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En 40 années, on voit :
Naturellement, la grande production amène des prix plus bas, d'autant plus que l'industrie des vêtements confectionnés, qui jette, dans le public, de grandes quantités parfaitement entendues et à un bon marché toujours luttant contre le bon marché lui-même, a contribué puissamment à l'abaissement successif des prix.
C'est un résultat économique qui s'est quelquefois produit en même temps que certaines épidémies causées par la sécheresse et l'appauvrissement fatal des pâturages.
Il résulte, de ces deux causes, un double courant d'idées difficile à bien analyser quelquefois, car la demande est surbordonnée à la production qui souvent relève delà mode et de la concurrence étrangère puissamment aidée par un machinisme amélioré.
Quel peut être l'avenir de la laine de la Colonie du Cap?
Pour traiter cette question il faut bien se réprésenter ce pays, se rendre compte de son climat et consulter les aptitudes des diverses races ovines capables d'y vivre.
Un travailleur dévoué, qui s'est occupé de ces diverses questions, là-bas et chez nous, M. S. M. Lewin, m'écrivait un jour :
« Gomme vous le faites remarquer, la Colonie du Cap est un pays de collines et de montagnes, tout au moins dans certaines provinces du sud-ouest telles que Swellendam, Beaufort West, Riversdale, Robertson, Caledon, Oudtshoorn, Georgetown et Massel Bay, où l'herbe est très abondante et de qualité supérieure, en raison probablement de la fréquence des pluies qui permettent au sol deretenir une certaine humidité, en favorisant la végétation.
« Les moutons espagnols et les Mérinos de Rambouillet, après ceux-ci, s'acclimatèrent très facilement dans cette contrée qui s'appelle le Bokveld {Bok, antilope; veld, pâturage) et y constituèrent, par la suite, le principal élevage du pays.
« De toutes les laines sud-africaines, celles de la Province du sud-ouest de la Colonie du Cap sont les plus appréciées, parce qu'elles se rapprochent le plus des laines de nos Mérinos de France.
(( Depuis quelques années que je in'occupe de l'amélioration de la race ovine, je m'efïbrce de faire comprendre aux fermiers africains, qu'il est urgent de pratiquer l'élevage du mouton avec méthode, patience et persévérance, en tenant compte du choix des reproducteurs et des aptitudes des brebis, comme delà qualité despàturages et des variations climatériques.
(( Mes achats m'appelant à la Bergerie nationale de Rambouillet, j'ai pu admirer l'homogénéité du troupeau qui peut, à juste titre, passer pour une de nosgloires nationales.
« Je me suis souvent inspiré, pour mes écrits techniques, des sages conseils de Bernardin, un des anciens directeurs les plus compétents qui se sont succédé dans cet établissement de l'État. Sa gérance de plus de vingt années a été marquée par de grands succès zootechniques et par de nombreuses ventes de reproducteurs à des prix très rémunérateurs.
« Les Anglais, il faut bien le reconnaître, sont passés maîtres en élevage. Les résultats obtenus par eux, dans un pays peu favorisé par le climat, prouvent (ju'ils ont apporté une réelle science et une méthode impeccable dans la poursuite de leur but.
(( Que n'eussent-ils obtenu dans un pays comme le nôtre !
(( En ce qui concerne l'élevage du mouton dans la Colonie du Gap, dans le Transvaal et dans l'Orange, je suis convaincu que les éleveurs africains arriveraient à améliorer très sensiblement leurs troupeaux et leur toison, s'ils ne reculaient pas devant la dépense qu'occasionne l'achat de reproducteurs d'élite et si leur apathie n'était pas un obstacle à leur succès.
« Il est de fait notoire que le Rambouillet est le seul améliorateur des races locales, quand il s'agit de produire des animaux à toisons blanches et fines. »
J'ai fait observer, à M. Lewin dont les remarques consciencieuses présentent un intérêt réel, que le Southdoivn me semblait appelé à vivre utilement sur les hautes collines du Cap, car, en Angleterre, il y conserve toutes ses qualités de producteur de viande et de laine, mais ce praticien me répond que la « tendance générale est de produire une laine plutôt blanche-
€t de conserver un corps parfait de forme et de peau » c'est-à-dire de donner la préférence au Rambouillet.
J'ai dit précédemment combien les laines du Gap, qui se vendaient publiquement à Amsterdam, étaient intéressantes. Voici ce qu'en pense mon correspondant :
« Les laines que vous admiriez, il y a 45 ans à Amsterdam, provenaient de la province sud-ouest de la Colonie du Cap.
(( Evidemment, si les éleveurs avaient persévéré dans l'importation des mérinos de Rambouillet, et procédé avec méthode dans la sélection rigoureuse des reproducteurs; s'ils s'étaient rendu compte des aptitudes respectives de ceux-ci; s'ils avaient protégé les sousproduits contre des alliances mal assorties, les laines de la Colonie seraient comparables à nos meilleurs laines françaises.
« Les progrès à réaliser en ce sens sont très grands. »
Lorsque je parlai, à M. Lewin, des deux tontes annuelles, il me répondit que le climat de certains districts paraissent en être la cause immédiate mais il ajouta, qu'un expert en laines, que le gouvernement avait, à grands frais, fait venir d'Angleterre, conseilla à tous les éleveurs de moutons, de cesser cette pratique. La mèche plus courte que la toison est moins lourde que celle-ci, par conséquent les prix sont moins rémunérateurs.
La mèche prématurée a un autre inconvénient, elle ne se file pas aussi bien qu'une laine bien poussée.
J'ai pratiquement bien étudié ce genre, alors que j'achetais des qualités importantes de laines d'Algoa Ray, à Londres, pour MM. Bertèche, Baudoux-Chenon et C'^ de Sedan, qui les utilisaient pour leurs beaux feutres drapés. On en obtenait du moelleux, de la souplesse et une blancheur qui permettait de soumettre l'étoffe à toute les couleurs claires, ce qui était précieux pour la livrée.
D'un autre côté, les lîlateursdeVerviers, amateurs de laines du Cap, ne goûtaient pas, pour leurs filés, ces qualités prématurées dont l'extrémité manquait de souplesse.
L'expert dont il est question plus haut prétendait qu'on avait tort d imposer le Mérinos-Rambouillet dans l'Afrique du Sud, à cause de sa toison trop ouverte et à mèche courte. Il pensait aussi que les moutons d'Australie, principalement ceux de Tasmanie, seraient excellents, à cause de leur mèche longue et de toison tassée. Ce à quoi M. Lewin répondait :
« Plus l'animal est petit, plus la laine est courte, par contre, plus elle est tassée plus elle est lourde et fine. Plus l'animal est grand (c'est le cas de l'australien) plus la mèche est longue et moins la toison est tassée et lourde, moins elle est fine ».
Nous avons écrit quelque chose de ce genre dans l'étude spéciale du Mouton et nous persistons à croire que l'élevage est le résultat d'une science exacte à laquelle M. Lewin a le mérite de rattacher ses efforts, ses convictions, tout ce qui le pousse en avant dans les voies de l'élevage technique.
Rien ne doit s'y faire par hasard. Ceux qui cèdent à l'admiration d'un type poussent leur troupeau vers un inconnu qui peut être fort préjudiciable à la viande et à la laine, deux facteurs de la fortune sud-africaine.
Toute discussion sérieuse doit avoir des conclusions positives et sérieuses également ; c'est pourquoi nous citons celles de notre aimable correspondant qui a donné au Wynberg Times, journal agricole sud-africain, des articles que nous ne pouvons trop louer.
« Je suis d'accord avec vous, dit-il, sur la marche à suivre, pour l'amélioration de la race ovine sud-africaine. Il faut créer des Bergeries modèles et un Stud-book de la race mérinos pur sang.
« Depuis l'année dernière la race mérinos a un Stud-book dont voici la répartition Kies coefficients en 100 points :
1^ Têtes, cornes, bouche 5 5« Qualité de la laine comprenant le
2*' Symétrie 15 nombre et la vigueur des
3° Dimensions de la charpente et va- ondulations 10
leur du corps 15 6" Longueur et uniformité du brin ... 15
4° Tassé de la laine et uniformité de 7« Eclat et fluidité du suint 10
couverture 15 8° Poids de la toison 15
(( Je crois pouvoir aflirmer que le salut de l'élevage du mouton dans la Colonie du Cap, du Transvaal et de l'Orange dépend de l'importation des sujets d'élite du Mérinos de Rambouillet. »
Les fermiers hollandais du sud-ouest de la colonie du Cap, du Transvaal et de l'Orange donnent la préférence au Mérinos français.
Les fermiers d'origine anglaise, de l'est de la Colonie, préfèrent le mérinos de la Tasmanie.
L'expérience a démontré que le Mérinos de Rambouillet donne de meilleurs résultats.
La Tasmanie ou Terre de Van Diémen a 67.894 kil. carrés, avec 55 îles qui en dépendent. Son climat est tempéré, salubre, sauf dans l'ouest dont les brousses reçoivent neuf mois de pluies. La température moyenne de Hobart est de +12*^; il gèle rarement, sauf dans la montagne.
Le mouton qui vit là ne peut ressembler à celui de Rambouillet. D'un autre côté, il faudrait démontrer, quand on vante le Mouton de la Tasmanie, que la Colonie du Cap ressemble plus, par le climat, à la terre de Van Diémen. C'est précisément le contraire qui est vrai.
Les écrivains bien renseignés rappellent que le mouton de la Tasmanie est d'origine espagnole, mais d'une race modifiée, vers 1812, par le Rambouillet. Dans un pays plus humide, en des pâturages différents, par des croisements divers, il a perdu les qualités de fond de ses ancêtres. S'il en a conservé certaines qualités, il n'a plus la même endurance, c'est-à-dire ni la sobriété, ni la rusticité du Rambouillet. Transporté dans le sud de l'Afrique, il donne des produits irréguliers. Les hauts plateaux sont froids, la sécheresse de la plaine fait de nombreuses victimes dans les troupeaux.
Ce nous est un grand plaisir de donner ici l'opinion d'un grand éleveur du Transvaal, le général Botha, un des héros admirés de la dernière guerre. Il s'est épris du bélier de Rambouillet et il en a acheté plusieurs à la bergerie mère.