DE LA PIERRE A PLATRE
Le gypse ou pierre à plâtre est une combinaison de chaux, d'acide sulfuriqueet d'eau. Par la chaleur, cette combinaison se décompose, l'eau en est chassée, et il reste du sulfate de chaux sec: en combinant ce sulfate de chaux réduit en poudre avec de l'eau, la pierre se reforme instantanément, mais elle n'acquiert jarrîais une grande dureté; outre cela, elle ne mord point sur les autres pierres qui sont en contact avec elle, ainsi que le mortier calcaire, et ne fait autre chose que de les empâter. C'est sur cette propriété chimique de se consolider par l'absorption de l'eau, qu'est fondé l'emploi du plâtre, qui est en maçonnerie le suppléant de la chaux.
La pierre à plâtre est beaucoup moins absolument répandue à la surface de la terre, que la pierre calcaire ; elle ne forme que quelques dépôts isolés, et généralement de peu d'étendue, si on les compare aux terrains calcaires. Il s'en trouve cependant à peu près dans toutes les régie ns géologiques. Dans les Alpes, on exploite des gypses qui sont en relation avec les roches granitiques ; dans plusieurs provinces, notamment en Bourgogne et en Lorraine, ils sont associés aux calcaires secondaires ; enfin, dans le bassin de Paris, qui est renommé pour l'excellence du plâtre qu'il fournit, cette pierre forme
des dépôts étendus entre les grès, les sables et les bancs de pierre à bâtir, comme si tous les éléments de la construction avaient pris plaisir à se rapprocher les uns des autres. Les carrières de Montmartre et de Ménilmontant, ouvertes aux portes mêmes de Paris, sont depuis longtemps en possession d'approvisionner cette capitale.
Le sulfate de chaux étant légèrement soluble dans l'eau, il y*a apparence que certaines couches de gypse ont été déposées, dans les âges antérieurs, sur le fond des lacs ou à des embouchures de rivières, par des eaux qui tenaient cette substance en dissolution. Dans quelques endroits, le gypse, au lieu de se trouver par couches, se présente, au contraire, par amas irréguliers intercalés dans defe bancs de roche calcaire, et l'on a quelque raison de penser que, dans ce cas, il a été produit par des émanations acides sorties du sein de la terre, et qui ont converti, sur leur passage, la pierre calcaire en sulfate de chaux. La décomposition de la pierre à plâtre par la chaleur est beaucoup plus facile que celle de la pierre à chaux. Tandis que, pour la chaux, il faut une forte chaleur rouge, ici, au contraire, il suffit d'une* chaleur très-peu supérieure à celle de l'eau bouillante. Lé plâtre est même d'autant meilleur que la température, durant . sa cuisson, a été assez ménagée, si l'on a eu l'imprudence de le calciner trop fortement, il perd toute la solidité qu'il aurait pu avoir. La pierre, par suite de cette opération, éprouve une perte de près d'un quart de son poids; c'est le déchet dû à l'eau qu'elle contenait et qui se dégage par grands flots de vapeur.
Si on laisse le plâtre exposé à l'air après sa cuisson, il ne tarde pas à s'altérer, parce qu'il reprend peu à peu de l'eau, et ne conserve plus pour elle une avidité suffisante quand on veut le mettre en œuvre. La rapidité avec laquelle il prend corps quand on le gâche avec l'eau, est cause qu'on est obligé de le préparer par petites portions, et seulement à mesure qu'on l'applique. Il se prête avec une merveilleuse facilité à la formation des moulures les plus délicates ; et cette qualité jointe à sa ténacité et à sa belle couleur blanche, fait qu'il est d'un grand usage pour les plafonds et les décorations intérieures. À Paris et dans les lieux pu il est à bas prix, on l'emploie fréquemment dans les maçonneries en guise de mortier. Nous avons déjà dit qu'il n'a pour ce service que des qualités fort médiocres ; mais le travail de la maçonnerie en plâtre est fort prompt, et les murs sèchent en très-peu de temps, ce qui est un grand avantage lorsque l'on se propose d'élever, non pas des édifices durables, mais des édifices éphémères. Le temps diminue rapidement la solidité des murailles cimentées avec du plâtre, ce qui est l'inverse de son action à l'égard des mortiers calcaires.
Le plâtre est excellent pour les moulages ; une légère augmentation de volume qu'il éprouve à l'instant où il se consolide, fait qu'il s'applique vigoureusement contre les moindres dépressions du moule où on le met, et en rendl 'image avec une fidélité parfaite. C'est une propriété admirable, puisqu'elle permet de multiplier à l'infini et à très-bas prix, les chefs-d'œuvre de la sculpture, et avec toute la beauté des originaux eux-mêmes. Ces co-
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pies sont, à la vérité, fort exposées à se détériorer, à cause du peu de dureté de la matière dont elles sont faites ; on ne saurait les tenir à l'air sans voir bientôt toute la netteté de leurs contours se perdre ; mais dans les appartements elles ne sont point sujettes à cet inconvénient. On a employé la pierre calcaire à des moulages beaucoup plus solides que ceux-ci, mais moins commodes à opérer, et par conséquent aussi plus coûteux. Il suffit pour cela de faire séjourner dans des moules convenablement préparés des eaux déposant du calcaire ; ce calcaire s'incruste peu à peu sur les parois du moule, et y forme un relief solide et durable. Enfin, on fait encore des moulages avec diverses autres compositions plus résistantes que le plâtre et dont nous n'avons point à nous occuper ici.
Certaines variétés de pierre à plâtre, qui sont d'un beau blanc, fournissent ce que Ton nomme dans le commerce l'albâtre gypseux, ou simplement l'albâtre, bien que le véritable albâtre, duquel nous avons déjà parlé, soit différent de celui-ci. Cette pierre étant fort tendre, au point de se laisser rayer avec l'ongle, rien n'est plus aisé que de la travailler pour en faire des flambeaux, des vases, des pendules, des statuettes, etc. Mais ce défaut de dureté, si avantageux pour le travail, l'est fort peu pour la conservation de ces produits, et il en résulte qu'ils sont en général peu estimés. Il y a certaines variétés qui sont colorées et quelquefois rubanéespar veines jaunâtres, à la manière des véritables albâtres, dont elles se distinguent néanmoins à première vue par une certaine différence dans l'éclat, et dont elles se distin-
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gueraient bien mieux encore si Ton osait faire l'épreuve de leur dureté en les rayant avec une pointe.
Les Romains tiraient principalement l'albâtre, dont ils fabriquaient de très-beaux vases pour les parfums, des environs d'Àlabastrum, en Egypte : de là est venu le nom donné à cette pierre. Celui qui circule actuellement sous tant de formes dans le commerce, vient de Volterra dans les environs de Florence. Il yen a des masses considérables en plusieurs points de nos départements ; mais les habitants n'ayant pas l'industrie de le sculpter, il n'a pas plus de valeur que la pierre à plâtre ordinaire, et ne sert pas à d'autre usage qu'elle.
Il existe dans la nature un sulfate de chaux anhydre, c'est-à-dire privé d'eau. 11 n'est pas propre à la préparation du plâtFe, car c'est un plâtre véritable, mais sans aucune vivacité dans son affinité pour l'eau ; il peut servir, et il sert effectivement aux mêmes usages que l'albâtre, et il a l'avantage d'être un peu plus dur. On en trouve des variétés de couleurs fort agréables, roses, violettes, bleues, verdâtres ; mais celte pierre, que l'on nomme anhydrite, a encore moins d'importance que l'alabastrite.
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