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DES PIERRES DE GRÈS

Le grès est un sable siliceux agglutiné par un ciment qui est en général de même nature, et qui transforme le sable en une pierre souvent fort dure. Quelquefois le tissu des grès est si serré, qu'on a peine à y discerner les grains dont ils sont composés; mais la plupart du temps le sable y est fort distinct, et dans certaines circonstances il est entremêlé de cailloux de diverses grosseurs, qui donnent à la pierre un aspect particulier. On donne au grès le nom de poudingue quand les cailloux sont arrondis, et de brèche quand ils sont anguleux. Nous avons déjà eu occasion de parler des brèches calcaires à l'article des marbres.

Les bancs de grès sont assez fréquents dans la nature, beaucoup moins cependant que les bancs calcaires» Dans les pays qui en sont formés, on en tire parti pour la construction des maisons. Il y en a qui fournissent d'excel* lentes pierres d'appareil, faciles à tailler, consistantes et d'une bonne résistance, mais en général ils sont moins propres que les pierres calcaires aux délicatesses du ciseau. Ils sont assez variés de couleur; il y en a de rouges, de verts, de violets, de gris, de blancs, de jaunâtres, de bigarrés, ce qui donne des caractères divers

aux villes qui en sont bâties. Quelques cantons de la Lorraine, l'Alsace, le Bourbonnais, sont en grès rouge; Saint-Étienne, Carcassonne, plusieurs autres villes sont d'un grès houiller qui est gris. La molasse, qui est un grès à grain fin et verdâtre, est en usage en Suisse, et produit d'assez jolis effets. Les grès bigarrés sont veinés comme le marbre, et conservent pendant fort longtemps des couleurs brillantes et tranchées. L'inconvénient des pierres de grès comme pierres de construction, vient de ce que les unes s'égrènent trop facilement sous la pression et se remettent en sable, et que les autres, au contraire, sont trop aigres et trop cassantes pour se laisser convenablement tailler.

Le principal usage des grès, surtout dans les environs de Paris, où la nature en a déposé des amas considérables» est de servir au pavage, des rues et des grandes routes. Il s'en fait une énorme consommation. Le seul pavé de la ville de Paris représente une étendue de plus de deux millions de mètres carrés, et le roulement continuel des voitures l'use promptement. Les carrières qui fournissent cette pierre si précieuse pour la facilité des mouvements dans cette grande ville, sont situées à peu de distance de ses murs. Les produits de la plupart de ces carrières y arrivent à peu de frais par des bateaux chargés chacun de huit à dix mille pavés. Palaiseau, Pontoise, et surtout Fontainebleau, sont les centres principaux pour l'exploitation des pavés. La variété de grès que l'on recherche pour cet usage est très-dure sans être trop cassante ; elle se débite assez facilement en échantillons prismatiques* un coup vivement appli-

que suffisant pour fendre la pierre nettement et par larges éclats.

Les grès sont fréquemment employés comme pierres à aiguiser : il faut pour cela que leur grain soit uniforme et d'une finesse proportionnée a la nature du tranchant que Ton veut obtenir. Les pierres de grès dont on se sert pour aiguiser les faux doivent nécessairement présenter à l'acier une surface plus rugueuse et plus dure que celles dont on se sert pour aiguiser les couteaux où les rasoirs : on taille- ces pierres soit sous formes de meules soit sous celles de tablettes allongées.

Le grès sert aussi pour le polissage et pour la taille des corps durs. On fait grand usage dans les manufactures d'armes et de quincaillerie de ces meules en grès, que l'on peut considérer, à certains égards, comme remplaçant les limes. Il y a une foule d'industries dans lesquelles le grès fournit des instruments de première nécessité. C'est avec des meules d'un grès très-dur et animées d'un mouvement rapide, que l'on parvient à tailler les agates et à les verser dans le commerce, sous mille formes délicates et à bas prix, malgré leur dureté qu'il faut vaincre. C'est encore avec des meules de grès que l'on taille le cristal, et que l'on découpe à sa surface ces arêtes si vives, et ces facettes si bien polies et si brillantes.

Enfin, certaines variétés d'une pâte très-fine et de couleurs agréables, sont employées comme pierres d'ornement pour de légers objets de fantaisie.

LES PIERRES. Cl

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