‹ Histoire économique de la laineChapitre 8 sur 151 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Mouton

Nous devons établir successivement :

1*^ L'origine du mouton, c'est-à-dire la place qu'il occupe dans la zoologie ;

2^ Son importance, c'est-à-dire la place que lui assigne l'économie rurale ;

30 Ses caractères zootechni(|ues ;

4° Sa conformation et sa race ;

^^ Son élevage ;

6^ Son engraissement ;

7'^ Ses qualités au point de vue de l'alimentation ;

S"" Sa laine ;

9^ Ses maladies.

Cette revue fixera quelques données auxquelles se rattachent d'autres considérations techniques. Le mouton est non-seulement indispensable à nos industries, à notre commerce ; il entre pour beaucoup, sous forme de viande, dans notre alimentation.

i° On croit que le mouton domestique provient de VOris Gmelini^ espèce sauvage d'Arménie, c'est-à-dire près du berceau de Fantique civilisation des peuples pasteurs.

Il a perdu, dans sa domestication, les habitudes grimpeuses des moutons sauvages. Il tient au genre des mammifères ruminants désigné sous le nom de mouflon, très voisin des chèvres, mais différent par les cornes. Les mâles n'ont pas de barbe au menton ; ils n'ont pas l'odeur violente du bouc.

Les véritables moutons sauvages d'Europe sont représentés par le moutlon de Corse (Ovis musimon) qui habite la Corse et la Sardaigne où il est confiné dans les montagnes rocheuses. Son pelage est roux avec la tête grise. C'est une des plus petites espèces. Le mâle n'a que 80 centimètres au garot.

D'autres espèces de même taille habitent la Crète, l'ile de Chypre, l'Asie mineure, la Perse, la Transcaucasie, le Turkestan occidental, le Tibet occidental, le Pendjab et l'Afghanistan.

Le Caucase a quatre espèces de bouquetins.

Le plateau central de l'Asie et de la Sibérie atteignent souvent les dimensions du cerf. L'avis Hodgsoni, du Tibet, vit à o.OOO m. de hauteur ; VOvis Polii se trouve sur les sommets neigeux des Pamira. On l'a ainsi nommé en l'honneur de Marco Polo, le premier explora-

teur de l'Asie centrale ; il pèse quelquefois 300 kilogs. Sa chasse à 3.000 m. d'altitude, présente des difficultés extraordinaires. Ses cornes constituent un trophée estimé.

Les montagnes Rocheuses (Am. du N.) ont Vovis cervuia ou montana, de grande taille, gibier estimé.

Les moulions vivent en famille sous la conduite d'un vieux mâle, grimpent et sautent avec agilité au milieu des roches. Le jardin zoologique d'Anvers en a un parc curieux.

Il semble qu'il n'existe plus que l'espèce brebis {avis aries domestica) dérivée du mouflon, mais la permanence des types spécifiques naturels est indéniable.

Suivant M. A. Sanson, chaque type spécifique de race ovine a eu sa souche distincte. Rien n'autoi'ise à supposer que le temps et les circonstances de milieu aient pu le modifier au point de transformer, par exemple, le mouflon de Corse, en mouton des polders de Hollande.

Cette observation, parfaitement pressentie par Daubenton, a dicté la marche prudente de ses croisemients. Natura non fecit saltum. Par une longue pratique, on assure les bons résultats.

Les éleveurs australiens disent que cinq ou six croisements sont nécessaires à la transformation d'une race. En trois ans, elle revient à l'état primitif.

La culture raisonnée d'un troupeau de bonne qualité demande sans cesse un sang nouveau, jeune et pur. Sans lui, la taille diminue, la laine s'appauvrit, des maladies se produisent.

Les soins sont si nécessaires qu'on a dit : tant vaut le berger, tant vaut le mouton.

Toutes les espèces de moutons domestiques sont indéfiniment fécondes entre elles. Aucune n'a une origine primitive distincte. Après quelques générations, elles reviennent au type naturel des premiers ascendants. H y a donc une loi de permanence des types.

Les éleveurs se réjouissent quelquefois de résultats artificiels ou passagers. On ne peut considérer comme durables les individus qu'ils subdivisent à l'infini.

La race est l'ensemble des, individus de même type spécifique, issue d'une souche commune ; l'espèce est l'expression distincte de ce type.

Un sujet peut être issu de plusieurs races.

C'est le cas des hybrides ou des métis à divers degrés ; ils sont le produit de l'accouplement sexuel d'individus appartenant à des espèces et à des races distinctes.

Les hybrides et les métis n'ont pas de races propres. Leurs caractères individuels ne se reproduisent pas dans la suite des générations, lorsqu'ils sont féconds.

Les mulets de Gascogne et d'Algérie différent de ceux du Poitou, mais ils ne constituent pas de race puisqu'ils ne se reproduisent pas.

2" Le mouton est précieux. Il fournit laine et viande. Il est grand nettoyeur des terres qu'il engraisse aussi. Le parc est précieux pour la ferme. Peu difficile de sa nature, cet animal s'assimile lacilement les substances végétales; c'est un grand consommateur de paille qu'il convertit en fumier.

Les progrès de la petite culture ont contribué à la diminution des troupeaux. La dépécoration est très sensible en France, en Allemagne, en'Angleterre.

Dans l'espace d'un demi-siècle, les trente millions de moutons français sont tombés à vingt millions à peu près.

3<^ La zootechnie des moutons est l'art de les exploiter économiquement suivant les principes de la science, afin d'en tirer le meilleur parti pour celui qui les exploite et pour la société.

La science Zooteclinique diffère absolument des procédés empiriques, car trop souvent le producteur prend ses rêves pour des réalités.

Daubenton conseilla la culture des bons pâturages, les croisements raisonnes, parce

qu'il voyait, dans le mouton, non seulement la viande et la laine, mais l'amendement des terres et la prospérité de l'industrie drapière.

La forme du mouton étant modifiable, on doit la déterminer de façon à répondre aux desiderata des éleveurs, la nourriture facilement possible étant de première importance.

Le mouton a sa beauté particulière, comme le cheval la sienne. Le plus bel animal est celui qui atteint le mieux le but proposé c'est-à-dire les services à rendre.

Les éleveurs évaluent la beauté du mouton au poids de viande rendue et à la quantité de laine fournie.

Le mérinos allemand dit électoral a peu de viande, sa laine est courte, sa poitrine étroite ; son corps long estsurchagé d'os. La taille en est petite.

Notre mérinos de liambouillet a la toison abondante. Par de bons principes zootechniques, on l'a amené à une confirmation identique à celle du southdovvn, réputée la meilleure du monde.

Le mérinos est resté partout le mérinos, avec son type distinct et parfait reconnaissable à première vue.

En Angleterre, les effets pour obtenir une confirmation parfaite ont été considérables. Sous Tinlluence des principes de Backewel, on a obtenu des individus dont le développement phrénologique prouve que les dimensions de la poitrine commandent celles de toutes es parties du tronc de l'animal.

La poitrine ample et profonde implique des membres relativement courts, bien d'aplomb, qui diminuent la taille mais non le poids.

En rapprochant le mouton de la ligure parallèlipipède, on a certainement augmenté son rendement de boucherie, mais, en multipliant aussi les surfaces, on a augmenté la production de la laine.

L'objectif du progrès a longtemps été d'augmenter l'étendue superficielle de la peau sans accroitre le volume du corps. On y est arrivé en multipliant le plus possible les plis du tégument, au col principalement, comme dans les variétés de Rambouillet et de la Beauce, remarcjuables par leurs cravates ou fanons pendant presque jusqu'au sol.

Pour leurs laines superfines, les Allemands ont aussi obtenu des plis sur toute la surface du corps, mais cela semble une erreur, car, dans les plis, la laine est toujours inférieure à la laine normale, par le fait de l'épaississement de la peau. Les sujets à peau plissée ont tous le flanc grand, le ventre pendant et d'un volume exagéré, la poitrine peu ample. Donc confirmation défectueuse et faible aptitude à l'élaboration de la chair.

C'est par l'augmention de l'étendue superficielle du corps tout entier qu'il faut obtenir celui de la peau en vue du poids de la toison.

4° a) Le bélier ou mâle de la brebis est l'étalon qui doit reproduire l'espèce. La valeur du troupeau dépend beaucoup de lui, s'il est sain et vigoureux. Son œil, à fleur de tête, est vif, hardi.

Choisissez de préférence un mâle ayant le rein ferme, la peau du dos rose, le nez et les yeux sans écoulement, la respiration égale, les dents solidement fixées dans leurs alvéoles, l'haleine pure et sans odeur.

Le portrait se complète par une tête petite et fhie, des narines bien ouvertes, un chanfrein large, des oreilles minces et courtes, un cou fort à la base, un corps cylindrique, un rein et un dos droits et soutenus, un ventre bien conformé, des membres tins bien musclés à partir des jarrets ou des genoux.

Le bélier ne doit pas être trop gras. De 18 mois à 6 ou 7 ans, il possède le maximum de ses aptitudes prolifiques. Alors il peut féconder annuellement 80 à lOO brebis et même davantage. La monte en liberté fatigue inutilement le bélier et la brebis.

Les Anglais louent certains béliers pour la monte, mais ils les choisissent très bien

et ne les acceptent pas au hasard. De là, le degré de la perfection, d'uniformité et de fixité.

40 b) Les qualités d'un troupeau ne dépendent pas exclusivement du bélier, car si la

brebis n'est pas capable de bien nourrir un agneau, elle aide faiblement au développement

du jeune.

De bonnes mamelles bien écartées sont un bon indice. Supprimez la brebis qui n'est pas bonne nourrice. Multipliez les portes des bergeries, car la sotte habitude des moutons de Panurge est toujours vraie. Il faut éviter les causes d'avortement par des passages trop

pressés.

Pas de chiens trop ardents ou trop zélés ! Les brebis veulent être conduites doucement.

La viande de la brebis est meilleure que celle du bélier, mais pas aussi bonne que celle du mouton.

Avec l'âge et l'allaitement, la brebis donne une laine plus frisée moins recommandable, plus cassante, dont le parallélisme s'obtient plus difficilement par le cardage et le peignage. Une brebis laitière ne peut fournir une laine de choix, puisque la production du lait en arrête quelque peu la croissance.

50 La toison varie d'étendue selon les individus, le régime alimentaire, la race.

Il y a des toisons à mèches carrées, ce qui se voit chez le mouton mérinos. Les mèches pointues ou ouvertes, préférables à cause de leur finesse, de leur souplesse, de leur résistance et de leur propreté, se trouvent plus dans les races anglaises.

La tonte annuelle est la plus généralement adoptée.

En Iialie, on tond deux fois par année, afin d'éviter aux animaux la trop grande chaleur.

En République Argentine, de fin septembre à fin octobre ; en Australie et en Nouvelle Zélande, de fin août à fin septembre.

On a quelquefois confondu la hauteur du brin avec sa grandeur, parce qu'on n'a pas tenu compte des inflexions du brin.

La longueur est l'étendue du brin dont les ondulations ont disparu. La hauteur est la longueur telle quelle de la mèche de la base au sommet.

On a basé des théories concernant la finesse de la laine sur ces ondulations, mais cela n'a rien de régulier ; la beauté de la toison varie suivant la valeur de l'individu tout aussi bien que d'après son étendue.

Certains éleveurs ont cru devoir charger le mouton de laine jusqu'au bout du nez, et au moyen de plis, mais on a reconnu qu'il est préférable d'augmenter le poids total de la toison La laine des extrémités coûte plus à produire qu'elle ne vaut.

L'œil exercé juge exactement la finesse, la hauteur, la qualité, la valeur de la laine. La main est nécessaire à l'appréciation du rendement des laines non lavées à fond.

La souplesse de la laine et sa douceur paraissent dues à la matière grasse appelée suint, puisque les laines sèches sont dures et cassantes.

Le suint léger blanc ou légèrement coloré en jaune part facilement au lavage de la toison en eau froide; épais et coloré, il n'est bien dissout que par l'eau chaude.

La couleur de la laine est naturellement blanche, rousse ou noire. Le suint qui vieillit dans la toison, jaunit celle-ci.

Les suints nouveaux ne nuisent pas à la blancheur de la laine, à condition qu'elle soitlavée aussitôt la tonte.

6° L'accouplement se fait :

1° En juillet-août et l'agnelage en décembre-janvier ; 2« En septembre — en mars;

30 En février -^ en juin ;

La durée de la gestation est de 14i à 155 jours. La brebis de France ne fait qu'un agneau, rarement deux.

70 L'engraissement du mouton est une question qui sort de notre cadre, mais nous devons dire que les animaux de cette race, élevés dans les prairies du bord de la mer, ou prés-salés, ont une viande supérieure à celle des moutons des étables, surtout lorsque, comme dans le nord, on leur donne des pulpes à odeur très forte.

Nos races pures ou indigènes croisées sont moins précoces que les races anglaises, mais leur chaire est meilleure.

Pour apprécier la qualité de la viande de mouton, Baudemont prit pour type, la race berrichonne, très-succulente, à laquelle il appli<iua le chiffre 9. De là, ce classement :

Race berrichonne

Southdown

Conchoise mérinos

— picarde

Charmoise

— mérinos

Dishley-arlésienne

Charmoise mérinos

— -mérinos

Il est bon que l'éleveur ne perde jamais de vue les résultats possibles.

8° L'alimentation est chose importante. Les botes qui souffrent de la faim donnent une laine plus fine ; celles qui sont fortement nourries perdent de leur tinesse.

Il y a un juste milieu en cela, puisque, les belles laines du Soissonnais, du Mulcien, de la Champagne sont données par des animaux bien nourris.

La laine des mâles est plus belle que celle des brebis. Les femelles qui allaitent fournissent une toison moins riche.

.Les éleveurs éclairés font amputer la queue des agneaux aussi près que possible de sa base, parce qu'elle ne donne pas de viande et ne porte qu'une laine sans valeur.

Cet organe, s'il est conservé, gêne les brebis dans l'acte de copulation ; elle irrite les mamelles des nourrices en les frappant. Toujours elle salit la toison.

10° La maladie la plus commune du mouton est la gale, que l'on combat par des lotions au jus de tabac.

La météotisation, ballonnement dû à une indip^estion gazeuse, résulte de l'absorption d'une trop grande quantité dherbe plus ou moins fraîche.

La clavelée (clavus-clou) est la petite vérole du mouton. Elle demande, étant contagieuse, un traitement énergique.

La cachexie aqueuse ou pourriture, est une espèce d'anémie causée par les pâturages humides.

Le pictin est une boiterie due au décollement de l'onglon.

Le tournis oblige l'animal malade à tourner sur lui-même presque continuellement. Cette maladie est causée par un cœnure (ver gysticerique, helminthe vésiculeux) qui vit dans le cerveau.

Tout ce qui peut affliger le mouton nuit à sa laine.

Un bon berger est un homme précieux.

Ho C'est d'Espagne que la France et l'Allemagne ont tiré le mouton. C'est à tort que certains éleveurs français placent ses ancêtres à Raml>ouilIet, à Naz, en Bourgogne.

Les Espagnols nous livrèrent le mouton tel qu'ils le reçurent des Maures venus d'Afrique et tel qu'il devint dans leurs pâturages d'été et d'hiver où il gagna le nom de Mérino (errant).

Les modifications qu'il subit en France équivalent presque à une création.

Le type mérinos se trouve maintenant en Europe, à la Colonie du Cap, en Améri([ue, en Océanie dont les progrès ont étonné le monde et enrichi l'industrie.

A cause de son climat, la France paraît être un pays privilégié pour l'élevage du mouton, mais la zone océanienne a accompli des merveilles, sous tous les rapports.

12» a) Les caractères typiques du mérinos sont bien connus : voûte crânienne fortement arquée d'arrière en avant; frontal saillant au milieu : arcades orbitaires peu saillantes; face de moyenne largeur, arquée vers le milieu du nez; tète plus ou moins volumineuse, presque entièrement couverte de laine. Cette laine s'étend souvent sur les joues.

Sous la gorge, s'étend le funon, pli plus ou moins pendant.

Les cornes, quand elles existent, portent des sillons profonds transversaux très rapprochés ; elles se terminent en pointe aplatie, après avoir formé au moins deux tours de spirale, embrassant l'oreille qui est implantée bas, large et pendante.

La toison est formée de lilaments lins, très nombreux d'une longueur variable. Ses variétés changent suivant les pays, mais les caractères typiques de l'animal sont invariables. D'où l'on conclut que les formes de la laine n'ont aucune importance pour la caractéristique des types naturels du genre Ovis.

b) Le type berrichon a longtemps joui d'une grande réputation. On le trouvait dans les vallées insalubres, en Sologne et dans la Brenne.

c) Le type berrichon-solognot est en train de disparaître pour faire place au mérinos et au southdown. Est-ce un bien ? L'avenir le dira, car les lieux élevés où vit le southdown ne ressemblent guère aux plaines humides de notre pays central.

La face est longue, étroite, à chanfrein tranchant. La tête, chauve jusqu'à la nuque exclusivement, est longue et pointue. Bouche petite et museau eililé. Toison à laine commune frisée et à mèches pointues. Taille variable suivant la fertilité des lieux habités, mais plutôt petite.

La chair des moutons du Berry et de la Sologne est excellente.

d) Le type du Poitou a le crâne petit, forterhent déprimé en arrière des arcades orbitaires très saillantes et éloignées des trous auditifs. Face longue, étroite. Tête entièrement chauve, oreilles plantées bas et dressées. Physionomie stupide. Membres longs, forts, très agiles.

C'est un mouton à parcours sur des terrains calcaires. Il s'engraisse assez facilement.

Sa région comprend les départements de la Vendée, de la Vienne, de la Charente- Inférieure et partie de la Loire-Inférieure, du Maine-et-Loire (au nord), de la Gironde et de la Charente (au sud). A l'ouest est la mer.

Le pays est riche en fourrage.

e) Le ttjpe des Pyrénées occupe les bassins de l'Adour et delà Garonne jusqu'au cours du Lot. Il a une multitude de dénominations locales : races de Larzac, du Lauragais, des Landes, de la Gascogne, de l'Ariège, du Dauphiné, etc.

Crâne petit, frontal court, très ar(|ué d'un côté à l'autre. Face longue. Physionomie peu intelligente. Oreilles basses et éloignées des yeux.

Le crâne esi pourvu do laine jusque sur le front.

La toison, formée de laine commune, grossière, dure, est parfois très blanche; ses mèches sont pointues et bouclées. Elle recouvre tout le corps jusqu'aux articulations du jarret et du genou.

La taille, généralement au-dessus delà moyenne, varie avec la fertilité du sol.

f) Les Métis se produisent accidentelleinent partout, mais les producteurs ou éleveurs en créent avec intention.

Les caractères sont instables comme tout ce qui lutte contre les lois naturelles. Ils reviennent vite aux types des ascendants quand ils se reproduisent entre eux. On ne trouble pas facilement les lois naturelles.

C'est pour ces raisons que l'on comprend que les Australiens se sont sans cesse imposé de lourds sacritices afin de renouveler le sang de leurs races.

Les industries qui reposent sur la laine ont dû subir des changements extrêmements importants. De grandes usines anglaises ont renoncé au travail de la laine mérinos pourliler et travailler exclusivement des laines dites crossbreds où croisées c'est-à-dire communes.

g) Le croisement des types spécifiques ne se fait que par l'intervention de l'homme.

Les connaissances physiologiques d'autrefois ne permettaient pas aux éleveurs de descendre dans certains détails, aussi se sont-ils souvent trompés en allant chercher, au loin, des reproducteurs qui ne donnaient pas ce qu'on en attendait. Ces erreurs furent communes à la France, à l'Allemagne, à l'Angleterre.

Il importe de bien asseoir les entreprises zootechniques sur des bases certaines, pour que les résultats puissent être prévus et obtenus à coup sûr.

L'utilité du croisement se borne à l'absorption d'unerace ou d'un type spécifique de race par un autre type, et à la production de métis améliorés dans leurs aptitudes et qui ne soient pas destinés eux-mêmes à se reproduire. A cela se borne son utilité économique.

Le croisement continu consiste à choisir toujours et indéfiniment les mâles reproducteurs parmi ceux du type spécifique de la race que l'on veut implanter sur le lieu de l'opération, pour les accoupler, après la première génération croisée, d'abord avec les femelles métisses qui s'en éloignent le moins, puis avec celles qui s'en rapprochent le plus et qui finissent bientôt par n'en plus différer du tout.

Il est bien rare que ce résultat ne soit pas obtenu, au plus tard, à la quatrième génération.

On le hâte par une sélection attentive des femelles.

Par le croisement par sélection, on cherche à obtenir des produits meilleurs par l'accouplement des femelles d'une race avec des mâles améliorés au point de vue du genre de production que la situation économique rend le plus avantageux et que la situation agricole permet.

C'est une entreprise industrielle. Elle doit être bien conçue et bien dirigée car les mécomptes sont nombreux. Des éleveurs croyant produire des sujets à laine fine et soyeuse, n'ont obtenu que des toisons bâtardes.

13'^ Situation du marché des laines.

Les finesses s'évaluent par numéros correspondant à des qualités types universellement connues des intéressés.

On dit, par exemple, dans les pays de Champagne, du Soissonnais, de la Beauce : c'est une laine faisant en moyenne, de la trame 110, c'est-à-dire produisant 110 échets de 700 mètres au kilos. Ou bien : c'est une laine donnant de la trame 100, 90 ou 80, etc.

On dit encore : c'est une bonne première du Soissonnais ou de Champagne.

Comme les laines de Champagne peuvent donner 7 qualités, ceux qui en causent savent à quoi s'en tenir.

Le triage fait la part de chacune de ces qualités et divise aussi la toison en laine à peigne et en laine à carde, c'est-à-dire en sortes, devant être peignées pour être filées épurées, et en une masse plus courte destinée à être filée en gras pour la fabrication drapière et pour la confection des étoffes ordinaires.

Dans l'un et l'autre cas, la toison plus ou moins forte, selon que le filament est plus ou moins long et résistant, donne la trcmie ou la chaîne.

Le peigne sépare la partie courte ou blouse du peigné ou cœur qu'\ est la partie la plus précieuse de la laine, celle qui, aujourd'hui, fixe la véritable valeur de la laine.

Il n'est plus question du filage à la main. Il s'est établi des filatures immenses parfaitement outillées dont les progrès appellent sans cesse d'autres progrès. Entre les pays

manufacturiers, c'est une lutte incessante qui se traduit par une concurrence généralement profitable au mieux outillé. Nous verrons ce que certaines villes ont gagné ou perdu sous ce rapport.

En se multipliant, les troupeaux donnèrent de nouvelles ressources au commerce, à l'industrie, à la navigation. On a dit que le mouton a créé l'Australie une deuxième fois.

La Plata et le Cap de Bonne Espérance fournissent aujourd'hui des quantités fort importantes.

Toutes ces sortes ont des qualités si spéciales et si bien connues que, jusqu'à un certain point, on peut dire qu'elles se complètent sans se faire concurrence.

Il nait, de cette infinie et admirable production, une harmonie de moyens, de ressources, de procédés mécaniques et industriels*tels que ce qu'on est convenu d'appeler le monde de la laine constitue une des plus grandes richesses du monde, et, à coup sur, une industrie infiniment intéressante.

Au point de vue économique, la laine est devenue un des principaux facteurs de la fortune publique.

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