BROCHES
L'importance relative de nos centres de fabrication ressort d'une enquête faite, en 1897, près des Chambres de Commerce.
La fabrication des étoffes foulées (draperies) a été évaluée à 206 millions, somme dans laquelle :
Tourcoing et Roubaix figurent pour 60 millions
Elbeuf » » 54 »
Sedan » » 22 »
Ghàteauroux-Pierrepont » » 18 »
Mazamet » » 16 »
Vienne (Isère) » » 14 »
Louviers, Lisieux et Vire. ...» » 14 »
Reims » » 2 »
Autres localités » » 6 »
Il est difficile de faire une évaluation semblable pour les étoffes de laine pure et les mélangés, mais l'exportation de cette catégorie s'est ainsi chiffrée :
1895 299 millions
La bonneterie, de son côté, exporte, en moyenne, chaque année pour kil. 280.000.
Blanchîmentj Teinture, Impression
On estime à 170 millions la valeur des façons faites annuellement par ces industries Les salaires payés aux ouvriers et ouvrières y entrent pour 60 millions.
La valeur des fils et tissus traités chaque année, peut être évaluée à 1 .800 millions ou 2 milliards, somme dans laquelle les tissus de laine entrent pour la moitié environ.
Les découvertes incessantes de la chimie, les perfectionnements journaliers du matériel tinctorial, les modifications des procédés, tout cela exige des connaissances variées et une expérience approfondie des sciences chimiques et mécaniques.
Le blanchiment comporte divers appareils : machines à laver, à lessiver, à passer en chaux ou en acide, à chlorer, à essorer, etc.
Son but : détacher, des fils ou des tissus, les matières étrangères dont ils sont imprégnés et qui s'opposeraient à la fixation des couleurs tendres, mais aussi à la décoloration des libres textiles.
On pratiq-ua longtemps le blanchiment au moyen de lavages alcalins et du séchage à l'air.
Scheele parvint à isoler le chlore, puis BerthoUet indiqua les effets produits par cette substance. Ainsi, au commencement du xix^ siècle, le chlore devint le principe actif du blanchiment.
C'est au moins ce qui se préparait pour les fibres végétales, car les peuples de l'antiquité appliquaient déjà le procédé du soufrage aux fibres animales.
MM. Floquet et Bonnet de Reims, au moyen du vide, introduisent, dans une étoffe encore humide, de l'acide sulfureux qui donne un excellent blanchiment.
La teinture date depuis longtemps.
Les Hindous, les Egyptiens, les Phéniciens employaient certains procédés pour teindre les étoffes ; la pourpre de Tyr était fort renommée.
Au commencement du xm*' siècle, on parvint à fixer certaines couleurs sur les tissus,
par l'emploi des réactifs. Au xiv^ siècle, on découvrit Torseille. Le xvi« siècle vit d'autres matières tinctoriales : la cochenille, le rocou, les bois de Brésil et dcCampêche.
C'est alors que Gilles Gobelin fonda un atelier de teinture, à Paris, sur la petite rivière la Bièvre.
On connut successivement le kermès, l'écorce de noyer, le lotus, le brou de noix. Le chimiste Dufay vulgarisa l'indigo.
On obtint l'écarlate, le rouge garance.
C'est vers 1844 que, par suite des découvertes de savants tels que Chevreul, le mouvement progressif s'effectua en France.
De la distillerie de la houille, on tira des couleurs dites artificielles qui firent renouveler, en teinture, les produits, les procédés, le matériel.
Sont-elles réellement artificielles? La houille n'a-t-elle pas, comme plante, reçu le soleil, c'est-à-dire la vie? Si elles sont éphémères ou peu solides, c'est que l'on n'est pas encore parvenu à les bien fixer, mais elles sont devenues d'un emploi si facile qu'elles se font adopter partout.
Depuis les recherches de Perkin, en 1857; de Verguin, en 1859, n'a-t-on pas obtenu les anilines d'Hoffmann, la coraline de Persoz, le bleu de Prusse, les bleus de Lyon de Gérard de Laie, les bleus alcalins de Nicholson, le noir aniline de Lighfoot, le violet méthylaniline de Lauth, la safranine, l'alizarine? Citons encore la découverte des dérivés azotiques, les indulines, etc.
11 convient de mentionner également l'emploi des tropéolines de Poirrier, le vert malachite, le bleu d'anthracine de Prudhomme, les ponceaux de Meister-Lucius, etc.
Ont suivi : la thioflavine, le jaune anthucène, l'alizarine, le cyanol, le bleu carmin, les chromotropes, le chromogène, l'alizarine saphirol^ le noir naphtal, le noir naphtylamine, l'azobleu, les couleurs diamine, l'alizarine artificielle fabriquée d'une façon courante.
On est comme ébloui de toutes ces richesses chimiques.
La teinture n'a pas seulement pour but de donner aux fibres la coloration voulue, elle doit donner les couleurs, les faire pénétrer dans la libre elle-même.
L'affinité chimique suffit pour le premier cas; le mordançage, ou emploi d'un corps insoluble appelé mordant qui se combine avec la couleur, aide la libre à se recouvrir de la teinte voulue.
Les mordants les plus usuels sont ceux d'alumine, de fer et de chrome.
L'Impression permet de tracer, sur les étoffes, des dessins coloriés.
Cet art était connu dans l'Inde et en Perse.
Ce n'est qu'au milieu de xviii*^ siècle qu'on s'en servit en France, pour des indiennes, dont la première fabrique fut fondée sous les auspices du gouvernement, en 1757.
Oberkampf créa la manufacture de Jouy, près de Versailles. En Alsace et en Normandie furent ouverts des établissements similaires. Berthollet, Chaptal, Chevreul firent faire des progrès à cet art intéressant dont les procédés furent successivement le pinceautage, l'impression à la main s'effectuant à la cire ou à la planche plate, à la plombine, à la perrotine, au rouleau.
Ce dernier mode subsiste seul après de nombreux perfectionnements.
Le dessin est gravé en creux sur un rouleau métallique, pressé par un second rouleau ou presseur qui reçoit la couleur; celle-ci se dépose dans le creux de la gravure et elle s'imprime sur l'étoffe, quand elle passe entre le rouleau et le presseur.
Les matières colorantes déposées sur le tissu sont fixées au moyen de procédés -de fixation assez nombreux; quelques-uns sont assez compliqués.
Articles divers dans lesquels entre la laine.
Le chapeau de feutre est, ou de poil de lapin domestique et de garenne, de lièvre, ou de laine.
Le premier genre s'est produit de 1840 à 1850, puis mécaniquement en 1855. Le second est fort ancien, mais sa production mécanique remonte seulement à 1855-1860.
La fabrication des casquettes, des bonnets et des coiti'ures d'uniforme a également une origine lort ancienne, mais, dans les dernières années, p^râce à certains sports, elle s'est fort développée. Elle occupe une des premières places dans l'industrie de la chapellerie.
D'après le recensement professionnel de 1896, on trouve :
Fabrication de chapeaux de soie, feutre, pelu- Ouvriers Établissements
che, soufflerie de poils, apprêts, teinture de — —
chapeaux de feutres 17.500 334
Képis, casquettes, calottes 3 . 700 93
Bérets ^600 8
Bonneterie 41 .000 ^ 503
Tricots 6 . 200 personnes
Ganterie de laine, de fil ou de soie et cousage
de la ganterie 18 . 000 »
Fabrication de Jerseys et gilets de laine 1 300 »
Bas,apprèts de bas et autres objets de bonneterie. 4.900 »
C'est une armée pacifique de près de 100.000 travailleurs.