CHAPITRE VII
Ecole supérieure du Commerce du Havre
Le 4 mai 1870, M. Jacques Siegfried, adressait en communication, à la Chambre de Commerce du Havre, un Mémoire sur les Ecoles de commerce alors établies dans divers pays étrangers et aussi en France, à Paris et à Mulhouse. Il appelait en même temps son attention sur l'utilité de créer, au Havre, une semblable institution.
Le rapport de la Commission nommée à cet efifet, fut déposé le 23 mai 1871, à cause des douloureux événements qui survinrent.
« Au moyen d'une Ecole supérieure de commerce, dit ce rapport, Tapprenti pourrait, pendant les deux ans que dure d'ordinaire l'enseignement, passer en revue tous les genres d'affaires : banque, commission, courtage, armement, importation, exportation, assurances, etc., etc.; tous les genres de marchandises : cotons, cafés, laines, indigos, grains, métaux, etc., etc. ; les différents systèmes de tenue de livres et de comptes-courants; tous les calculs que nécessitent les arbitrages, les comptes de revient, les tableaux de parités. Enfin, il étudierait les grands courants commerciaux du monde dans le cours de géographie commerciale; les langues vivantes les plus nécessaires; un peu d'économie politique et de législation.
(( A la sortie de l'Ecole, au bout de deux ans, il ne serait certainement pas un négociant accompli, la pratique lui serait encore nécessaire, mais il posséderait une teinte suffisante de tous les genres d'affaires, un fonds de connaissances générales sur tous les points du globe où des opérations commerciales sont possibles. Il aurait l'esprit ouvert sur l'ensemble du commerce et serait dans des conditions bien autrement favorables pour réussir dans son pays ou dans les pays étrangers, que s'il avait passé trois ans d'apprentissage dans un bureau. »
La Chambre de Commerce déclare avec raison que c'est à Vinitiative prkée qu'il appartient de poursuivre la résolution d'une création semblable; elle se réserve d'examiner ultérieurement sous quelle forme et dans quelle mesure -elle pourra lui prêter son concours.
Dix commerçants forment une Commission dont M. Jacques Siegfried devient le président.
Le 4 octobre 1871, la Chambre reçoit, de ce dernier, une lettre annonçant que, grâce à l'appel fait à l'initisitive privée, un capital de 220,000 fr. a été souscrit en quelques jours.
La nouvelle Ecole doit être ouverte le 16 du même mois, dans l'ancien local de V Hôtel du Bon Mousse.
La Chambre ravie, crée des prix sous forme de voyage à l'étranger, au profit de plusieurs élèves.
A son début, l'Ecole eut 18 élèves; en 1874-75, le nombre des élèves est de 55.
De 1,000 fr., la Chambre de Commerce porte son allocation à 2,400 fr., en même temps que la Municipalité, le Département et le Ministre du Commerce, accordent à TEcole, un subside de 6,000 fr.
Cet établissement ne pouvait atteindre son but qu'au moyen de sacrifices qui finirent par l'obérer. En 1879, ses difficultés budgétaires engagent la Chambre de Commerce à voter, en sa faveur, pour une période de trois années, à partir de 1880-81 :
1» Une subvention de 2.400 fr. pour la création de 4 nouvelles bourses à ajouter aux 4 premières déjà créées ;
2° Une seconde subvention de 2.600 fr. destinée à couvrir le déficit qui pourrait se produire dans les recettes et limitée à ce déficit s'il n'atteignait pas annuellement le chiffre de 2.600 fr.
A partir de 1883, la Chambre de Commerce renouvela ses subventions d'année en année jusqu'en 1890, aussi, le nombre des élèves grossissant; les recettes se relèvent et la Chambre peut réduire son concours pour 1891, à la somme de 4.800 fr.
Par décret du 22 juillet 1890, l'école est rangée au nombre des institutions reconnues parPÉtat, dans les conditions prévues par l'article 23 de la Loi du 15 juillet 1889, sur le recrutement de l'armée, mesure comportant, pour les quatre cinquièmes des élèves diplômés, la faveur de ne faire qu'une année de service en temps de paix.
Le 19 juin 1891, la date d'expiration de la Société formée en 1871 pour la création de l'École approchant et le capital versé étant absorbé, le Conseil d'Administration informe la Chambre de Commerce de l'impossibilité où elle se trouve de continuer l'œuvre. De là, une proposition de tout céder à la Chambre, sans autre charge que d'acquérir, après évaluation contradictoire, le matériel figurant à l'inventaire pour une somme de 6.900 fr. La date de prise de possession est fixée au premier septembre.
La Chambre de Commerce ne pouvait se soustraire à l'obligation de prendre la direction de l'École, sans réserve de l'application de certaines mesures :
P Placer, à la tète l'École, un Directeur particulièrement versé dans la connaissance des affaires commerciales et bon administrateur ;
2" Nommer un Conseil de surveillance composé de cinq membres de la Chambre de Commerce ;
3" Décisions d'ordre administratif ou financier réservées à la Chambre de Commerce, qui voterait le budget et centraliserait la responsabilité.
Tout sembla pour le mieux. Dès 1893, l'ancien local du Bon Mousse devint insuffisant.
Le 1^'' décembre 1893, le Comité présentait, à la Chambre, avec plans et dessins dressés par M. Bœswillwald, architecte, un rapport concluant à l'achat d'un immeuble du boulevard François h^, moyennant 75.500 fr., et à différentes améliorations dé détails ; le tout évalué 188.850 fr.
Le 26 février 1894, un décret ratifie tout et autorise un emprunt à 4 ' o amortissable en 30 années.
A la rentrée de 1891, tout est prêt. L'inauguration se fait solennellement. Louange peu banale à l'adresse de l'architecte, les dépenses prévues pour 188.450 fr. s'élevèrent à 184.670 fr. 50.
La Chambre est autorisée à réaliser son emprunt au moyen de fonds de réserve du service de sauvetage, à l'intérêt de 3.25 ^ q.
A l'origine, l'Ecole reçut une subvention de 10.000 fr. de l'Etat, mais le Ministre la
réduisit, en 1893, à 7.000 fr. ; en 1893, à 6.000 fr. ; en 1895, à 4.000 fr. ; en 1895, à 2.000 fr En 1896, elle lut supprimée. Pour équilibrer le budget, la Chambre dut voter une allocation qui est actuellement de 6.000 fr.
Les succès de l'Ecole se maintiennent.
La population se recrute par voie de concours, même pour les élèves étrangers, dans les premiers jours d'octobre de chaque année. Age minimum: 16 ans au l^r juillet.
Matières enseignées :
Commerce et comptabilité; marchandises, matières premières,
Géographie économique. Législation commerciale, industrielle, maritime.
Histoire du commerce.
Economie politique, législation ouvrière, fiscale, douanière.
Armement maritime.
Calligraphie.
Anglais, Allemand, Espagnol.
Mathématiques financières.
Un Cours préparatoire d'une année est annexé à l'Ecole.
La rétribution scolaire est de 600 fr. pour les cours normaux et de 250 fr. pour le cours préparatoire.
Depuis 1891, les admissions ont été de :
l 251 avec diplôme dispensant de 2 années de service :
386 élèves des cours normaux < 32 » » sans dispense ;
( 38 » certificat d'études.
225 » au cours préparatoire.
Les statistiques disent que 95 "/o des élèves entrent dans les afïaires commerciales, financières, industrielles, agricoles, en France, aux Colonies, à l'Etranger. Ils parviennent à se créer des positions lucratives honorables. Quelques-uns arrivent à de hautes situations.
Ecoles Pratiques du Havre
Le Rapport sur V Enseignement technique (1900 T. m), contient sur les Ecoles pratiques du Havre, des notes qui disent que, depuis longtemps, on avait senti, dans cette ville, la nécessité de ces fondations.
P Ecole Pratique d'Industrie (Garçons)
La première remonte à 1838, sous forme d'école supérieure et d'école mutuelle gratuite qui durèrent jusqu'en 1871.
En 1854, on donna une seule direction aux deux écoles réunies.
En 1857, certains élèves, suivant le désir des parents, eurent la faculté d'aller faire, pendant quelques heures par jour, leur apprentissage en ville, dans des ateliers privés. Ce moyen ne réussit pas ; on l'abandonna vite.
En 1859, le Conseil municipal vote 4.300 fr. pour l'achat d'un commencement d'outillage de serrurerie et de menuiserie. Deux contremaîtres furent chargés de l'enseignement manuel.
La nouvelle organisation ne fut inaugurée qu'en octobre 1860.
L'enseignement devait durer trois années à 2 h. par jour. Quelques élèves réussirent à se faire recevoir aux Arts et Métiers.
C'était toujours le provisoire, lorsque le Lycée s'installa dans son magnifique palais, laissant son ancien établissement dont le rez-de-chaussée fut transformé en ateliers et les étages en classes et salles d'écoles.
La population augmentant, la direction se dédoubla :
1° Ecole primaire supérieure sous l'autorité de l'ancien directeur;
2° Ecole d'apprentissage (l^r janvier 1868), dont le directeur fut chargé de l'enseignement théorique. Deux coTitremaîtres (menuisier et serrurier), enseignèrent le travail manuel.
Le nombre des élèves passa :
De 46 au commencement de 1868 à 133 en 1873
De 74 en 1869 à 129 en 1874
De 79 en 1870 à 141 en 1875
De 115 en 1871 à 142 en 1876
De 119 en 1872 à 146 en 1877
En 1878, avec 153 élèves, l'emplacement devient insuffisant.
Il faut créer de nouveaux cours : dessin mécanique, forge, ajustage, découpage. Augmentation de matériel, du personnel, des dépenses.
En 1868, la Ville s'était imposée une dépense de 9.770 fr.
En 1879, cette somme atteint le chiffre de 17 .480 fr.
L'œuvre a un côté utile tel que le Gouvernement accorde successivement à la Municipalité :
En 1868, 3.000 fr. En 1870, 5.000 fr. En 1877, 3.000 fr.
En 1869, 6.000 En 1876, 2.000 En 1878, 3.000
En 1876, 2.000
Dès 1871, le rapport de M. Siegfried, adjoint au maire, démontre l'insuffisance de l'installation. On songe à établir, au centre de la Ville, un établissement capable de contenir les jeunes gens qui se présentent.
Devenu Maire, M. Siegfried inaugure la nouvelle Ecole (5 octobre 1879). En 1880, elle a 200 élèves.
En cette dernière année, la Ville du Havre avait dépensé 217,000 fr. pour la construction et 30,000 fr. pour l'acquisition d'un complément d'outillage.
En 1877, fut annexée V Ecole d'apprentis mécaniciens de la marine pour 50 élèves.
De 1888 à 1892, elle a été rangée administrativement au nombre des Ecoles manuelles d'apprentissage auxquelles s'appliquent la loi du 11 décembre 1880 et le règlement du 17 mars 1888.
Depuis 1892, elle est reconnue comme Ecole pratique d'industrie, sous le régi-me prévu par la loi du 26 janvier 1892 et le décret du 22 février 1891.
Elèves 1890 1895 1900
Ajusteurs 60 70 81
Serruriers 27 41 45
Tourneurs 13 17 19
Menuisiers 54 74 49
Forgerons 8 10 11
Chaudronniers 19 28 29
Mouleurs 13 20 19
Totaux 193 260 253
De 1892 à 1899, 1,144 élèves ont passé par l'Ecole. Ils sortent de modestes familles de travailleurs.
De 1890 à 1899
( 1,092 élèves sont entrés dans rindustrie.
1,249 < 39 » sont entrés à l'école des mécaniciens.
( 118 » ont changé de carrière.
OEuvres complémentaires :
1» La Bibliothèque a prêté 1,987 volumes à 151 lecteurs;
2^ Cours d'adultes établis;
3» Cours de géométrie apppliqué à l'industrie,
4° Cours de dessin à main levée,
50 Cours d'électricité,
6^ Conférences nombreuses,
7^^ Fondation d'une Association amicale des anciens Élèves.
Ces détails s'éloignent-ils de notre idée générale ? Nous ne le pensons pas, car, avec l'instruction technique, nait une atmosphère commerciale utile à toutes les branches industrielles. Au Havre, la laine a joué un rôle fort important, de même que le coton, et c'est parce que ces deux matières premières y ont été l'objet d'études particulières, que toute la population havraise s'est portée vers une éducation nouvelle par des fondations capables d'éveiller l'initiative privée et de stimuler l'intelligence et la générosité des capitalistes.
2° Ecole pratique de Commerce et d'Industrie du Havre (Filles)
Cette école est tout aussi nécessaire que la précédente, car on comprend insensiblement combien il serait avantageux de substituer la femme à l'homme dans certaines
fonctions.
Résultats de 1890 à 1897
Élèves admises à l'école » boursières
Travaux manuels. .
Cours de commerce.
Elèves entrées dans.
Certificats
Brevet élémentaire Certificats
Diplômes
Certificats de modes
Confection Lingerie . .
Repassage
Modes
Broderie d'ameublement.
Lycées et collèges
Écoles normales primaires
Enseignement public
» privé
Postes, télégraphes, administration
Commerce
Industrie ou en famille
Parties en Angleterre
Études primaires
» supérieures
Ecoles pratiques commerciales.
» industrielles
Comptabilité
Certificat de cuisine
» repassage
En 1892, l'école a été transférée au Ministère du Commerce.
L'École ne présente pas d'élèves aux examens du certificat d'études primaires et du brevet élémentaire, mais les élèves sont libres d'en courir les chances.