XVI. Sarrasins eu Italie
Depuis environ cinquante ans les Sarrasins s'étoient établis en Lombardie à Frassinet ou Frainet, p rt dans le golfe de Grimaud , entre Toulon et Fréjus (3j. Ils ne furent d'abord que vingt, qui, venant d'Espagne dans une barque, furent poussés en Italie malgré eux par le vent contraire. Ayant trouvé le lieu avantageux, ils firent venir cent autres des leurs, et, profitant de la division des habitants du pays, ils s'y mainlinrem et s'y accrurent, de sorte qu'occupant les passages des Alpes , ils rendoient le chemin fort dangereux aux pèlerins qui alloient à Rome. Cette année s'étant avancés jusqu'à Aqui, à cinquante milles de Pavie, ils furent battus, mais d'autres, venant d'Afrique avec une grande flotte, surprirent Gènes , tuèrent tout excepté les femmes et les enfants, et emportèrent sur leurs vaisseaux tous les trésors des églises et les richesses de la ville (4). Cette même année neuf centtrentesix , ils tuèrent plusieurs pèlerins en revenant
(1) Chr. Trod. 980, et (3) Luilpr. l, c i.
Hisl. i,c. 2G. (4) Id. IV, c. 21 Frod.
(2) Luit. iv,c. i.Vita I.n, Chr. 930, 9i0, 951 n.9, lib. 1, li. 27, libii;!!.?.
d'une course qu'ils avoient faite pour piller la haute Allemagne. En neuf cent quarante, une troupe d'Anglois et de Gaulois qui alloient à Rome furent obligés de s'en revenir, quelques-uns d'entre eux ayant été tués parles Sarrasins, qui avoient pris Agaune et brûlé le fameux monastère de Saint-Maurice. Enfin ils s'accordèrent à laisser passer les pèlerins en payant tribut.
Manassés, archevêque d'Arles, voulant profiter de la puissance du roi Hugues, dont il étoit parent , abandonna son église et vint en Italie, où le roi , pour affermir lui-même sa domination, lui donna les évêchés de Vérone, de Manloue et de Trente, avec le gouvernement du Trentin ; ce qui l'engagea à devenir guerrier plutôt qu'évêque. Il prétendoit justifier cette pluralité d'évêchés, en disant que saint Pierre avoit passé d'Anlioche à Rome, qui étoit alors la plus puissante ville du monde ; qu'ensuite il avoit donné à saint Marc, son disciple, le gouvernement de l'église d'Antioche, sans préjudice de celle d'Aquilée que le même saint Marc fonda, et de celle d'Alexandrie où il passa bientôt. Tant Manassés étoit savant dans l'histoire ecclésiastique !