LI. Léon le philosophe chasse Photius
Léon YI succéda à son père Basile Macédonien , et régna vingt-cinq ans. Son amour pour les lettres le fit nommer le sage ou le philosophe (2). Dès la première année de son règne, il envoya à Sainte-Sophie deux de ses principaux officiers, qui, étant montés sur l'ambon, lurent publiquement les crimes de Photius, le chassèrent du siège patriarcal , et l'emmenèrent en exil au monastère des Arméniens. On mit à sa place Etienne Syncelle , frère de l'empereur, qui fut ordonné vers la fête de Noël huit cent quatre-vingt-six, par Théophane protothrône, c'est-à-dire archevêque de Césarée en Cappadoce , qui étoit le premier siège dépendant de Constantinople. Etienne tint le siège de Constantinople six ans.
Ensuite l'empereur Léon envoya à Euchaïte, dont Théodore Santabaren étoit èvéque , et le fit amener à Constantinople ; car on l'assura que Photius et Théodore avoient résolu de faire empereur un des parents de Photius. On les mit tous deux en prison, mais séparément, et l'empereur envoya des commissaires pour leur faire leur procès. Ils firent venir Photius, et l'ayant fait asseoir dans un siège honorable, s'assirent, et commencèrent l'instruction du
Erocès. André, domestique, lui demanda:
eigneur, connoissez-vous l'abbé Théodore?
Photius reprit : Je ne connois point l'abbé Théodore. Il vouloit dire, qu'il étoit archevêque et non plus abbé ; au lieu qu'André ne le connoissoit point pour èvéque , étant ordonné par Photius. André répondit : Vous ne connoissez pas l'abbé Théodore Santabaren? Photius répondit : Je connois le moine Théodore , évêque d Euchaite.Onlefitvenir, et André luidit: L'empereur vous demande, où est son argent et ses effets? Santabaren répondit : Ils sont où les a mis l'empereur, qui régnoit alors. Maintenant, puisque l'empereur les demande, il a le pouvoir de les reprendre. André ajouta : Dites, qui vouliez-vous faire régner, quand vous conseillâtes au père del'empereur de lui faire perdre les yeux ; étoit-ce votre parent ou celui du patriarche? Santabaren dit : Je ne sais rien de ce dont vous m'accusez. Etienne, maître des offices , qui étoit aussi des commissaires , lui dit : Comment donc avez-vous fait dire à l'empereur que vous en convaincriez le patriarche ? Alors Santabaren se jeta aux pieds de Photius , et lui dit : Je vous conjure, seigneur, au nom de Dieu, de me déposer premièrement , et quand vous m'aurez dépouillé du sacerdoce , qu'on me
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punisse comme un malfaiteur. Je n'ai jamais fait dire cela à l'empereur. Photius , pour montrer qu il étoit persuadé de son innocence , dit : Par le salut de mon àme , seigneur Théodore , vous êtes archevêque, et en ce siècle et en l'autre. André dit en colère à Théodore : Quoi , abbé, vous ne m'avez pas chargé de dire à l'empereur que vous en convaincriez le patriarche? Théodore nia qu' il en sut rien . 1 Is Orent leur rapport de cet interrogatoire à l'empereur, qui entra dans une furieuse colère , de n'avoir point de preuve suffisante contre Pliotius. Il fit fouetter violemment Santabaren , et l'envoya en exil à Athènes ; ensuite lui fit crever les yeux, et le relégua en Natolie. Mais plusieurs années après , il le rappela à Constantinople, et lui donna une pension sur une église. Il y vécut encore long-temps, et ne mourut que sous le règne de Constantin et de sa mère Zoé , c'est-à-dire après fan neuf cent douze.
LU. Lettre de Stjlien au pape
Cependant l'empereur Léon, ayant reçu la lettre du pape Etienne adressée à son père, appela Stylien , métropolitain deNéocésarée dans l'Euphratèsie, surnommé Mapa, et tous les autres évêques, abbés et clercs, que Photius avoit persécutés, et leur dit (1): Je n'oblige plus personne, comme vous voyez, à communiquer avec Photius , puisque je fai chassé: au contraire je vous prie de vous réunir au patriarche mon frère , afin qu'il n'y ait qu'un troupeau. Mais comme il a été ordonné diacre par Photius , si vous ne voulez pas faire cette réunion sans fautorité des Romains , par qui Photius aétè déposé ; venez , envoyons à Rome, et écrivons ensemble au pape , pour lui demander dispense et absolution , en faveur de ceux que Photius a ordonnés. L'empereur écrivit donc au pape, et Stylien en même temps , au nom de tous les év(kiues , les clercs et les moines; et nous avons cette lettre (2). Stylien y raconte nettement et succinctement toute l'histoire du schisme dePhotius, commençant à la condamnation de Grégoire de Syracuse , qu'il dit positivement avoir été confirmé par le pape Léon IV , et par Benoît son successeur ; mais il en faut plutôt croire les lettres du pape Nicolas, que j'ai suivies (3): Stylien dit avoir été de ceux qui s'opposèrent dès le commencement à l'intrusion de Photius, et n'avoir jamais depuis communiqué avec lui. Il l'accuse d'avoir procuré la mort d'Ignace, par le moyen de quelques scélérats; et de s'être fait mettre en possession de l'église à main armée. Nos confrères , dit-il , célébroient les saints mystères à Sainte-Sophie mais le voyant entrer impudemment dans le sanctuaire, ils laissèrent la liturgie imparfaite et s'enfuirent.
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