XLV. Fondation de Clugny
On travailloit dès-lors à relever la discipline monastique , si déchue , et le commence»ment le plus sensible de ce grand ouvrage, ! fut la fondation du fameux monastère de Clugny. Le fondateur fut le comte Guillaume nommé aussi duc d'Aquitaine et de Berry , fis de B.Tnard, comte d Auvergne, et pctit-lils d'un autre Bernard, comte de Poitiers (1;. Guillaume avoil épousé Ingelberge, fille de B..son,roi de Provence, et sœur de l'empereur Louis, alors dépouillé et aveugle, et en avoit ru un fils mort en bas âge. Il explique lui-même les motifs de celte fondation , dans la charte qui reste encore , où il parle ainsi : Voulant (employer utilement pour mon àme les biens que Dieu m'a donnés, j'ai (;ru ne pouvoir mieux faire que de m'allirer l'amitié desi'S pauvres; et, afin que celle œuvre soit perpétuelle, entretenir à mes dépens une communauté de moines (^2). Je donne donc , pourlamourde Dieu et de not re sauveur Jesus- Christ, aux saints apôtres saint Pierre et saint Paul, de mon propre domaine, la terre de Clugny, ^ise sur la rivière de Graune, avec la chapelle qui y est en l'honneur delà Sainte- YiiTge et de saint Pierre , et ses dépendances ; le loul situé dans le comté de Màcon ou aux environs. Je le dor.ne pour l'àme de monseigneur le roi Eudes, et de mes parents et servitt'urs, à condition qu'à Clugny on bcMira un monastère en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul, pour y assembler des moines, vivant sehm la regh' de saint Benoît, et que ce soit à jamai> un refuge pour ceux qui , sortant pauvres du siècle , n'apporteront avec eux que la bonne volonté.
Ces moines et tous ces biens seront sous la puissance de l'abbé Bermm, tant qu il vivra; mais après son décès, ils auront le pouvoir d élire pour abbé, selon la règle de saint Benoit , celui qu il leur plaira de la même observance , sans que nous ou aucune autre puissance empêche l'elerlion régulière. Tous les cinq ans, ils paveront dix sols d'or à saint Pierre de Home , pt.ur le luminaire, et auront les sainlsapôtres pour protecteurs et le pape pour defens( ur. Ils exerceront tous les jours les œuvres de miséricorde, selon leur pouvoir, envers les pauvres, les étrangers et les pèlerins. De ce jour, ils ne seront soumis ni à nous , ni à nos parents, ni au roi , ni à aucune puissance de la terre. Aucun prince séculier , aucun comte, aucun évéquc, ni le pape même, je les en conjure au nom de Dieu et de ses saints, et du jour du jugement, ne s'emparera des biens de ces serviteurs de Dieu, ne les vendra, échangera diminuera ou donnera en fief à personne et ne leur imposera point de supérieur contre leur volonté. Il prononce de grandes
malédictions contre ceux qui voudroient empêther l'eiret de celte donation, y ajoulant pour le temporel une amende de cent livres d'or. On voit bien que la plupart de ces clauses sont des précautions contre les désordres du leujps, et l ' comte Guillaume étoit assez puissant pour les faire exécuter tanl qu'il vécut. La donation fut passée à Bourges publiquement et souscrite par le duc Guillaume , avec le sceau d'ingelber-e, son épouse, et les souscriptions de Madalbert, archevêque de Bourges, d'Adalard , éNêque de Clermont , et d un autre évêque, nomme Alton, et les sceaux de plusieurs seigneurs. 1^ date est du onzième deseplembre, la onzième année du régne de Charles, indiclion treizième , qui est l an neuf
cent dix. . ,
Bernon, premier abbé de Clugny, etcnt ne des plus nobles familles de la comte de Bour- <^o<'ne(1). H embrassa la profession monastique , et fonda de ses biens le monastère de Gigny, au diocèse de Lyon. 11 reforma celui de la Beaume en Bourgogne , prés de Lyon-le- Saunier, et les gouvernoit l un et l autre dès Lan huit cent quatre-\ingl-quaorze. L année suivante il alla a Rome, et oblint du pape Formose la c(mfirmation delà fondation de Gii^ny, qui n'est plus qu'un prieuré céjHîiidant de Clugny; mais la Beaume est encore une abbaye. Bernon ne mit d abord à Clugni que douze moines, à lexemple de saint Bemàt, qui n'en meltoit pas da\antage eu chaque munas-
1ère.
Un croit qu'il tira du monastère de Saint- Martin-d Aulun la pratique des observances régulières; du moins il est certain qu il y prit le moine Hugues pour 1 aider à la reforme de la Beaume et à la Ibndalitm de Clugny (2). Hugues etoit né en Poit«>u de parents nobles et ri( hes , qui le min ni des làge de sept ans dans le monaîitére deSainl-Savin , reforme par saint iienoit d Aniane, et forlilié dans la régularité par les moines de Glanftuil, qui vinrent s y retirer, étant chassés de chez eux par les Normands. Ln comte, nommé Badilon, venu d'Aquitaine, >oyant le monastère de Samt- >lartin-d Aulun lonibe en ruine, le demanda au n)i pour le rétablir; et layant obtenu, vint à Saint-Savin, où il savoil ciunbien lobservance étoit ré ulière, et en tira dix-huil moines, entre lesquels éloient Hugues, Odou et Jean. Le comie Badilon lui-même se fit moine à Sainl-.Martin-d Autuii , et ce monastère devint très-celèbre. Hugues est compte entre les saints de son ordre, ( 1 1 on voit par ce qui vient d être dit de quelle tradition venoil 1 observance de Clugny.