‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 911 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-QUATRIÈME

{irès de roi Alfred la fond ion du lecteur , ui lisoit les bons auteurs, et en conféroit avec lui. Le roi lui donna les monastères d'Amgresbury et de Beauville; et enfln le flt évêque de Schirburn. Il appela aussi près de lui, en huit cent quatre-vingt-six, Plogmond , de la nation des Merciens , qui avoit vécu ermite plusieurs années dans l'île de Chester (1). Alfred le fit archevêque de Cantorbéry en huit cent quatre-vingt-dix.

Ce fut par le secours de ces pieux et savants hommes , que le roi Alfred releva les études , tellement tombées en Angleterre, qu'à peine y trouvoit-on quelqu'un qui entendit le latin. Il restoit toutefois une école célèbre à Oxford, dont les maîtres prétendoient que leur méthode venoit de saint Gildas , de Melquin et d'autres , remontant jusqu'à saint Germain d'Auxerre (2). En huit cent quatre-vingt-six il se forma à Oxford une grande division entre Grimbald d'un côté, avec ceux qu'il avoit amenés, et ces vieux docteurs de l'autre , qui ne vouloient point recevoir la méthode et les règles des nouveau-venus. 11 y avoit trois ans qu ils avoient peine à les souffrir, mais alors ils en vinrent a une rupture ouverte. Pour y remédier, le roi Alfred vint lui-même à Oxford , écouta les uns et les autres avec une extrême patience, leur donna des avis salutaires, et ne partit point qu'il ne les eût réconciliés. Toutefois, Grimbald, indigné de ces oppositions, se retira aussitôt à Winchester, dans un monastère que le roi venoit d'y fonder, lien fut abbé, et mourut Tan neuf cent trois, le huitième de juillet, jour auquel il est honoré comme saint.

Jean fut abbé d'Alteney monastère nouveau, fondé par le roi Alfred dans Vile qui lui avoit servi de refuge, pendant que les Danois étoient maîtres de l'Angleterre. La discipline monastique étoit entièrement déchue , tant par les fréquentes irruptions de ces barbares, que par la néghgence des Anglois , qui , vivant dans Tabondance de toutes sortes de biens , méprisoient celte vie pauvre et laborieuse (3). De sorteque personne d'entre les nobles n'embrassoit volontairement la vie monastique; et quoi qu'il restât encore grand nombre de monastères dans le pays, ils n'étoient remplis que d'enfants, que Ton y mettoit avant l'âge de raison; et on ne pratiquoit nulle part l'observance de la règle. C'est ce qui obligea le roi Alfred de mettre dans son nouveau monastère d'Alteney de jeunes étrangers de différentes nations , particulièrement des François.

Après que l'abbé Jean l'eut gouverné quel-

Sues années , un prêtre et un diacre. Gaulois e nation, qui étoient delà communauté, conçurent une si grande haine contre lui , qu'ils résolurent sa perte. Ils gagnèrent par argent deux serfs, à qui ils donnèrent ordre de se ca-

cher de nuit dans Véglise; et quand il viendroit y prier seul , tandis que les autn^s dormoient , le tuer , et traîner son corps devant la porte d'une femme prostituée, pour faire croire qu'il avoit été tué dans le crime. Les deux meurtriers, bien instruits et bien armés, furent enfermés dans l'église. A minuit, l'abbé Jean vint à son ordinaire, pour prier secrètement; et quand il se fut mis à genoux devant l'autel , ils fondirent sur lui l'épée à la main. Mais il ne se troubla point, et comme il avoit autrefois porté les armes , sitôt qu'il les entendit , il marcha contre eux , et se défendant , il cria de toute sa force que c'étoient des démons, comme il le pensoit en effet , ne croyant pas qu'il y eût des hommes assez hardis pour faire une telle violence. Les moines s'éveillèrent au bruit, et accoururent effrayés à ce nom de démons ; mais les meurtriers s'échappèrent, après avoir mortellement blessé l'abbé , et se cachèrent dans le marais dont le monastère étoit environné. Les moines enlevèrent l'abbé demi-mort, et le portèrent dans la maison , très-aflligés; et les auteurs du crime étoient ceux qui témoignoient le plus de douleur. Toutefois , ils furent découverts , aussi bien que ceux qui l'avoient exécuté , et tous mis à mort par divers tourments. Telle fut la fin de l'abbé Jean, qu'il ne faut pas confondre avec Jean Scot ou Erigène, aimé de l'empereur Charles, ni avec un sophiste Jean, que l'on disoit avoir été martyrisé à Malmesbury (1).

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