XXXII. Lettre des évêques de Bavière au pape
Les évêques de Bavière écrivirent aussi au pape Jean une lettre , qui porte en têle les noms deThéotmar,arhevêquedeJuvaveSaltzbourg, Valdode Frisingue, Archambauld d'Eystatou Aichstat, Zacharie de Sébone, évêché depuis transféré à Brixen, Tutto de Ratisbonne et Riquier de Passau (1). Nous ne pouvons croire, disent-ils , que du saint-siège il émane rien contre les règles, quoique tous les jours nous l 'entendions dire malgré nous. Mais trois évêques qui se sont dits envoyés de votre prt, savoir, Jean , archevêque , Benoit et Daniel , évêques, sont venus dans le pays desScla ves, qu'on nomme Moraves, qui nous ont toujours été soumis, tant au spirituel qu'au temporel, parce que c'est de nous qu'ils ont reçu le christianisme. C'est pourquoi l'évêque de Passau, dans le diocèse duquel ils sont, y est toujours entré quand il a voulu , depuis le commencement de leur conversion ; il y a tenu son synode et exercé son autorité sans résistance. Nos comtes même y ont tenu leurs auliences, exercé leur juridiction et levé les tributs sans opposition , jusqu'à ce que les Moraves ont commencé à s'éloigner du christianisme, et de toute justice; et à nous faire la guerre, ôlant la liberté des chemins à l'évêque et aux prédicateurs, et sont demeurés indépendants.
Maintenant ils se vantent d'avoir obtenu de vous, à force d'argent , de leur envoyer ces
(I) To. 9, Conc. p. 344, et 498.
évêques, afin de diviser en cinq l'évêché de Passau. Car étant entrés en votre nom, à ce qu'ils ont dit, ils y ont ordonné un archevêque et trois évêques ses suffragants, à l'insu du véritable archevêque, et sans le consentement de l'évêque diocésain; quoique les canons défendent d'ériger de nouveaux évêchés, sinon du consentement de l'évêque et del'autorité duconcilede la province. Votre prédécesseur du temps du duc Zuentibold consacra évêque Viehing, et ne l'envoya pas dans l'évêché de Passau , mais à un peuple nouveau , que ce duc avoit soumis par les armes et fait devenir chrétien. Or les Sclaves, ayant l'accès entièrement libre auprès de vos légats , nous ont chargés de calomnies , parce que nous n'avions personne pour y répondre. Ils ont dit que nous étions en diffèrent avec les François et les Allemands, au lieu que nous sommes amis; ils ont dit que nous étions en guerre avec eux-mêmes, de quoi nous demeurons d'accord , mais c'est par leur insolence et non par notre faute. Depuis qu'ils ont commencé à négliger les devoirs du christianisme, ils ont refusé le tribut de nos rois et pris les armes contre eux ; mais , bon gré malgré, ils leur seront toujours soumis ; c'est pourquoi vous devez bien prendre garde de ne pas appuyer lemauvais parti. Notrejeune roi necéde en rien à ses prédécesseurs , et prétend être comme eux le protecteur de l'église romaine Quant au reproche que nous font les Sclaves d'avoir traité avec les Hongrois au préjudice delà religion, d'avoir juré la paix avec eux par un chien et un loup, et d'autres cérémonies abominables, et de leur avoir donné de l'argent pour passer en Italie; si nous étions en votre présence, nous nous en justifierions devant Dieu , qui sait tout, et devant vous qui tenez sa place. Il est vrai que , comme les Hongrois menaçoient continuellement des chrétiens, nos bujets éloignés de nous, et leur faisoient une rude persécution, nous leur avons donné, non ps de l'argent , mais seulement du linge pour les adoucir et nous délivrer de leur vexation. Ce sont les Sclaves eux-mêmes qui ont fait long-temps ce qu'ils nous reprochent. Ils ont pris auprès d'eux une grande multitude de Hongrois , ont fait raser la tête comme eux à plusieurs des leurs , pour envoyer contre nous les uns et les autres. Ils ont emmené, captifs, plusieurs de nos chrétiens, tué les autres, fait périr les autres de faim et de soif dans les prisons, réduit en servitude des hommes et des femmes nobles , ruiné des bâtiments et brûlé les églises, en sorte qu'on n'en voit pas une seule dans toute notre Pannonie , qui est une si grande province. Les évcHjues que vous avez envoyés, s'ils veulent reconnoître la vérité, vous peuvent dire pendant combien de journées ils ont vu tout le pays désert. Quand nous ayons su que les Hongrois étoient en Italie, Dieu nous est témoin combien nous avons désiré de faire la paix avec les Sclaves, promettant de leur pardonner tout le passé , et leur
rendre ce que nous avions à eux, pourvu qu'ils nous donnassent le temps d'aller défendre les biens de saint Pierre et le peuple chrétien; mais nous n'avons pu l'obtenir. C'est pourquoi nous vous prions de ne point ajouter foi aux soupçons que l'on voudroit vous donner contre nous', jusqu à ce qu'un légat, envoyé de votre part ou de la nôtre, vous en rende compte. Moi, Théotmar, archevêque, qui prends soin des patrimoines de saint Pierre, je n'ai pu vous porter ni vous envoyer l'argent qui vous est dû, à cause de la fureur des païens; mais, puisque par la grâce de Dieu l'Italie en est délivrée, je vous l'enverrai le plus tôt que je pourrai. Il a été souvent parlé de ces terres que l'église romaine avoit en Bavière.