CHAPITRE VII
Cap de Bonne-Espérance
Les origines des troupeaux de cette colonie sont généralement moins connues que celles des bergeries dont nous avons parlé précédemment; cela tient, pensons-nous, à ce que les éleveurs de ce pays, sans tenir assez compte de la configuration générale, se sont surtout attachés à développer chez eux la richesse lainière qu'ils voyaient naître ailleurs, à la suite des études techniques de Daubenton et grâce à la célèbre bergerie de Rambouillet.
La Grande Encyclopédie en dit simplement ceci : « Les troupeaux de la Colonie du Cap dérivent de mérinos introduits vers 1833 et qui ont fait disparaître les races communes élevées précédemment, pour atteindre actuellement le nombre de près de 18 millions. Les exportations ont été : en 1863, de 94.159 balles;, en 1867, de 135.418 b.; en 1877, de 18Q.670 b. et, en 1893, de 41.500.000 kil., expédiées par Cape-Towji, Port-Elisabeth, et Port-Natal. »
Un document autrement important nous est fourni par VAgricultural Journal of the Cap ofGood Hope, qui se publie à Cape-Town. Voici cette page :
(( Les premiers importeurs du Mouton mérinos espagnol, race très réputée à cette époque (commencement du xix"^ siècle), furent Van Rynevelt, le Commissaire Civil de Stellenbosch et Dirk Gysbert van Reenen de la Brasserie, Cape-Town, (une espèce de société par actions). Leurs elforts, pour une raison ou une autre, ne réussirent pas et leur entreprise fut abandonnée.
« Quelques années après, disons en 1810, la maison bien connue de Reitz, van Breda etJoubert, agriculteurs et grands propriétaires fonciers des districts de Bredasdorp et de Svvellendam, importèrent 25 brebis espagnoles et deux béliers de même race.
« La laine de ces moutons et celle des moutons produits par eux, expédiée par mer, se vendit 3^^ gd la livre.
« C'était à répoque des guerres de Napoléon contre la Russie ; alors probablement la production de la laine ne répondait pas à la demande.
u J'ai en ma possession, dit la personne racontant ces faits, une corne du bélier qui mourut le premier. Envoyée en Ecosse pour être agréablement montée sur argent, elle porte la date de 1817.
(( Peu de temps après, Dirk van Reenen fit le même essai d'élevage à Rhenosterfontein, près de Port Beaufort, mais les difficultés qu'il rencontra dans l'administration défectueuse de la Brasserie, l'obligèrent à tout liquider. Une partie du troupeau fut acquise par Odendaal de Langefontein, là où était né le village de Bredasdorp.
Odondaal roussit si bien en ses entreprises agriciilturales, qu'il laissa bientôt sa pi'opriété à son tils Dirk et se retira au village Swellendam.
(( Lors de l'acliat de ces moutons par Odendaal, Joseph Barry l'imita et céda les bêtes à laine à J.-W. Smalberi>er de Boschlbnlein (aujourd'hui Rivorsdale District) avec le même succès et les mêmes bonétices. Smalberger devenu propriétaire du troupeau fut le premier éleveur de mérinos de ce canton.
(( Le troupeau de Reitz, de Yan Breda et Joubcrt ht de tel progrès que, pendant de nombreuses années, ils purent vendre annuellement 500 brebis, au prix courant de £ 1 par tête, ce qui permit au petit fermier de se livror à la même industrie, de sorte que la colonie fut bientôt parcourue par des moutons qui y tiouvaicnt de bons pâturages.
« A cette époque, on ne connaissait guère de maladies dans les troupeaux de moutons. Mais après 1860, en parla d'épidémie le long de la côte du district George and Mossel Bay. En 1869, année de la moit de J. Yan Breda, dei'iiier propriétaii'e de ZoetendaTs Yallei, le fléau du dik Kop appelé plus tard wireicorm (ver hliforme) se dév^eloppa tellement à Strandveld, que dans le domaine de Zœtendal's Yallei, il enleva 1.400 agneaux sur 1 .800. L'année suivante, sur 1.600, on n'en sauva que 200. Ce mal redoutable cause encore une grande mortalité parmi les moutons et les chèvres du Cap.
« .Je dois mentionner, ajoute Madame van Breda, qui écrivait à l'âge de 80 ans, la belle coupe d'argent, estimée C 50, offerte par la Western Province Agricultural Society^ au meilleur lot de laine de 100 livi'es. EUese trouve encore dans la maison de feu J. van Breda. avec une rare collection d'autres coupes provenant d'expositions diverses. Ce souvenir date de 1836.
(( Parmi ces coupes, il s'en trouve une accordée, en 1842, au meilleur bélier ; une autre, de 1843, à la meilleure brebis. D'autres furent obtenues à Galedon, Swellendam, \Yorcester, Mossel Bay, George, Oudtshoorn, etc. »
Nous avons, de MM..Iacomb Son et G", courtiers à Londres, une intéressante statistique des importations de laines diverses, à Londres.
New SautinYales | g^g g3 ^^3 3(^^)3 25.820 51.463 46.092
vjueensianQ \
Yictoria __ 55.378 78. 18^
Tasmanie — — 180 4.005 11721 17.468 16.731
South Australia 3484 11.822 23.554
West — — — — — — 1.046 1.99"2
New Zealand ______ 1.502 17. 87^
Cape and Natal — 15 29 — 3.477 19.879 55.711
Total COLONIAL... 6.58 98 422 8.003 44.502 158.5.58 240.136
A ce tableau merveilleux, il est curieux d'opposer celui-ci :
Inde et Perse 7. on 9.704 62.226
Chine ______ 119
Allemagne 1170 2.221 14.609 74.496 63.278 30.491 19.681
Espagne 30.318 2.976 17 681 8.218 5 273 2.105 4.199
Portugal 9.622 16.772 475 2.319 1.569 7.361 24.503
Russie 25 868 150 1.680 11.776 9.758 22.150
Turquie, Egvpte, Afrique N. 76 676 380 29 5.492 11.896 17.545
Pérou, Ghili — 601 25 64 40.004 39.731 69.068
Buenos-Ayres, Montevideo . — — — — — 3.841 5.058
Falkland et Punta-Arenas.. — — — — — — —
Italie et Trieste 84 683 334 14 4 055 1 .536 719
Divers 487 349 1.479 3.995 2.519 3.041 15.172
Poils de chèvre ______ 13.139 11.915
Total gknkual . . . 42.440 257244 35.555 98.818 186 079 291.161 492.491
maximum
D'où il résulte que la Colonie du Cap qui, de 1800 à 1830 ne produisait rien, est arrivée à 3.477 b. en 1840, et à 55.000 b. en 18{50.
C'est, en vingt années, un gain annuel de 2.611 balles.
L'importation à Londres est en 1860 55.700 balles
La production du Cap était, en 1840, de 1 .87 ^/o sur le total général » » 1896, )) 13.59 0 /° » »
» » 1902, » 11.40 Vo » »
La part de la Colonie du Cap est encore belle en cette dernière année : 229.702 balles sur l'importation totale de 1.927.881 balles.
11 convient de dire que, vers 1860, la Colonie expédiait ses laines ailleurs qu'à Londres ou en Angleterre ; ses relations avec la Hollande poussèrent de jolies cargaisons à Rotterdam et à Amsterdam où nous avons vu et acheté, à cette époque, de belles toisons lavées à dos utilisées pour l'industrie du peigne. Toujours nous avons regretté qu'on n'ait pas développé ce genre d'une façon normale, mais l'habitude qu'on prit de faire deux tontes annuelles et l'insouciance qu'on montra au point de vue des aptitudes du mouton et des lieux habités par lui, en des régions plus ou moins montagneuses, ventilées, à herbe plus ou moins abondante, réduisirent la race ovine au rôle de producteur de laines à cardes.
Ces sortes sont de bon emploi, d'autant plus qu'on les soumet à un bon tirage et à un lavage qui leur conserve leur blancheur. Certaines qualités dites snow ichite (blanc de neige) s'emploient telles quelles, en Europe, surtout en Allemagne, sans être remises de nouveau à l'eau, ce qui présente une économie sensible tout en conservant, à la mèche, son apparence ouverte, sa flexibilité et sa longueur. Elle a moins à souffrir de la carde que les sortes roulées, mal rincées et quelque peu feutrées. Sous ce rapport, les industriels laveurs du Cap ont fait de grands progrès. Généralement ils conditionnent la laine très honnêtement. La bonne sèche, ru le long voyage en mer et le séjour dans les docks, est une excellente recommandation pour certaines marques,
MM. Helmuth Schvvartze et C% courtiers à Londres, ont publié la statistique de la production annuelle des laines de l'Australie et du Cap, depuis 1860. Citons :
Australie : Cap : Prix moyen par balles :