‹ Histoire économique de la laineChapitre 18 sur 151 · individus vivant de la terre · texte numérisé non relu

individus vivant de la terre

D'un autre côté :

1.130.000 individus (grande industrie, mines, manufactures, etc.). 6.093.000 individus (petite industrie, ouvriers, chefs de métiers).

Le Commerce a :

789.000 banquiers, commissionnaires, marchands en gros, 1.895.000 marchands en détail, boutiquiers.

Donc : à la terre : 18.243.000 individus,

à l'industrie et au commerce : 9.907.000 »

L'Administration supérieure donne cette subdivision :

à l'agriculture 50 o/o

à l'industrie 25 »

au commerce 10 »

aux professions libérales. 4 »

Rentiers 6 »

Suivant M. Grandvoinnet, professeur du génie rural à l'Institut agronomique, notre outillage agricole aurait une valeur de plus d'un milliard.

L'outillage de l'Angleterre, dont la surface cultivée est moins considérable, est plus parfait et vaut le double du nôtre.

Une leçon de choses est renfermée dans cette constatation, comme dans le chiffre de 800.000 individus occupés dans les entreprises de transport par terre, fleuves, canaux et marine marchande.

Nos moyens de transport ne suffisant pas, nous sommes obligés d'employer la marine étrangère, avec des charges plus considérables pour le commerce.

Certains tarifs ne peuvent se comprendre. Il en coûte plus, de Marseille à Reims, que de Gênes à Dunkerque.

Ce chapitre du roman économique est triste pour nous. Il se résume dans les chifl'res suivants du commerce général :

France Angleterre

1883 env. 8.000.000.000 env. 16.000.000.000 .lamais la France n'a recouvré son antique supériorité.

La consommation de la laine est aussi un signe d'aisance nationale. D'après Scherzer, la moyenne do la consommation fut, de 1884 à 1888 fpar millions de kil.);

Pays Importation Exportation Différence Consommation

Grande Bretagne et Irlande . 282 151 + 131 203

France 185 53 + 132 189

Empire Allemand 114 20 + îli lil

Autriche-Hongrie 25 10 + 15 M

Portugal 3.4 0.7 + 2.7 7

Espagne 2.2 5.4 — 3.2 3 5

Italie 11 1.4 + 9 6 2 4

Russie 5 34 — 29 79

Richard Cobden, dont le nom semble grandir avec le besoin des libertés commer ciales, voua sa vie à trois questions ; la liberté commerciale, la liberté politique, la paix.

A un de ses lidèles amis, qui lui disait : « Vous êtes la vérité incarnée ». il répondit : (( Il y a deux moyens d'obtenir une réforme électorale complète : la révolution ou Vécole.

(( Par l'école, nous provoquons une réforme durable; par la révolution, nous ne ferons naître que des mouvements convulsifs et passagers, et nous retomberons bientôt dans le despotisme et l'anarchie. )>.

L'école est nécessaire en tout. Les essais des éleveurs de moutons ne reposaient sur rien de fixe. Daubenton, le premier, agit par principe; de là, la résolution du roi de créer une ferme modèle pour l'élevage.

Les races espagnoles se perdent par l'apathie des propriétaires; les races anglaises conservent leur pureté. Les races françaises Uottent d'un essai non vérifié sufîisamment à un autre essai supposé meilleur.

Tous les progrès demandent paix, sécurité, bonnes finances, équité économique. Certaines lois sont implacables; elles pourraient s'appeler l'expérience des nations, puisqu'elles la résument.

Que de choses disent certains chiffres !

Années Droits d'entrée \\\\ de la laiiic de aiaiiip.i

pagne la\co

1789, 90 aucun droit 6 à 6 75 le kil.

1791 à 1795 20 o/o ad valorem 1 .^^T:), 5 — 7.50 — 5

1799 à 1814 droits supprimés hausse continuelle

1809, 1811, 1812, 1814 période de guerre 15, 12, 13, 8.50

1815 à 1822 sortie 30 f. par quintal 14.50

entrée 25 f. par quintal

1823, 25,26,29 30 «o ad valorem 7. 11. 8.50. 7

1830 changement de gouvernement 8.50

1836 à 1844 20 à 22 0 o ad valorem —

1844, 1851 20 0 0 ad valorem —

1848 guerre civile 5.25

1851 id. * 9 -

1851, 1854 15 0/, ad valorem 7.75

1861, 1862 baisse continuelle 8 —

1864 maximum 9.25

1869 maximum 4.75

Depuis les cours flottent de 4 à 5.75 — de 4 à 5 1.

L'instabilité politique est un mal, mais les agitations économiques dont les eiletssont quelquefois si troublants jettent le commerce et l'industrie dans des épreuves fort longues. Le travail a ses droits mais le capital a besoin de sécurité. En industrie, la règle est générale, on avance ou l'on recule; pas de point stationnaire.

Un homme de grande valeur, avec qui je parcourais les salles de préparation de sa filature, me disait, en faisant allusion à ce travail incessant :

a C'est l'image de la vie. Tout a sa raison d'être. Les choses, du commencement à la lin, se poussent comme les événements succèdent ayx événements. Quand j'entends ce bruit, que je vois les révolutions de ces machines ; lorsque je réfléchis au mouvement incessant de la matière, je songe à l'exclamation de Bossuet poussant les siècles qui défilent devant lui : —Marche ! Marche !... »

Et. avec une douceur infinie dans la voix, il ajouta : « J'eus peine à m'y faire, mais, en me privant de tout, pour ces machines, j'ai trouvé près d'elles, une vie occupée, prospère, intelligente, utile aux autres et à moi-même. »

Cet homme, un des meilleurs que j'ai connus a maintenu son établissement au premier rang.

Un industriel de cette qualité est nécessairement un bon observateur et c'est par l'observation que les progrès entrent dans chaque industrie.

Le tilage au rouet a été un progrès sur la quenouille et le fuseau. Le métier Mull Jenny a amené une production plus forte distancée par celle du renvideur et du continu.

Benjamin Franklin disait que celui qui trouverait le moyen de produire deux aiguillées de fil dans le temps mis à en produire une, devrait être considéré comme un bienfaiteur de l'humanité. Nos inventeurs modernes ont fait mieux que cela et l'on ne cite même pas leur nom. De 3.000 m. au kilo, produits à la main, on arrive quelquefois à 175.000 mètres, lorsqu'on veut démontrer l'allongement possible du fil et la perfection mécanique.

Le tissage mécanique a, dans le même ordre d'idées, donné une valeur intrinsèque plus considérable à la laine.

M. Ch. Seydoux, grand industriel du Cateau (Nord), offrait, de certaines bergeries australiennes, des prix qui semblaient exorbitants, mais il comprenait que sans cet encouragement, les éleveurs ne produiraient pas cette matière admirable et fort rare.

La laine ainsi comprise a été, aidée de la machine, la source de grandes fortunes.

La maison Hartmann-Schmalzer de Malmerspach (Alsace) a toujours joui d'une réputation hors-ligne et d'un succès tel que volontiers on attribuait ses succès à d'heureuses spéculations. Un des associés, M. Germain, avec qui j'entretenais d'excellentes relations d'amitié, me dit un jour :

a Tous nos succès ont été les plus naturels du monde. Notre première installation fut parfaite dès le début. Lorsqu'une machine vieillit, ou fut distancée par une autre plus parfaite, nous la remplaçâmes immédiatement par le nouveau modèle. .îamais nous n'avons conservé un engin ne donnant pas le maximum de la production obtenue ailleurs ».

M. Noiret, de Rethel, qui, depuis longtemps, s'est placé à la tète de tous les lilateurs de France, par ses filés extra, ses fils laine et soie, ses chaines retordues, ses articles nouveautés si recherchés par la fabrique de Lyon, a toujours accordé, au machinisme, la plus sérieuse attention. Ses procédés résultent de ses observations personnelles et d'une habileté ouvrière lente à obtenir.

Bordcrel Jeune, fabricant de draps à Sedan, était aussi, d'après l'opinion publique, un spéculateur heureux. 11 me dit que rien n'était plus faux, que tout son succès était né de sa fabrication bien comprise et bien surveillée. Je pus en juger, car je lui vendis moitié d'un lot de blousses dont il fabriqua une étoffe à 12 fr. le mètre, tandis qu'un de ses voisins, acquéreur de l'autre moitié, n'en tira (pie 8 fr. Le chancelier Bacon a dit avec raison : « Le travail est la valeur de l'homme, (jui s'ajoute à la matière première. »

Quelquefois l'habileté technique se double d'une inspiration de génie, comme le prouve l'histoire d'Elisée de Montagnac, industriel de Sedan.

Un ouvrier rapporte une pièce de drap à inspecter, dans une salle dont le plancher avait subi une réparation. La sciure de bois s'attache au poil de la laine étirée par les chardons d'une lainerie. Avant la visite de sa pièce, cet homme s'aperçoit de soVi imprudence et essaie de faire disparaître cette poussière. Pour cela, l'idée lui vient de frapper l'étoffe d'une baguette, mais il ne réussit pas. Le patron, en apercevantles poils ébouriffés, réfléchit à ce phénomène tout à fait physique et découvre que, pour obtenir la verticalité des poils d'un côté, il suffit de battre l'étoffe sur le côté opposé.

Vne pièce entière ainsi traitée devint le premier velours Montagnac.

On organisa des batteries mécaniques qui marchaient tout le jour. Des licences furent accordées à plusieurs industriels de Sedan et d'Elbeuf.

David-Labbé, de Saint-Richau mont (Aisne) voulut enlever quelques nœuds ou boutons d'une pièce de mérinos, au moyen d'un méchant couteau légèrement écranté. Cette lame en scie conduisit au peigne qui supplanta le ponçage et devint la source d'une fortune.

Le procédé de la maison Harmel Frères, pour la destruction des matières végétales dans la laine peignée, eut le même résultat. Quoi de plus simple pourtant !

Comme ombre à ce tableau, on pourrait rappeler la mauvaise opération que firent les fdateurs de Sedan, en achetant les vieux métiers à filer de Yerviers, lorsque les industriels de cette ville, sous la pression de ses constructeurs intelligents, se donnèrent les machines les plus perfectionnées.

Un métier imparfait ne- donne qu'un travail laissant beaucoup à désirer ; il est inférieur, peu productif et il met son propriétaire au dessous de son concurrent.

L'histoire industrielle de Reims donne une idée des progrès accomplis ailleurs.

Sa réputation datait de loin. En 1496, « on voit poindre l'accroissement de ses draperies ».

En 1686, on y fabrique des étoffes mêlées de soie (dauphine à grandes raies), le ras de Maroc, les serges glacées, les cordelières, les camelots, les basins, les sargettes ou ras de Pologne, les flanelles, les crépons, les bluteaux. On y compte 1812 métiers.

En 1789, 70.0000 pièces d'une valeur de 9 millions.

Quelques noms s'ajoutent à ceux des étoffes ci-dessus: impériale, droguet, drap de Silésie, jaspé, cannelé, chiné, uni, willeton, Casimir, étamine, burat, buraté, schall, gilet, flanelle large.

Ensemble 400 fabricants et 2.500 métiers.

On évaluait à plus de 30.000 les ouvriers appliqués aux préparations, depuis le triage de la laine jusqu'à la teinture et l'apprêt des tissus.

Dans le district manufacturier de Reims, comprenant Rethel et ses environs, op compte :

en 1800 35.000 ouvriers » 1820 65.000 »

Les usines et forces motrices de Reims se répartissent ainsi :

1° Dans Reims :

1800 4 usines hydrauliques de la force de 90 chevaux

1820 '4 f) et 15 manèges 150 chevaux

1840 3 » et 42 machines à vapeur 750 »

2*^ Dans le district :

1800 10 usines hydrauliques de la force de 250 chevaux

1820 15 » et 25 manèges et vapeur 480 chevaux

1840 12 » et 54 machines à vapeur 1200

186Ô 10 » et 111 » 1700

La fabrication croît sensiblement ; on Tévalue :

en 1800 à 11 millions en

millions

francs

Le grand progrès, dit la Chambre de Commerce de Reims, a été réalisé dans l'espace de 20 années.

L'article mérinos, qui a tant contribué à la prospérité de Reims et de son district a donné les chiffres suivants :

Mérinos simple ' 21.000.000 32.000.000 | ^^^^^^^^^^ 105.000.000

)) double chaîne 1.860.000 2.400.COO )

Le mérinos s'usa de réputation comme toutes les choses d'ici-bas. Sainte-Marie-aux- Mines se mit, avec beaucoup de goût, aux nouveautés pour dames, inspirant même certains fabricants de Roubaix-Tourcoing.

L'esprit-d'entreprise des Roubaisiens sollicitant des ordres partout, même en Amérique, engendra maints progrès.

Roubaix toucha à tous les genres, tandis que Reims se spécialisait encore.

La hlature à façon de Reims progressa très peu ; les filateurs du nord, au contraire, transformèrent leurs machines et s'appliquèrent à l'emploi des filaments longs.

Il est regrettable que la France ne se soit plus appli(juée à travailler les laines longues que MM. Williamy Frères, de Nonancourt, transformaient en lilés, avec une grande supériorité. Lorsque, après Tachât de l'Avre, par la Ville de Paris, ils cessèrent leur industrie, ils durent réexpédier en Angleterre, leurs machines anglaises : aucune maison française ne se soucia de les acheter. Un tel fait peint une époque et donne une idée de l'inexpérience industrielle française. Nous ne nous soucions des progrès de l'étranger que lorsc^ue nous en soutirons.

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