CHAPITRE XVII
La Bonneterie
La bonneterie comprend tous les tissus dits tricots.
Les matières qu'elle emploie : coton, laine et soie, permettent des combinaisons qui ont considérablement aidé à l'usage des objets fabriqués : bas, bonnets, caleçons, maillots, gilets, jupons, gants, mitaines et tissus proprement dits auxquels des apprêts soignés donnent alors tant de prix.
On n'a longtemps obtenu ces tissus qu'au moyen de deux longues aiguilles dans la direction desquelles certaines mains féminines se montraient fort habiles. On ne pouvait faire qu'une maille à la fois.
Le métier à tricoter a presque complètement fait disparaître la fabrication manuelle réduite pour ainsi dire à l'usage exclusif de ceux qui emploient ce qui sort de leurs mains. Toutefois dans certaines écoles, on donne encore des leçons de tricot et nous estimons que cette louable habitude ne doit pas se perdre, la laborieuse mère de famille l'utilisant, dans ses moments perdus, pour le plus grand avantage des enfants.
Si le tricot à la main ne fait qu'une maille à la fois, le métier en produit simultanément un nombre considérable. Pour arriver à ce résultat, on a dû vaincre certaines difficultés.
Le tricotage manuel permettait de donner à l'objet sur des aiguilles toutes les formes possibles, par élargissement ou rétrécissement du tissu ; la machine ne semblait pouvoir ne donner que des surfaces unies et planes qu'il fallait coudre et ajuster de façon à obtenir le vêtement voulu. Aujourd'hui, le métier circulaire et continu résout toutes les difficultés ; de là, un avantage immense, le travail mécanique ayant la supériorité du bon marché.
L'histoire de la bonneterie est fort ancienne et pourtant les peuples que nous connaissons le mieux, ceux qui habitaient les rivages de la Méditerranée, ne portaient pas de bas, probablement la première pièce du vêtement qui fut fabriquée à la main ou plutôt tricotée car elle était la plus simple.
En effet, à Rome, les femmes portaient des bandelettes {fasciœ crurales) artistement roulées autour de leurs pieds et de leurs jambes.
Le luxe et la mollesse envahissant Rome, des hommes imitèrent les femmes. Gicéron reproche à Glodius les bandelettes dont il enveloppait ses jambes et la calantica, espèce de réseau, dont, à l'exemple du sexe féminin, il ornait sa tête.
Les bandelettes les plus fines, à l'usage des femmes, étaient teintes en pourpre. Les petits-maîtres de Rome les portaient blanches.
Lorsque la toge fut remplacée par le pallium qui laissait les jambes nues et exposées ù l'air, beaucoup d'hommes, au dire de Valère-Maxime, adoptèrent l'usage desfasciœcnimles.
L'empereur Alexandre Sévère, au témoignage de Lampride, portait constamment des fasciœ, même à Rome, où il. revotait la toge.
La coutume de ces bandelettes devint générale. Les enluminures des vieux manuscrits prouvent qu'elle régna en Europe dans la première moitié du moyen-âge.
Plus tard, on remplaça les bandelettes par une pièce d'étoffe ordinairement de drap, taillée et cousue de façon à s'ajuster au pied et à la jambe.' Ce fut la chausse, du bas latin ho sa.
Ce vêtement, d'abord lâche et rayé de diverses couleurs, fut successivement serré aux genoux, de façon à marquer la jambe et le mollet. Les chausses ne devaient pas être confondues avec l'espèce de culotte large appelée hatit-de-chaiisse.
Le mot &«s s'appela probablement ainsi, à cause de sa situation par rapport au hautde-chausse.
Vart du tricot remonte à la fin du xv^ siècle.
Les premiers bas fabriqués de cette façon furent, dit-on, portés par Henri II, aux noces de sa sœur avec le duc de Savoie.
Les bas tricotés à la main furent détrônés par les bas au métier.
On ignore le nom de l'inventeur. La France et l'Angleterre réclament l'honneur de lui avoir donné naissance.
Il est certain que cette industrie se développa d'abord en Angleterre d'où, en 1656, le premier métier à bas fut importé chez nous.
Depuis, on le perfectionna en France et ailleurs.
Une tradition veut qu'un nommé Jean Hindret, un français, fit, le premier, connaître ce métier à ses compatriotes.
Les bas au métier, à la différence des bas tricotés à la main, durent d'abord être cousus à l'aiguille, mais le métier circulaire confectionna des bas sans coutures.
Le tissu est lormé d'un seul fil replié en boucles qui s'agrafent les unes sur les autres en form.ant une succession de inaiiles, pour chacune desquelles chaque fil représente un point de chainette.
La grande production s'obtient sur des métiers i^ectilignes ou circulaires de dimensions diverses. Las métiers rectilignes sont disposés pour faire une ou plusieurs pièces à la fois; certains en produisent jusqnà huit et toutes à lisières. Ce sont de grandes machines qui réclament un moteur puissant et ne peuvent être utilisées qu'en manufacture et non chez l'ouvrier.
Les métiers circulaires^ c'est-à-dire ronds, sont de diamètres différents selon l'objet qu'on veut produire ; ainsi, pour les bas sans couture, le diamètre est proportionné à la grosseur de la jambe, et, pour les gilets et les jupons, il faut des diamètres en rapport avec les circonférences du corps.
L'outillage perfectionné à marche rapide est plus important en Angleterre que dans aucun autre pays, c'est la cause de son immense production.
La Saxe, à cause du salaire réduit des ouvriers, produit dans d'excellentes conditions.
Les Etats-Unis, très avancés dans la construction des machines, sont les concurrents très sérieux du marché français.
Les premiers métiers rectilignes anglais datent de 1844. Ce n'est qu'à partir de 1854, que la France a commencé la transformation de son outillage qui a beaucoup progressé depuis.
Parmi les industries qui transforment la laine, la bonneterie a une grande importance puisqu'on estime à 500, les communes françaises où elle se fabri(|ue.
Il convient de dire tout d'abord que la bonneterie emploie le coton, la laine, la soie et la bourre de soie.
Les iils de coton sont d'origine française comme ceux de laine.
Les Iils de laine et de coton mélangés s'emploient peu en France où ils sont moins réussis qu'en Angleterre. Les soies sont filées dans le midi avec des cocons du Levant, d'Italie, de France.
Les bourres de soie sont de filature française, suisse et anglaise.
Le prix du cachemire ne permet pas d'en faire des articles accessibles à la" masse des consommateurs.
On a beaucoup perfectionné les métiers; ceux à marche rapide sont utilisés daug tous les centres mais les anciens petits métiers français sont encore les plus employés.
Le génie français a fait des merveilles sous ce rapport. On voit, sur certains métiers, par exemple, se produire à la fois, six bas à diminution, entièrement terminés jusques et y compris la pointe.
Sous le rapport du perfectionnement mécanique, la France n'a rien à envier aux autres pays, mais comme le capital engagé est relativement peu considérable, les frais généraux sont plus lourds et le salaire de l'ouvrier plus élevé.
C'est une histoire fort curieuse que celle de la bonneterie et de ses premières machines, mais comme elle concerne surtout la soie dans ses débuts, sous le règne de la reine Elisabeth d'Angleterre, nous croyons devoir simplement dire que, vers 1720, un sieur Senart, établit, à Santerre, près de Péronne, la première filature de laine peignée, en Picardie, pour les bas d'estame et qu'il alimenta les fabriques de bas de Paris n'employant, avant cela, que les filés de la Flandre.
En 1745, un privilège du roi lui permit de fonder une fabrique de bas au métier au Plaisier-Piosanvillier.
Il y avait, à cette époque, beaucoup de villes privilégiées pour le commerce de la bonneterie au métier.
Selon l'abbé Jaubert, on comptait, à Paris, en 1772, 2.500 métiers à bas, à Lyon, 1.300 ; à Nimes, 4.500, sans parler de ceux qui étaient répandus dans le reste du royaume.
En 1770, Sarrazin établit, à Paris, puis à Lyon, une fabrique de bas à côtes dont les Anglais étaient les inventeurs.
L'abbé Jaubert raconte qu'en 1772, on faisait, en France, sur le métier à bas, des culottes, des caleçons, des mitaines, des vestes et même des habits.
Deux maitres-ouvriers intelligents, Jolivet et Cochet, prirent, en 1791, un brevet d'invention pour w de^ procédés propres à faire des bas ondes, brillants comme le satin, et du tricot-dentelle que l'on peut couper sans qu'il s'effile ».
Cochet, après la mort de son associé, inventa divers perfectionnements et rendit hommage à la mémoire de son ancien maître Sarrazin comme à celle de Jolivet.
L'étude des améliorations que l'on fit subir au métier à bonneterie est infiniment longue, et la liste des brevets n'est pas moins considérable; nous n'avons qu'à le mentionner.
La production annuelle de la France est évaluée à environ 150 millions qui se divisent ainsi :
Bonneterie
Fabricon française
Importations
Exportations
En coton
Ea laine
En soie et bourre En lin
fr.
fr.
fr.
Un sixième seulement de la production va à Fctranger, le reste est consommé à l'intoiieur.
La France importe beaucoup de bonneterie de toute sorte.
En 1858, notre exportation ne s'élevait qu'à 10.876.081 savoir :
en coton 2.480.690 en soie 4.670.580
» laine 3.657.875 » lin 66.956
Les progrès sont tellement frappants qu'on est étonné du prix auquel sont descendus certains articles.
Quand la laine filée coûte 5 fr. le kil., et qu'une paire de chaussettes d'hommes pèse 100 grammes, la façon, toujours facilitée par des machines plus parfaites, rapproche considérablement le produit fabriqué du coût de la matière première. Sous ce rapport, la machine a permis de mettre la laine à la portée de tout le monde : c'est un grand bienfait.
Du Santerre (Picardie), de Villers-Bretonneux, Roye, Hangest, Harbonnières où elle semblait concentrée, la bonneterie s'est répandue dans les départements de l'Aube, de la Marne, de la Seine, de l'Oise, de Maine-et-Loire, des Hautes-Pyrénées, des Busses-Pyrénées, etc.
Troyes est un des centres les plus renommés.
Les métiers employés pour la laine ne diffèrent guère de ceux dont on use pour le coton. Cependant il y a des différences, parce que la laine se prête mieux que le coton aux fantaisies en tricot par l'élasticité et le bouffant qui lui sont propres. Les couleurs y sont plus vives. C'est ce qui explique qu'on façonne en laine les accessoires du vêtement : châles, écharpes, coiffures et corsages, capelines, manteaux d'enfants, etc. On obtient ainsi légèreté, chaleur, apparence agréable que la mode modifie souvent. La main, en cela, rend encore de grands services.
La bonneterie classique se fait principalemsnt en Picardie. Bonne laine longue et forte, articles très variés, coupe élégante, fini soigné, prix modéré; telles sont leschosesqui ont fait le succès de cette branche industrielle fort utile. Le gilet de chasse, par exemple, se produit dans toutes les qualités de laine et dans des prix bien différents qui augmentent avec la doublure et la garniture.
L'Eure et la Haute-Garonne ont des spécialités pour les ouvriers et les marins. L'Oise et l'Aube sont renommées pour les fantaisies, dont quelques-unes sont de haut goût.
La bonneterie drapée cl la bonneterie orientale que nous achetons quelquefois comme choses venant de loin s'obtiennent dans quelques communes d'Eure-et-Loir et dans les environs d'Orléans.
La fabrication du gant a été portée à un haut degré de perfection par la maison Nevret de Paris.
Le gant ordinaire nous vient d'Angleterre; il n'a aucune grâce, il n'est pas beau, mais la mode l'a adopté parce qu'il est facile et commode. Sous ce rapport, nos fabricants devraient faire un effort d'imitation qui ne serait pas perdu.
L'article dltJerseij^ d'invention récente, car elle ne remonte pas à plus de 25 ans, est un tissu tricoté qui, parfaitement apprêté, a l'apparence d'une étoffe drapée, foulée, iiquellese découpe de façon à donner d'excellents gants cousus. C'est en cela surtout que la maison Neyret, s'est montrée supérieure, d"ns toutes les expositions où elle a figuré. Nous pensons qu'elle s'est surtout affirmée à l'Exposition d'Anvers, en 1855.
Le Jersey s'adapte à une foule de genres de vêtements. On en fait d'excellents gilets, excessivement fins, qui remplacent la flanelle en contact avec la peau, mais, en qualités plus communes, le Jersey s'emploie pour le caleçon, le gilet éj)ais et même le bas.
C'est le genre de bonneterie dont la perfection a été poussée le plus loin. On vend aujourd'Iiui une pièce de jersey comme une pièce de drap ordinaire, mais les industriels qui le réussissent le mieux travaillent pour eux exclusivement.
Revenons, un instant, à l'invention du mëticr à tricoter que plusieurs écrivains attribuent à William Rider, en 1564. La premine [aire de bas avait été présentée au roi Edouard VI.
Anderson affirme qne le métier à bas ordinaire a été inventé en 1561, à Cambridge, par le Rév. William Lee dont la découverte fit sensation en Angleterre, mais qui ne reçoit pas les encouragements royaux expérés, ce qui le décida à se rendre à Rouen où il se fixa avec huit ouvriers et autant de métiers. Il mourut ignoré quelques années après.
Le docteur Howel (Histoire du monde) pense que la découverte de Lee date de 1600 et que ses ouvriers se rendirent en Espagne et à Venise où ils montrèrent la méthode de faire des bas au métier. Sur tout cela, il n'y a que des présomptions.
On sait que, dès les premières années du xvii® siècle, une compagnie de tisseurs au métier se forma en Angleterre de manière à régulariser les salaires et de façon à s'opposer au travail d'autres ouvriers que ceux qui avaient fait leur apprentissage.
En 1640, Nottingham possédait deux maîtres bonnetiers achetant les articles faits dans le pays.
Les comtés de Derby et de Leicester se livrèrent aussi à cette fabrication. En 1770, on comptait, dans la dernière ville, 180 métiers.
La première manufacture de bas au métier fut établie en France (1656), dans le château de Madrid, au Bois de Boulogne, près de Paris, sous la direction de Jean Hindret, que Golbert lit venir de Hollande. Le succ^'s de cet établissement fut tel qu'en 1666, Hindret forma une compagnie sous la protection du roi qui (1672) érigea une communauté de maîtres et ouvriers en bas au métier.
M. L. Knab dit que. d'après une lettre insérée dans le Journal économique (déc. 1667), le métier à bas fut inventé sous le règne de Louis XIV, par un serrurier bas-normand, qu'un sieur Français, apothicaire, avait connu et qui est mort à l'Hôtel-Dieu dans un âge avancé. Mais Fauteur, qui à traité cette question dans V Encyclopédie, soutient avec raison que le métier à bas a pris naissance en Angleterre et qu'il nous est revenu par supercherie. Cette dernière version est la seule vraie ; elle est appuyée par des documents historiques irréfutables.
En France, défense fut faite alors d'établir aucun métier ailleurs qu'à Paris, Rouen, D jiii'dan, Caen, Nantes, Oléron, Aix, Toulouse, Nimes, Uzos, Romans, Lyon, Metz, Bourges, Poitiers, Orléans, Amiens et Reims où ils étaient déjà établis.
Il y avait donc des métiers à bas, avant 1656, dans ces villes.
Au xvie siècle, existait une corporation de bonnetiers appelés chaussetiers ou aulinuciers (faiseurs à'aumuces) (muce, coquille dont les chanoines se couvraient la tète) et une confrérie établie à Saint-Jacques-la-Boucherie, sous la protection de saint Fiacre. Les armoiries étaient ainsi blasonnées : de France, au bas d'or, en cœur au chef de gueules, chargé de de deux vers à soie et d'une toison d'or.
Précédemment, nous avons parlé de l'établissement de la filature.
Roland de la Platière, le seul qui, avant 1789, ait écrit sur les tissus, évaluait la production de la bonneterie, en 1785, à 60 millions de livres, dont moitié pour la bonneterie de soie. D'après V Encyclopédie^ il y avait, à cette époque, de nom'breuses variétés de tricots: le tricot -double, le tricot sans envers, le tricot à mailles nouées, le tricot dentelle, guilloché, broché, k côte de melon, peluché, chiné, à mailles coulées, etc. Cela suppose une industrie assez avancée et une fabrication étendue.
Les tricots fourrés, dus à Matliis, furent présentés, en 1792, à l'Académie des Sciences •qui décerna une récompense que l'inventeur consacra à l'amélioration de son métier. De là, une seconde récompense et l'établissement des machines nouvelles dans les fabriques de bonneterie de Rouen et de Troyes.
Les tricots fourrés, dits de Strasbourg, sont toujours estimés.
En 1805, Boiteux, de Paris, reçut une. médaille de la Société d'encouragement pour
avoir fabriqué en France, le premier tricot appelé, en Angleterre, bonneterie à toisons ou à poils.
En 1807, Bernard introduit, en France, le tricot de Berlin, qui est encore le plus généralement fabriqué.
Plusieurs Lyonnais ont perfectionné la bonneterie au métier :
1° Aubert (1819), brevet pour un nouveau métier à tricot sur chaîne ;
2° Perany père. Goulet et Merty, brevet pour une mécanique à deux barres adaptée au métier à tricot sur chaîne, pour fabriquer des étoffes dites à filets cannés, à 6 pans, à grands jours ronds ou ovales {IS20) ;
3^ George (1825), brevet pour l'emploi d'un métier à tricot de soie unie, auquel s'applique la tire à la Jacquard, et au moyen duquel on détache et on varie à volonté les dessins qu'on peut y ménager ;
4° Garraud (1828), brevet pour la fabrication de bas en cachemire, laine, soie, bourre de soie, fil ou coton, à dessins de couleur.
Jusqu'en 1850, tous les perfectionnements résultent de ces diverses inventions lyonnaises. D'autres sont attribuables aux brevets obtenus
En 1791-1796 par Decroix.
» 1803-1806 » Jeandon.
» 1804 » Moor et Armitage.
» 1805 » Favreau etThiébault.
» 1805 )) Bellemère.
)) 1808 » Leroy, Legrand et Bernard.
» 1808 » Goutan.
» 1809 )) Pouillot, Fayolle et Hallin.
)) 1809 » Pouyer-Quertier et Legrand.
» 1811 » Delahaye.
» 1812, » Ghevrier.
» 1813 » Léger-Boizard, Judson.
» 1815 » Andrieux.
» 1818 » Meynard, Pinet etG'^
» 1819 » Tellier.
» 1821 » Ganard.
» 1829 » Dupont, Ravigneaux.
)) 1834-1839 » Delarothière.
» 1834 » Braconnier, Savoie et Tortel.
» 1836-1841 » Gostal, Jacquin.
» 1837 » Masse.
» 1838 » Baile, Rigaux, Parent, Gillet.
)) 1839 » Ghavin, Graig, Pearson.
» 1840 , » Bossens, Outrequin, Joyeuse.
Il y a peu d'articles qui aient, autant que la bonneterie, exercé le génie humain. Sous ce rapport, la France s'est montrée fertile.
M. L. Knab descend dans des détails très intéressants à propos des métiers circulaires que Ton modifie en raison de leur destination, et des métiers droits que l'on est parvenu à rendre automatiques et à faire tricoter simultanément sur un nombre plus ou moins considérable de pièces, par une impulsion unique.
« Les perfectionnements apportés à ce système ont permis, non seulement de faire simultanément un certain nombre de bas, mais de les exécuter k formes, c'est-à-dire avec les rétrécis et les élargis tels que la main peut les produire.
(( La coopération de l'homme se borne à nne simple surveillance, qui lui est payée un prix plus élevé que ne l'était le salaire du plus habile bonnetier à la main.
« Un métier automatique à pièces multiples, surveillé par un ouvrier, produit, en 12 heures de travail, 4 à 5 douzaines de paires de bas, soit 96 à 120 bas, tandis que ce même ouvrier, travaillant sur des métiers anciens, ferait à peine trois paires dans le même temps. »
Parmi les métiers circulaires, il y en a de formes particulières destinées surtout aux familles. Il est tel qu'une femme, après avoir placé une bobine de fil convenable et tourné la manivelle pendant le temps voulu, fait un bas de toute pièce sans avoir rien à coudre, et cela avec la possibilité d'y mettre si peu d'attention qu'elle peut vaquer, en même temps, à tout autre soin du ménage, plus facilement qu'en maniant les aiguilles à tricoter.
Cette invention montre les services pratiques que le travail des machines est appelé à rendre dans les intérieurs les plus modestes.
Comparons la production des divers systèmes.
L'ouvrière la plus habile fait, par minute, de 150 à 200 mailles ; le métier droit, dit français, ou l'ouvrier travaille des pieds et des mains, en produit 5.400. Le métier droit automatique à diviseurs multiples pour bas et pour façonnés, 45.360.
Le métier circulaire à mailleuses, fait 5.675 mailles ; le métier à chaînes et à aiguilles articulées, 24U.000.
Le nouveau métier à aiguilles articulées et à chaînes multiples pouvant faire les façonnés au même prix que les unis, 360.000. Le métier circulaire à aiguilles articulées à à doubles coutures 480.000 mailles.
Que de choses intéressantes il y aurait àcrire sur ces inventions ingénieuses se perfectionnant l'une par l'autre et réduisant insensiblement le prix des produits excellents ! .
La machine à tricoter américaine, inventée et brevetée en France, par M. fsaac W. Lamb, dite machine de famille fournit une occupation utile, lucrative et variée aux ouvrières travaillant en chambre, en-leur permettant de faire rapidement toutes espèces d'objets, tels que cachenez, manchettes, mitaines, guêtres, vêtements d'enfants, etc., imitant les ouvrages au crochet.
Cette ingénieuse machine permet de faire des bas sans couture, de forme et de grandeur quelconque, avec augmentation et diminution comme dans le bas tricoté à la main. La production est d'une paire de chaussettes en une demi-heure et de six paires de bas par jour.
Nous n'envisagerions pas la question de la bonneterie dans toute son étendue, si nous ne la considérions qu'au point de vue du machinisme et de la fabrication ; le côté commercial a une très grande importance car cette industrie se pratique à l'étranger sur une grande échelle.
V Angleterre est le pays qui fabrique le plus de bonneterie. La consommation des articles classiques est énorme, aussi tend-t-on toujours à l'amener au plus bas prix possible.
La matière dite mérinos, employée à la bonneterie, est un mélange de laine douce et de coton préparés et filés ensemble. On obtient ainsi des bas, des chaussettes, des caleçons, des gilets, en blanc et en couleur, d'un porté agréable et d'un bon usage. Ils conservent mieux leur élasticité après lavage que s'ils étaient de laine pure, car celle-ci a toujours une tendance à feutrer, surtout si l'on ne surveille pas bien le degré de l'eau nécessaire à cela. Cette eau doit être simplement douce à la main.
Le genre cheviott est aussi agréable au porté. Cette bonneterie est naturellement plus épaisse, mais la laine spongieuse est très hygiénique sans être sensiblement plus chaude que le tissu fin. Dans l'armée et la marine, ces gilets rendent de très grands services ; leur épaisseur est une garantie contre le refroidissement brusque.
Les comtés de Nottingham, Leicester et Derby sont les grands centres de fabrication. Il s'en fait aussi à Balbriggam, en Irlande, et à Harwick, en Ecosse.
Noltingham est plus pour le coton, Leicester pour la laine, Derby pour la soie.
L'Allemagne a cet immense avantage de ne donner qu'un salaire inférieur de 40 °/o^ au salaire de l'ouvrier français. Or, la main-d'œuvre, en bonneterie, représente les quatre cinquièmes et la matière seulement un cinquième des objets fabriqués.
La bonneterie et la ganterie de tricot de la Saxe entre en grande quantité en France.
L'outillage est aussi perfectionné que l'outillage anglais ou français. Beaucoup d'ouvriers travaillent chez eux ; peu difficiles pour l'alimentation, le vêtement et l'habitation, ils se montrent moins exigeants sous le rapport de la rétribution.
V Autriche-Hongrie fabrique toutes espèces de tricots. Les fabriques de Teplitz (Bohême) livrent au commerce : bas, chaussettes, caleçons, gilets, jupons, articles principalement faits aux métiers circulaires.
La Belgique est en progrès et le salaire de son ouvrier bonnetier est d'un quart audessous du salaire français.
L'Espagne se sert surtout des métiers circulaires de grand diamètre produisant des pièces de tricot dans lesquelles on coupe aux ciseaux : bas, chaussettes, gilets, caleçons, jupons. La confection n'est pas parfaite, mais le prix de revient défie tout ce que les autres pays produisent.
Barcelone est le centre des fabriques de bonneterie dont quelques-unes sont assez grandement montées et bien organisées.
L'Italie a peu de fabriques. Elle préfère le métier circulaire. Gênes a une manufacture bien outillée produisant les articles ci-dessus.
Il convient de faire remarquer que le gros de la consommation italienne vient d'Angleterre, de Saxe et de France.
En Suisse, la fabrication est très faible quoique les articles produits soient de bonne confection et à des prix favorables.
Du Portugal, on peut dire ce que nous avons écrit de l'Italie et delà Suisse ; pourtant la main-d'œuvre y est peu coûteuse. Ce pays s'alimente en Angleterre, en Allemagne, en France.
La Russie suit les mêmes errements pour les beaux articles. Les paysans consomment des bas de grosse laine, de couleur, tricotés à la main, très chauds, mais d'une forme rudimentaire.
Le pays tricote à la main une spécialité de châles en poil de chèvre, d'une maille fine et d'un beau travail. Ces châles sont faits dans le Caucase où la journée d'une femme coûte peu.
Le Danemark confectionne à la main et à très bas prix, des gilets, bas, chaussettes en très grosse laine rude qui permet au marin de résister à la rigueur des zones glaciales.
Le filage et le tricotage de la laine sont faits, dans les longues soirées d'hiver, par les paysans du Jutland.
Ces articles sont d'une consommation importante dans les pays du Nord.
Les Pays-Bas, qui fabriquent peu, sont surtout tributaires de l'Allemagne. La France et l'Angleterre leur livrent des articles de fantaisie.
La Suède a des métiers circulaires ; la Norvège produit de gros articles à l'usage des marins.
La Turqîiie fabrique de la bonneterie au métier et à la main, en mailles très fines, avec des dessins de fleurs ou feuillages de couleur, travaillés dans le corps du tricot. Malgré les lenteurs d'une telle fabrication, elle est à des prix modérés à cause de la maigre rétribution du travail.
Le Japon, la Chine, la Cochinchine ne fabriquent presque pas et ne portent pas de bonneterie. La chose est presque incroyable, vu les relations avec les pays de l'ouest. On y
taille, dans des pièces de drap ou de calicot, des bas et des chaussettes, comme on le fit primitivement en France, que Ton coud ensuite à la main.
Le Japon qui a fait de grands progrès industriels, importe de la bontenerie française et achète des métiers circulaires à tricot.
L'industrie et le commerce de bonneterie comprennent de nombreux genres, qui donnent des chiftres considérables même quand il s'agit de nos importations.
Yoici des chiffres officiels :