CHAPITRE VI
Institut Supérieur de Commerce d'Anvers
Fondé en 1852, l'Institut d'Anvers fêtait son 50® anniversaire en 1902. Le rapport publié à cette occasion nous fournit des documents précieux.
L'initiative de la création de l'Ecole appartient à M. Ad. Deschamps, ministre des affaires étrangères, qui, en 1847, saisit le Conseil provincial et le Conseil communal d'Anvers, d'une proposition relative à cette fondation.
A cette époque, parut une brochure : Projet d'organisation d'une Université belge de Commerce et d'Industrie, due au docteur Matthyssens.
Le 23 octobre 1852, le Conseil communal d'Anvers ratifia la convention proposée par M. Gh. Rogier, ministre de l'Intérieur. De là, l'arrêté royal du 29 du même mois.
La Commission administrative de l'Institut fut composée de 6 membres : 2 choisis par le Gouvernement, 2 » la Chambre de Commerce,
2 » le Conseil communal.
L'installation se fit le 6 janvier 1853 et la première séance eut lieu le28dumême mois.
Le 20 avril, le plan des études et le projet des statuts pour l'administration intérieure sont soumis au ministre et approuvés le 13 octobre 1853. Une disposition ultérieure concernant les admissions gratuites est ratifiée par arrêté du 24 mars 1854, mais l'Institut put ouvrir ses portes dès les premiers jours de décembre 1853.
L'expérience dicta des améliorations dans les études, sur les observations des jurys ; elles furent approuvées par arrêté ministériel du 28 décembre 1859.
Nous précisons les choses et les dates, pour bien établir la sollicitude des fondateurs de l'œuvre, qui devait avoir une grande importance et pour engager ceux qui, dans l'avenir, auront l'intention de doter leur pays de semblables écoles, à s'entourer de toutes les précautions dictées par la prudence et la pratique sage.
Il est difficile d'accomplir, en quel({ues années, une tâche aussi compliquée ; c'est ainsi que le règlement d'ordre intérieur et d'administration fut modifié puis approuvé, le 14 mai 1860, et celui des examens le 3 octobre 1863. Le règlement général fut adopté en 1868, par arrêté ministériel.
Les améliorations furent nécessaires, parce qu'elles furent dictées par des nécessités d'enseignement spécial et par les services généraux à rendre au moyen d'hommes nouveaux formés à une école réellement nouvelle et technique.
Dès le principe, on avait senti combien il était indispensable de former des commer-
çants capables et réfléchis, éclairés et marchant d'après les connaissances économiques étendues ; aidés, dans toutes les entreprises par l'usage des langues vivantes et la connaissance géographique et personnelle des pays étrangers.
La pratique ne peut être vivifiée que par une instruction solide, car la variété et la multiplicité des aff'aires ne peuvent plus se contenter d'une routine commerciale qui ne met pas le négociant à la hauteur de sa mission dans le monde
La pensée du commerçant est l'âme de toutes ses opérations; s'il ne cultive pas son intelligence, comment prétendrait-il au succès qu'entraînent souvent les eff'orts d'une concurrence active et expérimentée?
Au moment où débute l'Institut Commercial d'Anvers, il n'existe nulle part d'école digne de ce nom. 11 y a des écoles de commerce à Hambourg, à Lubeck, à Leipzig, mais elles ne sont pas encore parvenues à dégager complètement l'enseignement supérieur commercial des études professionnelles moyennes.
La position d'Anvers, en tant que port de mer, la rendait propre à être le siège d'un établissement important attirant à lui les jeunes Belges se destinant au commerce et les jeunes étrangers capables, par la suite, de créer des relations d'aff'aires avec le centre où leurs études se seraient accomplies.
Ce raisonnement était juste; il devait, plus tard, guider tous ceux qui songeraient au développement de l'enseignement commercial et à l'extension des transactions commerciales.
Le succès de l'Institut d'Anvers a été tel, que, depuis 1896, il a été créé, aux Universités de Gand et de Liège, des cours supérieurs de commerce, ce qui n'a pas empêché des Ecoles de Commerce de se fonder en diverses autres villes, sous le contrôle du gouvernement.
La Commission administrative, présidée par le Bourgmestre d'Anvers, a son importance. Elle est renouvelable par tiers. Nul ne s'éternise dans les mêmes fonctions, mais l'habileté acquise maintient, à son poste, l'homme intelligent et dévoué.
Les 34 membres ayant successivement composé la Commission en question ajoutaient, à des' mérites personnels, des qualités commerciales, une honorabilité et une expérience précieuses.
Les bourgmestres-présidents ont été successivement :
MM. J.-F. Loos, de 1852 à 1863; J. van Put, de 1863 à 1872; L. de Wael, de 1872 à 1892; J. van Bysswyck, depuis 1892.
Parmi les membres, nous trouvons 23 négociants, 4 avocats, 1 banquier, 1 industriel, 1 dispacheur.
Les occupations du Directeur furent d'abord fort complexes et remplies par un membre de la Commission administrative, assisté du secrétaire de cette Commission, jusqu'à la nomination de M. Jules Cateaux, en 1860. A l'époque de sa mort (1865), vint à la direction, M. G. Metdepenningen, pendant 11 ans. A un décès (1876), M. W. Good, négociant, membre de la Commission administrative, assisté du chef du bureau commercial, M. Ed. Grandgaignage, se chargea de l'intérim qui dura jusqu'au 27 juin 1878, époque à laquelle ce dernier fut appelé à la direction.
Homme de caractère très ferme, bienveillant, travailleur consciencieux, M. Grandgaignage avait d'autant plus d'influence qu'il apportait, dans toutes ses relations, une grande franchise, une réelle sincérité.
Lors de sa retraite (octobre 1903), M. E. Dubois occupa la direction de l'Institut
devenu un établissement de très grande importance, puisqu'on y compte, durant l'année scolaire 1902-1903 :
504 élèves
128 belges.
124 étrangers.
238 élèves des cours généraux. 14 » )) spéciaux.
48 russes.
27 roumains.
20 bulgares, quelques américains du sud.
des japonais.
Le Corps professionnel se compose de 21 maîtres enseignant :
13<' Allemand,
lo Economie politique,
2° Droit civil,
3° » commercial,
4° y> des gens,
5^ Géographie commercialeetindustrielle,
6<* Histoire des produits commerçables,
7° » du comnierce,
8° Législation douanière,
9° Arithmétique commerciale, 10° Italien, 11° Espagnol, 12<* Néerlandais,
14» Anglais,
15° Français,
16° Chinois,
17« Russe,
18° Portugais,
19*^ Langue commerciale du Congo,
20» Cultures coloniales,
21^ Hygiène coloniale,
Constructions, armements, transports^ Ce dernier cours public est gratuit.
La force des choses a imposé la nécessité de ces dix langues.
Du contact des élèves nait un enseignement simultané profitable à tous et une camaraderie qui dure toute la vie.
Le nombre des élèves ayant fréquenté les cours, depuis la création de l'Institut est de 6.535, dont 3.794 belges, 2.741 étrangers.
Parmi les Belges : 2.688 Flamands et 1.106 Wallons, ce qui prouve que le voisinage du port a son influence.
Fréquentation de l'établissement, par moyenne de 5 années :