‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 912 sur 2407 · IX. Ecrits du roi Alfred · texte numérisé non relu

IX. Ecrits du roi Alfred

Le roi Alfred ne se contenta pas de protéger les gens de lettres, et de favoriser les études ; il s'y appliqua lui même , et travailla à l'instruction de sessujets.il n'avoit toutefois point étudié en sa jeunesse , ne s'occupanl, selon les mœurs de sa nation, que de la chasse et des autres exercices du corps (2). Il avoit plus de douze ans quand il apprit à lire ; et quoiqu'il eût toujours un grand désir d'étudier, les guerres des Danois ne lui en donnèrent pas le loisir. Depuis qu'il fut paisible, il s'appliqua sérieusement à létude , avec les savants qu'il avoit attirés. Il prit soin de recueillir les anciens vers saxons , qui contenoient l'histoire de la nation; et composa lui-même des cantiques pleins d'instructions pour les mœurs. En faveur de ceux qui n'entendoient pas le latin (3) , et qui étoient en si grand nombre , il traduisit, avec le secours des |homnaes doctes , les livres qu'il crut les plus utiles , entre autres le pastoral de saint Grégoire , l'histoire de PaulOrose, et celle de Bède. Il parle ainsi dans la préface du pastoral , adressée à l'évêque de ù)ndres :

J'ai souvent pensé combien la nation angloise a autrefois eu de grands hommes , tant

(1) MabUI.Saic. 5, p. 58.

(3) Asser. p. 16.

(3) Asscr. p. 18. Sup. I.

un, Q. 43.

(1) Siip. I. xLvni, D. M.

(2) Asser. p. 5.

(3) Sup. I. XLV, n. W.

ecclésiastiques que séculiers (1), si curieux de s'instruire et d'instruire les autres, que des étrangers venoient chez nous apprendre les sciences ; au lieu que de notre temps il se trouvoit très-peu d Anglois, au-delà de l'Humbre, qui entendissent leurs prières les plus communes , ou qui pussent traduire quelque écrit de latin en anglois. Je ne me souviens pas d'en avoir vu un seul au midi de la Tamise , quand je commençai à régner. Grâce à Dieu , il y a maintenant des gens en place capables d'enseigner. C'est pourquoi je vous exhorte à n'être pas moins libéral de la science que Dieu vous a donnée, que vous l'êtes, des biens temporels. Songez quelle punition nous devons attendre, si nous n'aimons la sagesse et ne la laissons aux autres. JVous aimons à porter le nom de chrétiens, mais peu en remplissent les devoirs. Je pense encore combien , avant ces derniers ravages, j'ai vu par toute l'Angleterre d'églises bien fournies d'ornements et de livres ; mais les ecclésiastiques n'entiroient guère d'utilité, parce qu'ils ne les entendoient pas; et nos ancêtres ne s'étoient pas avisés de les traduire en langue vulgaire, parce qu'ils ne s'imaginoient pas que jamais on tombât dans une telle négligence.

J'estime donc très-à-propos que nous traduisions en notre langue les livres dont nous croirons que l'intelligence est plus nécessaire à tout le monde , et que nous fassions en sorte que toute la jeunesse augloise , principalement ceux qui sont nés libres et ont de quoi subsister , apprennent à lire avant toute autre instruction , pour profiter de ce qui est écrit en anglois. Ensuite, on enseignera le latin à ceux que l'on voudra pousser plus loin dans les études. C'est dans cette vue qu'au milieu de toutes les affaires de ce royaume j'ai entrepris de traduireen anglois le pastoral, rendant quelquefois les mots, quelquefois le sens, selon que je l'aurois appris de mon archevêque Plegmon , d'Asser , mon évêque, de Grimbald etde Jean, mes chapelains. J'en ai envoyé un exemplaire en chaque siège épiscopal du royaume , avec une écritoire de cinquante marcs. Et je défends, au uom de Dieu , que personne n'ôte l'écritoire d'avec le livre , ni le livre de l'église ; parce que nous ne savons pas combien de temps il y aura des évéques aussi instruits qu'il y en a maintenant partout. C'est pourquoi je veux que ces livres demeurent toujours à leur place. Si ce n'est que l'évoque veuille les avoir, ou les prêter à quelqu'un pour les transcrira.

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