LIVRE CINQLANTE-TROISIÈME
Un jour que l'empereur donnoit à quelquesuns d'entre eux un festin solennel, un perroquet qui étoit en cage dans la salle, répéta plusieurs fois, à son ordinaire : Aye, aye, seigneur Léon. Les assistants en furent si touchés, qu'ils ne pouvoient manger ; el l'empereur leur en ayant demandé la cause, ils répondirent : Cet animal sans raison nous reproche notre peu d'affection pour le prince. S'il est coupable , nous serons les premiers à le punir; s'il est innocent, jusqu'à quand laisserez-vous prévaloir la calomnie ? L'empereur , attendri par ce discours , dit qu'il y penseroit ; el peu de temps après, écoutant les sentiments de la nature, il tira son fils de prison , le fit venir devant lui , et le rétablit dans sa dignité. L'empereur Basile ne servécut pas long-temps, et mourut le premier jour dc^ mars huit cent quatre-vingtsix, ayant régné un an avec Michel son prédécesseur, et seul dix-huit ans et demi (t). II eut grand soin de l'ornement des églises; el on en compte jusqu'à quarante-deux qu'il fil bâtir ou réparer à Constantinople et aux environs ; entre lesquelles est celle qu'il fit de neuf , en l'honneur de Jésus-Christ, de l'ange Gabriel , et du prophète Elie, de la vierge , et de saint Nicolas. Le toit étoit de cinq dômes couverts de cuivre, les murailles en dedans revêtues de marbre : les tables d autel , et les balustrades d'argent doré , le pavé de marbre de pièces de rapport. Dans la cour , devant la principale porte au couchant, étoient deux fontaines de pierres exquises et magnifiquement ornées ; à la porte du septentrion étoit une galerie couverte, dont le plafond étoit orné de peintures de martyrs ; au midi , entre l'église et le palais , étoit une grande place, où l'empereur jouoit à la paume à cheval ; derrière l'église étoit un jardin. Ainsi on gardoit encore l'ancien usage de mettre de grands espaces entre les églises et les bâtiments profanes. On peut prendre une idée des peintures de ce temps- là , par un manuscrit de saint Grégoire de JNazianze , que l'on garde à la bibliothèque du roi.
Je ne sais si on ne regardoit point comme des effets du zèle de Basile pour la religion , les cruautés contre les infidèles; car l'empereur Constantin , son petit-fils , qui a écrit sa vie, ou plutôt son éloge, remarque qu'ayant pris plusieurs musulmans de l'île de Crète, il leur fit souffrir divers supplices (2). Il y en eut qu'il fitécorcher entièrement, principalement des renégats , disant qu'il ne leur ôloit que le baptême , auqu( 1 ils avoient renoncé. A d'autres il faisoit seulement enlever des lanières de la peau , depuis la tête jusqu'aux talons. Il en faisoit élever d'autres avec des poulies, pour les plonger dans d<'s chaudières de poix, disant que ce baptême leur convenoit. Il prétendoit par-là se rendre terrible à la nation. On a cru que l'empereur Basile Macédonien avoit le
(1) Sup. I. u, n. a. n.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
premier fait recueillir le ménologe des Grecs , qui est comme le martyrologe des latins ; mais c'est l'empereur Basile Porphyrogénèle , qui régnoit cent cinquante ans après (1).