CHAPITRE IV
Le Mouton Southdown
Le mémoire dont il va être question est dû à Charles Faciot qu'un Bulletin de Société d'amélioration des Laines donne comme l'introducteur des moutons anglais de la race Soutlidown, en France.
Il en avait un dépôt à Montmartre, près de Paris.
Il y entretenait aussi des animaux de choix des races de Dishley et de la sous-race Dishley-Southdown (1826).
L'auteur reconnaît que les troupeaux espagnols se sont améliorés chez nous, grâce à la sollicitude du gouvernement, au zèle des meilleurs agronomes, aux soins de cultivateurs éclairés. Les premiers succès datent du règne de Louis XVL
Faciot établit (pie, comme qualité, les laines de France valent désormais celles d'Espagne.
« Mon établissement en offre des preuves convaincantes ; on peut en juger par le produit de quelques moutons ségoviens que je possède depuis cinq ans. J'ai suivi leur éducation attentivement et conservé des échantillons de leurs toisons d'année en année, et l'amélioration en est devenue sensible.
« En 1823, lors de l'exposition des produits de l'industrie françafse, j'ai présenté des morceaux d'étoffes mérinos d'une grande finesse, ainsi que des échevets tirés au n" 120, avec lesquels ils étaient confectionnés par la maison Herbe, de Reims, et, ce qui est à apprécier, c'est que la chaine de l'étoffe, ainsi que le rempli, proviennent de la même filature. J'ai continué mes remarques et je puis assurer faire mieux aujourd'hui, avec le produit de cette année.
(( Les résultats obtenus me font croire que l'importation des moutons anglais Leicester et Southdown serait la source des mêmes avantages.
« Déjà, en croisant des moutons anglais avec des moutons de France et d'Espagne, je me suis procuré des laines d'une rare beauté ».
Faciot se plait à rappeler (ju'au commencement du xvm® siècle, l'Espagne possédait seule (à l'exception de la Saxe) les laines propres à la fabrication des draps fins de nos fabriques de Sedan, Louviers et Reims. Le sol français est si fertile que nous sommes parvenus à améliorer les laines d'Espagne les plus estimées.
La justesse de cette remarque ressort de l'examen des laines de la Saxe Electorale. Les moutons espagnols transportés en France se sont. améliorés, parce qu'ils étaient soumis
à rintluence d'une plus douce température. Pourquoi les moutons anglais ne pourraient-ils aussi y prospérer ?
u Par sa finesse, la laine du SouthdoAvn se rapproche de la laine espagnole. Etant plus haute, plus franche, plus élastique, elle se prêtera mieux au travail du peigne et de la carde. Ainsi se rétabliront les lilatures dont nous manquons depuis qu'on a laissé dépérir les belles races de Champagne, de la Beauce, de l'Artois, de la Flandre, pour s'occuper exclusivement de la race espagnole qui se propageait facilement et permettait des bénéfices considérables ».
Faciot vante les pâturages anglais avec quelques restrictions car leur humidité donne naissance à la pourriture, au piètain, aux sérosités aqueuses et autres maladies non à craindre en France où les pâturages moins considérables sont suffisants et bons.
N'avons-nous pas nos fertiles plaines de Normandie, de Picardie, de Bretagne ; les riches vallées de l'Auvergne, etc., et même une partie des marais des environs de Reims ?
Notre température modérée nous permet de conserver nos troupeaux plus longtemps qu'en Angleterre.
« Il ne s'agit que d'introduire, chez nous, des moutons de sang, des animaux de lo mois à 2 et même 3 ans. Ils vivront plus longtemps sans que leur chair et leur laine subissent aucune altération. Avec l'âge, leur toison prendra plus de force en augmentant de valeur.
« Il est bon de noter que les brebis anglaises font presque toujours deux agneaux à la fois.
(( La race à lofig wool^ du Leicestshire, porte une toison énorme, de 7 à 8 kilogs valant de 10 à 12 pence, à laine franche, élastique, de belle qualité, d'un brillant dont n'approche aucune autre.
« Cette race sera très utile aux croisements avec nos meilleures races françaises. Elle convient à nos pays les plus humides.
« Le Southdown ne mérite pas moins de fixer notre attention. On en fait les plus beaux draps et les plus beaux tissus anglais.
« Il y aurait grand avantage à son croisement avec les mérinos français dont la laine gagnera plus de corps, plus de longueur, sans rien perdre de sa douceur et de sa finesse.
« On devrait, dans une contrée propice, former un Rambouillet anglais comme on a fait un Rambouillet espagnol. La Normandie et la Picardie semblent désignées pour cela. Les mâles serviraient d'étalons destinés à améliorer les autres races.
(( Mes croisements du Southdown avec nos races françaises ont donné une laine aussi belle que celle d'Espagne, de 6 pouces de hauteur, la toison pesant 6 kilogs. »
Faciot faisait remarquer que le Southdown ne demande pas de pâturages gras et abondants, mais que l'air vif et pur lui est nécessaire. La nuit, il s'abrite sous des hangars non clôturés. Il couche sur terre.
(( L'introduction, en France, des moutons Southdown, dit-il, paraît le complément indispensable de l'importation des moutons à longue laine du comté de Leicester. Les uns et les autres doivent concourir à l'amélioration des races françaises ».
Ces appréciations nous plaisent d'autant plus que nous avons, pour le southdown, une affection qui date de notre 20« année, alors ([ue nous habitions la jolie petite ville de Midhurst, au cœur du Comté de Sussex, et que nous parcourions volontiers les dunes, dii haut desquelles on croyait voir à l'horizon lointain, la vague ligne du littoral français.
Qu'on juge, après cela, de notre plaisir, lors d'une visite de notre Comice agricole de Reims, à la ferme modèle de Montgarny (Margival -Aisne), appartenant à MM. Dormouil Frères, de Paris, de voir une bergerie de moutons southdonii acclimatée en France, donnant d'excellentes brebis bonnes laitières, des agneaux robustes (pioique mignons, des béliers de bonne taille moyenne, de bon caractère, bien conformés et vigoureux.
La laine est fort ondulée, très souple, longue, douce et blanche. Au premier aspect, ses nombreuses ondulations la font prendre pour une laine commune, mais on revient vite de cette erreur, car elle peut être classée parmi les sortes moyennes s'allongeant beaucoup.
Dans une visite récente à Montgarny, nous pûmes voir : des béliers de 2 à 3 ans, pour la reproduction, d'autre de 9 mois à un an ; 168 brebis de 18 mois à 2 ans et 50 agnelles.
Ces 168 brebis ont donné 221 agneaux : 115 mères à 1 agneau = 115 ou 68 0/0.
53 mères à 2 agneaux =^ 106 ou 32 0 0.
La moyenne est donc de 1 agneau 3/10 par mère. C'est à considérer quand cela permet d'écouler, bon ou mal an, 40 béliers de 250 à 300 fr. l'unité.
Cette bergerie a débuté en 1883^ avec 100 brebis et 4 béliers southdown. Les éleveurs ont, avec beaucoup de prudence, remplacé leurs béliers parde nouveaux reproducteurs importés tous les deux ans. Cela est absolument nécessaire, le sang primitif devant être, de temps en temps, renouvelé au moyen de pères plus jeunes mais de même race.
Le résultat acquis est très louable. Nous n'oserions affirmer qu'il est parfait car, si le mouton des dunes anglaises a une vie errante, exposée au grand air, même au froid, à la pluie, à la neige, vie soutenue par une nourriture fatalement moins abondante que celle de la plaine, le troupeau français connaît trop la bergerie et pas assez l'air vif et fortifiant de la montagne.
Nous ne saurions trop insister sur ces points, parce qu'il sera toujours impossible de faire disparaître les qualités, les aptitudes, les produits, les goûts et les besoins des races primitives.
L'air vif a une influence fortifiante sur l'économie animale, comme sur le vêtement naturel du mouton, c'est-à-dire sur la longueur et la qualité de la laine qui n'acquiert son développement que dans de favorables conditions d'existence. Alors, on voit la mèche prendre cette forme en spirale à extrémité adoucie et à pied large et net. La toison devient ainsi plus homogène, plus compacte, plus belle.
A Montgarny, la toison en suint de l'agnelle de 8 mois pèse environ 3 kilos ; celle des brebis est de 3^^750 puisque 168 toisons donnent un poids de 630 kilos, qui s'augmentera, dans quelques mois, de 150 kilos représentant les toisons des agnelles tondues à 8 mois, en juillet.
Cette laine a un rendement minimun de 45 0/0.
Le mouton southdown pèse, on le voit, un poids de laine de 1^700 lorsque cette laine est épurée. C'est un rendement satisfaisant qui donne une bonne idée de la conformation et de la taille de l'animal.
Le rapport de la bergerie devient facile à établir, mais la surveillance générale doit être constamment éveillée. Elle l'est certainement, à Montgarny, puisque l'entreprise de MM. Dormeuil Frères obtient, dans toutes les expositions, les plus hautes récompenses. Nous la louons parce que, on France, elle fait vivre et se multiplier une race pure. Nos bergeries ordinaires sont trop bâtardes, sans aucune base physiologique.
Un intéressant mémoire de Boys initie les lecteurs aux soins nécessités par l'éducation du southdown. Ces études expérimentales sont sincères.
On trouve également des documents sur l'état de la fabrication des tissus de laine, dans le royaume de France, émanant des chambres de commerce d'Elbeuf, de Sedan, de Reims, de Nancy, de Lisieux, de Châteauroux, de Limoux, de Clermont l'Hérault, de Tours. Elbeuf trouve, dans les laines de France et d'Espagne, les qualités intermédiaires. La Suisse a des laines fines comparables, à celles de France. L'Italie et l'Allemagne donnent de basses qualités rares chez nous.
Les qualités provenant des plus beaux troupeaux indigènes, ne sont pas assez consi-
dérables pour (ju'on puisse se passer des laines de Saxe produites par le mouton de petite espèce.
La consommation intérieure des draps de la fabrique d'Elbeuf se trouve augmentée d'un tiers environ depuis 1814. Les draps de basse qualité sont les plus demandés.
Reims trouve, dans la production française, toutes les qualités nécessaires à ses besoins, quoique les sortes indigènes soient peu propres au peigne. Trop courtes, elles donnent un déchet exorbitant.
La bonneterie anglaise doit sa supériorité aux laines Leicester, longues, blanches, . hiisantes.
Les fabriques de Châteauroux, qui n'emploient guère que les laines de Berry, disent que leur pays n'a pas suivi le mouvement progressif de quelques provinces améliorant leurs troupeaux.
Les laines d'Indre-et-Loire ne sont pas améliorées de façon à fabriquer des draps au-dessus de 15 à 20 francs, dit la Chambre de Tours. La variété des produits agricoles nuit à l'augmentation et à l'amélioration des troupeaux.
Suivant les Chambres de Nancy et de Lisieux, la France ne produit pas les quantités nécessaires à ses manufactures.
Un tableau où les laines sont classées par qualités et lavage à froid ou à chaud donne pour (en kilos) :
IMPORTATION
EXPORTATION
On roit combien la France a de progrès à faire pour l'amélioration de ses troupeaux qui ne lui fournissent pas encore les quantités nécessaires à ses industries lainières.
La Société d'amélioration des laines a rendu de grands services. On lira toujours avec intérêt les notes de Mathieu de Dombasle sur les bêtes à laine, copme celles du comte de Turenne sur les deux troupeaux de Leicester introduits dans le département de l'Aisne.
Nous trouvons également une étude sur l'importation et l'éducation des moutons à longue laine et sur l'emploi de leur toison à la filature de Marcq, laine venant de Hollande et préparée à Tourcoing. Il y est dit : « Comme l'établissement emploiera, avant la fin de 1827, de 300 à 400 livres de laine par jour, et, en 1827, de 1.000 à 1.50O livres, il pourra pendant bien des années, acheter toutes les laines longues que la France produira. » C'est pourquoi M. de Rainneville, frappé de l'importance de la filature de Marcq, croit qu'il contribuera puissamment à la multiplication et à l'amélioration des laines longues dans les départements du Nord, et hâtera le moment où la France sera affranchie du tribut qu'elle paie à l'industrie étrangère pour les laines qu'elle importe et qu'elle peut si facilement produire. »