LVI. Richer, évéque de Tongres
Cependant le pape reçut des plaintes du clergé de Tongres , contre Herraan, archevêque de Cologne; car Elienne , évéque de Tongres ou de Liège, élant mort en neul'cent vingt, le roi Charles le simple consentit d'abord à Félection de Hild lin, clerc de la même église, mais celui-ci ayant quitté son parti f>our s'attacher à Guillebert, qui se prelendoit souverain de Lorraine, h» roi donna l'évêché de Litige à Kicher, abbé de Prom,élu par une autre partie du clergé (1). Mais comme Guilleberl etoit le plus fort dans le pays, llerman, archevé.pie de Cologne, ordonna évéque Hilduin qu il favori soit , et qui avoit même la ncmiinalion du foi Henri. Ainsi il se miten possession de 1 évêché de Liège.
Le roi Charles écrivit sur ce sujet à tous lesévêques de s(m royaume une lettre, où il dit: Hildu n publiant les serments qu'il nous avoit faits, a été trouver nos ennemis au-delà du Rhin, et a demandé à lh*nri lévérhe de Tongres. Quelques méchants s'étant aussi écartés de la fidélilè qu'ils nous dévoient, nous avons assembleseize évêques de notre royaume avec quelques seigneurs, et ces rebelles «mt été excommuniés [2). MaisHilduincommuniqu.mt avec eux, a donné de grandes somuies d argent à Henri et aux seigneurs de sa cour, aux dépens de 1 église de Tonsures, dont il a pille les trésors, et a tellement fait menacer et mtimider Herman , archevêque de Cologne, qu'il la consacré évéque. Car 1 archevêque nous a depuis rapporté, en présence de plusieurs témoins, que s il ne l'eût fait, on lui eut fait perdre la vie et les biens, et à toute sa famille. Entin Hilduin ayant été cité trois fois par Herman, pour se venir défendre devant un concile sur toutes ces accusations, n'a t(»nu compte d y satisfaire. Tous les clercs et les lai.|ues de Téglise de Tongres se sont >enus plaindre à
nous, qu Hilduin a pillé tous leurs biens avec ses pa.tisaiis, en sorte quil ne leur reste pas de quoi vivre, nous priant de faire au plus tôt cesser ce desordre par voire conseil, et de leur donner pour évéque Kicher, qu ils ont unanimement élu. Le roi sur tout cela demande aux évêques leurs secours.
Le parti de Richer porta aussi sa plainte au pape, qui écrivit ta l archevêque de Cologne, le blâmant d'avoir ordonné Hilduin sans 1 ordre du roi, sans lequel , dit-on , on ne doit ordonner d'evêque dans aucun diocèse (l). H lui demande de venir à Rome avec Hilduin et Rich<T à la mi 0( tobre , ou au plus tard au premier d avril, |>our être juges en ce concile suivant les canons. Le pape écrivit en même temps au roi Charles su. cette affaire. L archevêque Herman envoya la lettre qu il avoit reçue du pape à l'abbé Richer, linvilant à se rendre à Renne. Pour y satisfaire, Hilduin et Richer y ail Tent, Herman fut retenu par une maladie; mais Hilduin évita le jugement du pape , qui Texcomiimnia. Ainsi Richer gagna sa cause , et fut ordonné évéque par le pape même, qui lui donna le pallium , quoiqu aucun de ses prédécesseurs ne l'eût eu {->). H revint doP£ prendre possession de l evêchè de Tongres, ou il dissipa le parti contraire, et se lit aimer de tout le mimde. 11 lut magnifique à orner et a bàlir les terres depi*ndantes de lEglise : mais il négligea la discipline immastique, et rendit vénales toutes hs charges ou obédiences de labbaye de Lobes , dont les évêques de Tongres étoient depuis l.ng-temps en possession. Ce qui parut d'autant plus extraordinaire, qu il avoit été nourri dès l'enfance dans la discipline monastique. Il remplit le siège de Tongres pendant vingt-deux ans. Les études (leurissoient alors dans l'abbaye de Lobes , ou les savants les plus renommés étoient : Scamin, Theduin et Rathier , le plus estimé de tous, mais alta( hé au parti d Hilduin , avec lequel il se retira en Italie.