‹ Histoire économique de la laineChapitre 89 sur 151 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Histoire de la Laîne à Roubaîx-Tourcoîng

C'est une idée assez neuve que celle d'une thèse ayant pour objet la description d'une ville industrielle considérée dans son origine, ses développements et sa fortune générale manufacturière. Nous ne pouvons que féliciter sincèrement M. Alfred Goblet, docteur en droit, de la façon dont il s'est acquitté de la tâche entreprise.

La localisation d'une industrie lainière, en un pays qui touche de très près à la Flandre où, de bonne heure, les tisserands jouèrent un certain rôle, puisque, dès le xiii*^ siècle, elle exporte des tissus, est un fait indéniable.

Le nom de Tourcoing est associé, (xii^ siècle) à des progrès qui éveillent l'attention des gouvernants. Dans le traité entre Philippe d'Alsace et l'empereur Frédéric I^^ on accorde, à ce centre, un privilège d'après lequel ses habitants peuvent vendre des draps fabriqués en Flandre, aux principaux marchés d'Allemagne, à Aix-la-Chapelle, à Duisbours. Il y est question du filage de la laine à Tourcoing.

Le roi Jean lui accorde, en 1360, le droit de scel pour marquer ses draps, privilège confirmé, en 1372, par le seigneur de Tourcoing.

Le voisinage des trois villes : Lille, Roubaix et Tourcoing engendra maints procès, à une époque où tout était privilège ou réglementation : droit de scel, marques, ventes, droit de visite des établissements voisins, etc.

Les inventions, les grandes communications, le commerce aidèrent au développement de l'industrie, du xii^ au xiv® siècle, aussi la production augmenta-t-elle à Roubaix et à Tourcoing.

En 14(39, Pierre de Roubaix accorda d'importants privilèges aux marchands de draps. En 1579, la Seigneurie de Roubaix fut érigée en marquisat par Philippe II et passa ensuite par mariage à la maison des Princes de Ligne (1582). En 1667, Roubaix fut réuni à la France. A la lin du xviiie siècle, Roubaix avait 8.000 habitants; aujourd'hui, il en compte plus de 100.000.

Tourcoing, séparé du territoire de Roubaix, par le canal, a une population de 75.000 habitants.

Lors de la Révolution, lés familles despeigneurs de Tourcoing émigrèrenten Hollande d'où étaient venus les premiers peignes à la main.

La période suivante fut la même dans tous les pays où l'on travailla la laine manuellement.

En ce temps-là, rindustrie primitive parut choisir Tourcoing pour berceau (1). Plus tard, c'est à Roubaix que se lixèrent les premiers grands peignages mécaniques, ce qui fit dire souvent : le Roubaisien est industriel ; le Tourquenois, commerçant.

Plus tard, de grands établissements s'établirent à Tourcoing, si bien que, sous le rapport du travail de la laine, les occupations des deux villes se ressemblent beaucoup. Toutefois, on peut dire que le génie industriel de Roubaix qui, depuis longtemps, s'est appliqué à la confection des nouveautés, lui assigne, dans l'histoire des inventions techniques, une place au-dessus de celle occupée par Tourcoing. '

D'un autre côté, on pourrait faire remarquer combien est solide, droit et persévérant le Tourquenois dans ses entreprises commerciales auxquelles il s'adonne avec un dévouement presque exclusif.

Le commerce bien et honnêtement fait, l'industrie courageusement et intelligemment conduite, déterminèrent de nombreuses découvertes.

En 1795, Antoine Smatt invente trois machines destinées au chargement du peigne fixe, au peignage de la partie extérieure et à l'arrachage. De 1789 à 1801, Edmond Gartwrigt et Hawley créèrent et perfectionnèrent une machine circulaire remplissant cette triple fonction .

Que pouvait-on espérer de l'époque troublée par les guerres de l'Empire et par le Blocus continental qui empêchait l'importation des laines anglaises?

Ghaptal, ministre de l'intérieur, proposa (22 messidor an llj des prix pour le perfectionnement des machines à ouvrir, carder, peigner et filer la laine.

En 1812, la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale décerne un prix de 3.000 fr. à M. Dumourey, pour une peigneuse divisant le travail dans ses préparations.

La période guerrière est fatale à diverses industries ; celle du peignage supporta assez bien la crise, puisque, en 1814, 1.300 ouvriers produisent à Roubaix-Tourcoing, , k"* 840.000 de laine.

En cette année, Rawle, de Rouen, fait breveter une nouvelle machine à peigner. En 1814, Collier obtient un brevet pour une machine à carder. Successivement on cite les inventions de Chauvelot (1815), de Rusby (1816), de Paturle et Seydoux (182.5), de Lenoble et Godard (1826) pour une peigneuse perfectionnée par Gollier.

Les essais sont timides, ces machines ne donnent pas de résultats parfaits. Il faut attendre jusqu'en 1849 leur application satisfaisante.

G'est en 1845, que la peigneuse Heilmann vient révolutionner le peignage à la main et lui substituer le peignage mécanique.

Quelques années après, Holden donna, au peignage, un développement qu'il n'avait jamais eu. Le peignage de Groix opéra une véritable révolution dans toute l'industrie lainière. La classe ouvrière s'en émut beaucoup, mais elle ne tarda pas à abandonner le peigne à la main pour entrer dans les ateliers où l'attendait un travail assuré.

La maison Dujardin-Gollette installa, en 1847, à Roubaix, un peignage mécanique de peu d'importance, ayant pour contre-maitrcs deux hommes intelligents, de volonté énergique, Morel et Binet, ardennais de naissance. Le premier, simple berger, était venu chercher fortune à Tourcoing ; Binet, homme de modeste extraclion, avait la même ambition.

(1) En 1789, on peignait, à Tourcoing, plus d'un miUion de kilogs de laine, »

En 1790, on y comptait 800 ouvriers peigneurs faisant 1. 200. 000 kilogs de laine peignée.

En 1789, 1.(î00 ouvriers produisent 12.800.000 Hvres de peigné.— On peigna d'abord chez soi,

ensuite dans des ateliers plus ou moins vastes, les fournaux étant utilisés par plusieurs peigneurs,

par mesure d'économie.

Morel inventa une peigneuse mécanique, s'associa son concitoyen des Ardennes, ainsi qu'un tiers, Déregnaucourt, pour créer un peignage, rue Notre-Dame, à Roubaix.

L'établissement eut une grande vogue. La grande fortune de Morel s'écroula dans les dernières années de sa vie. Binet, plus sage, continua à marcher du même pas, aussi laissa-t-il un établissement que son fils dirigeencore, avec autant d'habileté que d'honnêteté.

C'est de 1848 que date à Croix, faubourg de Roubaix, la fondation d'Isaac Holden, de Bradford. Son succès dépassa toute attente ; en 1902, on y comptait 12T peigneuses.

Successivement s'élevèrent, à Roubaix. -

1° Le peignage Allart et C^® (1849) avec 10 peigneuses Noble. Il arrive rapidement à mettre en mouvement 117 peigneuses.

2^ Le peignage Amédée Prouvost, avec la peigneuse Rawson de Leicester. C'est, depuis, la Société anonyme de peignage possédant 200 peigneuses.

Le mouvement général donné, l'industrie se développe, grâce à la création d'étoffes à bon marché; de là, un emploi toujours plus grand de la laine. La population grossit, la fortune se manifeste en tout ; il nait, entre Tourcoing et Roubaix, une émulation fraternelle.

C'est ainsi que se sont fondés :

1° Peignage de la Tossé, de Binet fils (93 peigneuses, matériel industriel considérable, bien entretenu) ;

2° Peignage Alfred Motte et C'^ (1879) avec 155 peigneuses ;

30 Peignage Floris (1880) fondé par Floris Lorthiois et continué par ses fils (42 peigneusesj;

4^ Peignage Ch. Tibevghien et Fils (1848) produisant kil. 80.000 par semaine ;

50 Peignage A. et P. Pollet. Production annuelle 4.500.000 kil. Assortiments spéciaux pour les laines croisées.

6^ Peignage Malard (1890). 54 peigneuses.

D'un rapport du Maire de Roubaix, il résulte que cette ville avait :

en 1876 7 peignages et 384 peigneuses » 1881 8 » 383 ))

Le peignage Holden de Croix est compris dans ces chiffres. En 1789 1 600 peigneurs à la main de Tourcoing produisaient kil. 1.000.000 » 1815 1.300 ouvriers en donnaient » 840.000

» 1860 6 peignages mécaniques (syst. Heilmann et Lister) avec une

cinquantaine de machines peigneuses donnaient » 1.500.000

» 1894 9 peignages (449 peigneuses) ayant 4.650 ouvriers » ' » 32.328.000 Le bureau de conditionnement de Roubaix, passe par les chiffres sukants :

1859 kil. 417.649 1885 kil. 15,800.925

La Condition publique de Tourcoing a créé deux catégories en 1879 :

Laines peignées Total des textiles

1863 kil. — kil. .30.000

Conséquences :

de 1861 à 1871 la population de Roubaix décupla, en 1861 l'exportation de la laine peignée est de 30 millions » 1866 » » » 55 »

La guerre de 1870 ralentit cet essor, mais, depuis, la marche en avant s'est accentuée.

Il y avait, à Roubaix-Tourcoing :

Peignages Peigneuses

Les laines peignées présentées au conditionnement par les deux villes, en quantités à peu près égales, ont été :

en 1893

kil.

La crise de 1900 causa une dépression considérable. D^s 1902, les choses reprennent

leur cours normal. .

L'importance des deux villes ressort du tableau des valeurs de douane dressé par

M. Grandgeorge :

lo Quantités de laines 2o Exportations générales

mises à la disposition de l'industrie de laines peignées

(France) (France)

kil.

kil.

Les parts respectives de :

Roubaix

Tourcoing

Total

Soit en 1896

kil.

kif.

kil.

Les effets de la crise qui commença en 1897 sont visibles. Les événements de 1899 à 1900 donnent des résultats analogues, mais l'arrêt n'a été que momentané.

Les chômages commencés en juin 1897, se continuent jusqu'en décembre. L'exportation de la laine peignée augmente. Puisiiu'on ne la peut travailler en France, on la livre à l'étranger qui retourne, grâce à des prix de crise, sa fabrication contre nous.

Des pertes doubles l'affirment.

En 1897, le chiffre des exportations pour Roubaix-Tourcoing est de kil. 11 .370.434

Différence kil. 3.288.667 à 5 fr. = Fr. 16.443.000.

Dans le même temps, les exportations générales ont été :

En 1897 kil. 14.343.500.

Différence kil. 4.178.600 à 5 fr. =r Fr. 23.593.000.

Chaque crise à son contre coup sur les industries de la laine.

Celle de 1900 se double des effets de la spéculation sur quantités fictives de laines peignées des marchés à terme.

C'est l'épreuve la plus aiguë qu'aient subie Roubaix-Tourcoing.

Le conditionnement avait, en 1898, donné kil. 63.682.742

» » » en 1899, tombe à » 51 . 390 . 686

Le 11 février 1900, le prix du peigné de Buenos-Ayres (type de la Caisse de liquidation) baisse de 0 fr. 80 par kil.

Le cours est de 6.60 au l^r janvier; de 3.70 au l^i" novembre.

Le gouffre de 2 fr. 90 s'est creusé. La baisse de 44 Vo ruine plusieurs commerçants, elle rend fort précaire l'alimentation des peignages.

Ajoutons, à ces causes de malaise, les agitations périodiques de la classe ouvrière, à laquelle certains agitateurs politiques font croire que le mieux peut se décréter, sans troubler une foule de mesures économiques. La vérité est que le capital et le travail sont des frères et non des ennemis. L'union entre l'employeur et l'employé est nécessaire, aussi indispensable que l'éducation technique de 1 un e.t de l'autre.

Les progrès sociaux ne peuvent être que des progrès moraux ; c'est pourquoi les améliorations sociales ne peuvent sortir que de révolutions pacifiques.

Roubaix a dans ses peignages 8.000 ouvriers

lilatures... 6.300 »

tissages 24.000 »

teintureries 8.156 »

Tourcoing a dans ses peignages 4.800 » j , ,

» )) lilatures 4.600 » > '

Tourcoing produit : draperie pour hommes fr. 18 millions

» )) femmes » 6 »

robes et confections » 7 »

doublures, satin de Chine .... » 9 » 1/2 molletons et genres similaires » 2 » ameublement • » 7 w

Le chiffre total approximatif de 49 millions a une éloqu3nce qui dispense de tout commentaire.

Quand on se plaint, en certains centres, du dépérissement de l'industrie, il faut voir si l'activité ne se déplace pas.

Amiens... k°s 354.389 \

Les divers Fourmies. » 3.198.402 ( 11.240.338

établissements ont donné, Reims.... » 7.687.547 ]

en 1901: Roubaix.. » 26.498.429 ) ,-, ^-a ir^

rr • o- rAi oQQ i 520o0.427

Tourcoing » 2o. 561. 99b )

On voit combien la longue entente des deux villes a protégé leur industrie. Tout cela s'est produit grâce au génie industriel.

Ces localités n'ont pas de cours d'eau, si ce n'est le ruisseau l'Espierre qui est empoisonné par les eaux industrielles. De là, des systèmes divers pour l'élévation des couches souterraines qui retombent, au sortir des condenseurs, sur des claies, où elles se divisent et reprennent leurs qualités, au contact de l'air.

La fabrication des tissus, en utilisant des matières diverses, force les ouvriers de génie, à avoir recours à des combinaisons aussi étonnantes qu'admirables. Sous ce rapport, Roubaix est la première ville du monde. Les Anglais, rendant justice aux qualités exceptionnelles de nos travailleurs, ont plusieurs fois essayé de les attirer chez eux, mais, sous leur ciel brumeux, les Français semblaient perdre quelque chose de leur habileté technique, de leur inspiration, de leur joie ce qui les obligeait à rentrer promptement dans leur pays.

Le perfectionnement des machines a réduit le prix de la main d'œuvre. La force des choses qui a amené cette diminution montre bien, aux travailleurs, à quels obstacles ils se heurtent quand ils exigent ce qu'on ne peut réellement leur accorder sans compromettre la situation générale de l'industrie.

Le prix de façon du peignage a été, par K°

en 1884

En 1880

L'honorable M. Eug. Jourdain, président de la Chambre de Commerce de Tourcoing, a rédigé, en réponse à l'Enquête parlementaire sur l'industrie textile, un rapport très étudié qui porte surtout sur l'application de la loi du 30 mars 1900, sur la limitation de la durée du travail dans l'industrie, dont la plus sérieuse conséquence est l'augmentation du prix de revient du produit fabriqué provenant du sursalaire, puisque, en autorisant l'ouvrier à travailler moins, la loi peut prétendre diminuer son salaire, a L'ouvrier a une arme pour lutter, la grève ; il ne manque pas d'en user. »

« Dans les sphères gouvernementales, on a trop l'habitude de considérer l'industrie comme taillable et corvéable à merci. Elle est atteinte plus que quiconque par l'impôt, sous ses formes les plus variées, et trop souvent elle paie tous les frais des réformes démocratiques ou sociales. »

La réduction des heures de travail amènera une différence de production non absolument mathématique, puisque l'amélioration des machines et l'habileté plus grande des. ouvriers compensent un peu la perte du temps.

Toutefois, dans le peignage et la filature, la production est subordonnée à la marche du métier, donc la diminution est fatale. Un métier tournant 10 h. ne pourra donner la production de 12 h. Si môme il y a accélération des machines 5 à 6 '^ o, l'écart définitif ser^ encore de 14 à 15 o/o-

En matière de tissage, les petits accidents de la marche ne permettent pas l'accélération possible et les évaluations les plus modérées lixent à 12 ou 13 ° o la diminution de production entre 12 et 10 heures de travail.

Ces diminutions augmentent d'autant plus les frais généraux s'appliquant directement à la marchandise.

Dans une filature de laine produisant annuellement, avec la journée de 12 heures,.

10.925.688 échées, la production sera réduite à 9.104.740 échées avec la journée de 10 heures, soit 17 o/o de diminution.

Dans un tissage de 380 métiers, la production étant, avec le travail de 12 heures, de 7.962.214.824 duites, serait réduite à 6.635.179.020 duites, avecla journée de 10 heures, soit 16,7 o/o de diminution.

Le taux de surélévation ne peut être le même partout, de nombreux ouvriers travaillant à la journée. Ceux qui reçoivent 0,30 de Theure, travaillant 12 heures, seront payés à raison de 0,36 par heure, si la journée est de 10 heures seulement, soit 20 Vo de plus.

Les ouvriers aux pièces ont des variations nombreuses de salaire. Il est impossible, ici, de chiffrer la majoration du salaire.

Dans ce problème compliqué, il faut considérer un facteur important: la concurrence étrangère.

Les statistiques officielles de 1902 donnent, au Commerce spécial, pour plus de 35.000.000 fr. de draps, d'étoffe pour habillement, en laine pure ou mélangée, à l'entrée en France.

F 24.990.604 draps et tissus foulés et drapés;

p, o^ Q-fi -n9 i '^ 705.606 mousselines de laine ;

» 5.029.080 autres étoffes de laine pure ; » 4.632.212 tissus mélangés ; Le moins qu'on puisse dire, c'est que les tissus étrangers trouvent, dans l'aggravation de nos frais généraux résultant des augmentations de salaires, une sorte de protection qui favorisera leur introduction en France. Leur prix nominal ne manquera pas d'exercer une

influence sur le prix de vente des étofles françaises, qu'il maintiendra à un prix très bas. * -

Les doléances de la Chambre de Tourcoing montrent le résultat de l'opposition faite à

l'entrée de nos produits, en des pays autrefois nos clients les plus fidèles, au moyen de taxes

douanières élevées.

Nos exportations de tissus de laine ont été :

__ Draps, Casimirs, Etoffes diverses

Moyenne ^ ' „ . . , , •

... et autres Mérinos de lame

décennale

tissus drapés pour habillement

1867-1876 Fr. 61.428.234 Fr. 43.242.898 Fr. 74 272.511

En 1900 » 158.564.210 » 20.813.835 » 81.502.671

Donc : Exportations en 1898 Fr. 260.880 716

Diminution » 95.041 .535 ou 32 <^/o sur la valeur de nos tissus exportés.

Le travail plus considérable de l'étranger cause, chez nous, une exportation plus forte

de nos fils.

En 1893 kil. 4.239.400 pour fr. 21.073.000

Moyenne de 10 années » 5.582.540 » 28.169.700

La dernière année dépasse J » 1.143.460 » 3.759.300

la moyenne de ( 20^0 13 «/o

L'augmentation des exportations des fils est la conséquence de la diminution des exportations de tissus, le fil de laine est la matière première du tissage. Le rapport de M. Jourdain contient des tableaux intéressants.

Droits de douane sur les tissus de laine : ad valorem

Allemagne. — Droit spécifique variant de 1.25 à 2.75 le kil soit 15 à 20 o/°

Autriche. — » à 2 f r » 20 à 25 »

Belgique » 10 à 15 »

Brésil. — Droit variant de 14 à 28 fr. le kil » 100 à 150 »

États-Unis. — Ad valorem et 3.75 le kil. et 50 V'o à 5.75 le kil., et 60 Vo. » 80 à 100 »

Espagne. — Draps 10.75 et autres 6 fr. le kil » - 60 »

Grèce. — Droit variant'de 3.90 à 9.37 le kil » 40 à 90 »

Italie.— » » de 1.50 à 2.50 » » 10 à 15 »

Japon » 10 »

Mexique. — Droit variant de 8.75 à 15 fr. le kil » 75 à 125 »

Pays-Bas » 5 »

Portugal » 80 à 100 »

République argentine. — Droit spécifique de 15 fr. le kil. à 35 % ^> 15 à 35 »

Roumanie. — Droit spécifique de 1 fr. à 1 .50 le kil » 10 à 15 »

Suisse. — Droit spécifique de 0.25 à 0 .85 » 5 à 7 »

Turquie » 10 »

En Russie, un droit d'environ 100 % (10 f. 30 le k») empêche complètement l'entrée des tissus de laine qui ne figurent aux statistiques que pour une valeur de 387.000 fr, en 1902.

Les réflexions qui s'imposent sont connues de tout le monde. M. Jourdain dit avec autant de fierté que de raison :

(( Ce n'est pas notre région qu'on accusera d'avoir jamais reculé ni devant l'effort, ni devant l'opiniâtreté et la persévérance du travail. A armes égales, nous ne redoutons pas nos concurrents, et nous serions nettement libre-échangistes, si l'on arrivait à égaliser partout les conditions du travail.

(( Laissez-nous alimenter plus grandement notre marché intérieur ! Dieu merci ! c'est encore le premier marché du monde. Gardons-le bien, et conduisons-nous, à l'égard des pays étrangers, comme ils se conduisent envers envers nous. »

La réponse de la Chambre de Commerce de Roubaix à la Commission d'enquête parlementaire de l'industrie, parle fatalement des mêmes choses que nous ne répéterons pas; nous ajouterons seulement quelques traits au tableau.

Le travail dure ordinairement de 6 h. 1/2 à midi et de 1 h. 1/2 à 6 h. 1/2.

On travaillcrde nuit dans les peignages, à certaines époques et quelquefois dans de rares iilatures de laine et de coton, mais jamais dans les tissages.

Le système dcsjieures supplémentaires n'est pratiqué dans aucun établissement.

La réduction de la journée de travail à 10 h. déterminera une augmentation très sensible du prix de revient.

Les ouvriers étrangers employés dans les industries de Roubaix sont en grande partie de nationalité belge ; ils représentent de 35 à 40 0 0 de l'effectif total.

Les syndicats fonctionnent régulièrement et légalement, mais certains syndicats ouvriers penchent trop vers la politique.

Roubaix'^ une Société de Secours mutuels très importante créée par un syndicat mixte fondé en 1888.

D'autres sociétés de secours mutuels, dont les industriels sont membres honoraires, existent également.

On compte, à Roubaix, 4 sociétés d'habitations à bon marché.

Il n'y a pas eu de grève importante à Roubaix, depuis celle du mois de mai 1890. Quelques mouvements grévistes inspirés par la politique ont été réglés promptement, même sans arbitrage. On a remarqué que toutes ces grèves ont été très préjudiciables aux intérêts des industriels et des ouvriers.

Les charges énormes qui pèsent sur l'industrie roubaisienne en arrêtent l'essor, puisqu'elles lui ferment les principaux marchés où elle avait l'habitude d'écouler ses produits.

L'outillage reçoit tous les perfectionnements possibles.

L'ouvrier tisseur conduit généralement deux métiers. Il y a exception pour certains tissus de nouveautés.

Les ouvriers de la filature de laine travaillent par équipe conduisant 1 .000 à 1 .200 broches, chiffre difhcile à dépasser.

Dans la filature de coton, un ouvrier soigne de 4 à 500 broches, c'est-à-dire 33 «/o de moins qu'en Angleterre et 50 °/o de moins qu'en Amérique.

Les charges fiscales et sociales de toute nature, les frais généraux, sont généralement moins élevés à l'étranger qu'en France.

Plus les charges deviendront lourdes, plus la concurrence deviendra redoutable pour Roubaix.

On estime que le tiers des tissus de la production roubaisienne est destiné à la consommation étrangère.

Les établissements de Roubaix sont généralement gérés par leurs propriétaires. On compte à peine quelques sociétés anonymes.

Les réponses de Roubaix et de Tourcoing à la Commission d'Enquête forment un tout très remarquable en ses considérations, ses raisons, ses conclusions. Elles nous semblent destinées, avec les travaux similaires de Reims et de Fourmies, à produire une forte impression sur le Parlement.

Aux épreuves actuelles de l'industrie, on peut mesurer l'étendue du mal qui peut encore être fait, à une des plus grandes forces nourricières de la France.

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