XXXIV. Fin de saint Céolfrid
LesAnglois continuoient leurs pèlerinages à Rome, et saint Céolfrid , abbé de Viremouth, finit ses jours en y retournant (3). Voyant que son grand âge ne lui permetloit plus d'instruire ses disciples , ni de leur montrer l'exemple de la régularité parfaite , après y avoir long-temps pensé, il jugea plus a nropos d(^ faire élire un autre abbé, et d'aller mourir à Rome, où il avoit déjà été en sa jeunesse avec saint Benoit Biscop, son maître. Les moines s'efforcèrent de le retenir en pleurant , et lui embrassant les genoux. IMais il se pressa de partir craignant de mourir en ch min , ou d'être retenu par les seigneurs du pays : et \v, troisième jour, depuisqu'il eut déclare son dessein, on célébra la messe de grand matin, les assistants y communièrent , et puis ils s'assemblèrent dans l'église de Saint-Pierre, et il leur donna la paix sur les degrés dv; l'autel, l'encensoir à la main. On chanta lot litanies, interrompues par les gémissements des frères, et on entra dans l'oratoire de saint Laurent qui étoit au dortoir , où il leur dit le dernier adieu. Ils les conduisirent jus(iu'au l)ord de la rivière avec une croix d'or et des cierges allumés, portés par des diacres. Ils se mirent à genoux , il ût encore une prière, puis il partit avec sa suite, laissant environ six cents nwines dans les deux monastères de Jarou et de Viremouth. Sitôt qu'il fut parti , ils élurent tous d une voix pour leur abbé Hucbert, qui aussitôt alla trou-
ver saint Céolfrid , car il n'a voit ps encore passé la mer. Il approuva ce choix, et prit même du nouvel abbé une lettre de recommandation pour le pape Grégoire II ; mais, étant en France, il tomba malade, et mourut à Langres, le vendredi vingt-cinquième de septembre, l'an sept cent seize, âgé de soixantequatorze ans , dont il avoit été prêtre quarantesept ans, et abbé trente-cinq. Il fut enterré dans le monastère des saints martyrs Speusippe, Eleusippe et Mèlèsippe , à demi-lieue de la ville, aujourd'hui nommé Saint-Géome, pour dire les saints jumeaux.
1^ même année sept cent seize, les moines hibernois de l'île de Hy quittèrent enfin leur schisme , et se rangèrent à l'observance de l'église catholique touchant la pàque et la tonsure ecclésiastique (1). Dieu se servit pour un si {jrand bien de saint Egbert, Anglois, qui avoit embrassé la vie monastique en Irlande. Etant venu au monastère de Hy , il y fut reçu avec beaucoup d honneur ; et , comme il étoit trèsbien instruit et très-zélé, il persuada à ces bons moines de quitter leur mauvaise tradition. On croit qu ils prirent en même temps la règle de saint Benoît. Saint Egbert demeura encore treize ans dans cette île, et y mourut l'an sept cent vingt-six, le jour de Pâques, vingt-quatrième d'avril, jour auquel l'Eglise honore sa mémoire (2).