photius dit : C'est la volonté de Dieu, qui est descendu du ciel, et a pris notre nature, pour réconcilier à son père le genre humain. Vous voyez que tout court à la volonté du pape, et que rien n'y résiste. Les légats dirent : C'est notre devoir de nous réunir à votre église par nos combats et nos travaux. C'est pour cela que nous avons souffert tant de fatigues dans le voyage ; mais c'est par leurs travaux que les saints ont plu à Jésus-Christ. Photius dit : Aussi Dieu vous a réservé de grandes récompenses dans son royaume. Le cardinal Pierre dit : Yoici les souscriptions des évoques, pour montrer comme ils ont été d'accord de recevoir le trés-saint patriarche Photius avec toute l'église romaine. On lut les souscriptions qui étoienl au bas deTinslruction des légats, puis le cardinal Pierre demanda si le concile en etoit content. Le concile dit que oui , et principalement des souscriptions ; et on finit la session par les acclamations ordinaires.