‹ Histoire élémentaire des minéraux usuelsChapitre 12 sur 50 · DU QUARTZ OU DE LA PIERRE A FEU · texte numérisé non relu

DU QUARTZ OU DE LA PIERRE A FEU

Nous avons déjà parlé de la composition du quartz : c'est du silicium combiné avec de l'oxygène. Cette pierre présente des aspects fort variés; néanmoins son éclat et les caractères de sa cassure la font toujours assez sûrement reconnaître ; elle est en outre la plus dure de toutes les pierres, si Ton fait exception des pierres fines: elle les raye toutes, même le feldspath. Le quartz, dans son état de pureté, est parfaitement blanc et transparent; mais il est presque toujours mélangé avec d'autres substances qui lui communiquent des couleurs plus ou moins agréables. Son excessive dureté et la beauté résultant de l'éclat inaltérable de ses nuances, sont les propriétés qui le font rechercher, et sur lesquelles sont fondés ses emplois dans les arts. La plupart de ses variétés ont reçu des noms particuliers, à cause des différences marquantes qu'elles présentent à l'œil ; mais sous des dénominations distinctes, c'est toujours au fond la même substance : le silex, la pierre à fusil, le jaspe, l'agate, la cornaline, le calcédoine, le cristal de roche, et toutes les qualités intermédiaires ne sont que du quartz, et l'on peut passer insensiblement, et sans division tranchée, de l'une de ces variétés à toutes les autres.

On rencontre quelquefois le quartz en cristaux ; géné-

ralement ce sont des prismes à six pans, confusément groupés les uns avec les autres, et surmontés par des pyramides.

Le quartz est assez abondamment répandu dans la nature. Il est cependant rarement réuni par grandes masses, excepté dans les terrains de grès, où il ne se trouve toutefois que sous forme de petites particules agrégées les unes avec les autres. Il constitue un des éléments essentiels des granités ; il est disséminé par petits cristaux dans un grand nombre de porphyres ; les bancs calcaires en contiennent fréquemment de petits amas, soit cristallisés, soit arrondis ; enfin les couches de poudingues en renferment d'énormes quantités, provenant de la désagrégation d'anciennes roches, et réunis les uns près des autres sous forme de cailloux, comme sur certaines plages et dans le lit de certaines rivières. Dans quelques localités il est en bancs épais ; mais cela est fort rare : les plus grands massifs continus sont généralement ceux qui remplissent les filons des terrains anciens, et particulièrement des schistes argileux : quelques-uns de ces filons ont plusieurs lieues d'étendue, une épaisseur considérable, et une profondeur inconnue, mais qui est probablement de plusieurs milliers de mètres.

Toutes les variétés de quartz, lorsqu'on les frappe avec un briquet, donnent des étincelles, et ce caractère est excellent pour les distinguer d'une quantité d'autres pierres. Il n'est pas douteux que, si ce moyen de produire du feu était le seul que les hommes eussent à leur disposition, le quartz mériterait d'être mis, à cause de cette propriété précieuse, à la tête de toutes les autres

pierres : la possession du feu est en effet le premier principe de la puissance de l'homme. Hais aujourd'hui, grâce aux perfectionnements de l'industrie, nous jouissons d'un grand nombre de procédés producteurs du feu, plus prompts et plus commodes que le jeu du briquet. La théorie en est très-simple : l'acier, en glissant rapidement contre les aspérités du quartz, s'y déchire avec un frottement considérable ; ce frottement produit un développement de chaleur qui élève jusqu'au rouge les petites particules qui se détachent de l'acier ou du quartz, et en recevant sur un corps facilement combustible, comme l'amadou ou le linge brûlé, ces éclats ardents qui jaillissent sous forme d'étincelles, on se procure en un instant une source de feu. On recherche pour les pierres à feu une variété de quartz que l'on nomme Silex. On trouve ces silex, par petites masses informes, accumulées par lits au milieu des terrains de craie.

Le Jaspe est une variété de quartz qui se distingue par sa cassure terne et son opacité parfaite. Cette particularité tient à la présence d'une petite quantité d'argile qui se trouve intimement mélangée avec la substance principale. Les couleurs du jaspe ne sont pas souvent éclatantes ; elles sont ordinairement rembrunies, et causées par l'oxyde de fer. On l'emploie pour fabriquer des plaques d'ornement, des socles, des tabatières et d'autres objets de fantaisie. On s'en sert aussi dans les mosaïques, à cause de la fixité de ses couleurs. Les jaspes communs sont d'un brun plus ou moins intense ; les jaspes jaunes et rouge de brique sont aussi assez abondants ; le jaspe vert, ainsi que le jaspe blanc, sont rares; les plus pré-

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cieux sont les jaspes rubanés, veinés ou tigrés. Le jaspe rubané de Sibérie est formé de veines droites et bien tranchées, alternativement brunes et vertes. Le jaspe d'Oberstein est jaune, tigré de noir; le jaspe égyptien est jaune chamois, et semé de taches brunes très-variées, et de figures bizarres. Enfin, il y a des jaspes qui présentent^ leur surface différentes sortes d'arborisations. On donne le nom d'Agate à des variétés de quartz dont la pâte est fine, onctueuse et susceptible d'un beau poli, à demi transparente, colorée de nuances vives et délicates, généralement variées dans le même échantillon. On rencontre les agates, comme les silex, sous forme de rognons mamelonnés ; ces rognons sont composés de couches concentriques, diversement contournées, et distinctes, soit par un changement de nuance, soit par un changement de translucidité ; leur intérieur est quelquefois creux et tapissé de cristaux. Ils se trouvent dans des roches de porphyre ou dans des déjections volcaniques. La plus grande partie des agates qui Circulent dans le commerce vient d'Oberstein, près de Deux-Ponts. On en fabrique des cachets, des boucles d'oreille, des tabatières et divers autres objets de peu de valeur. On fait quelque cas de celles qui présentent, dans leur inté- . rieur, des arborisations ou des ramifications semblables à des mousses ; ces accidents ne sont pas dus à des végétaux, comme il le semble au premier coup d'œil, mais à des infiltrations minérales. Les plus belles variétés sont réservées pour un emploi plus digne et plus utiles : on s'en sert pour y graver des sujets d'art, qui, en> vertu de l'inaltérabilité et de la dureté de la substance

sur laquelle ils sont exécutés, peuvent être regardés comme de véritables monuments. Les anciens nous ont laissé en ce genre des travaux admirables, auxquels la main du temps a été incapable de porter la plus légère atteinte, et qui semblent destinés à traverser, avec la même puissance, les âges qui se succéderont jusqu'à la postérité la plus reculée. L'importance de ce service nous invite à dire quelques mots des prinoipales variétés qui ont le privilège d'y être appliquées.

Les Onyx sont des agates rubanées en deux ou trois couleurs par zones très-fines, et quelquefois réunies au nombre de cinq ou six, sur une très-petite épaisseur. Cette disposition est extrêmement favorable pour le travail de l'artiste , qui, en fouillant plus ou moins profondément dans la pierre, détache les diverses figures de son relief, ou même les diverses parties de ses figures, comme le visage, la chevelure, les vêtements, sur des zones de teintes différentes, mêlant ainsi le charme du coloris à celui de la forme. Un des plus beaux et des plus célèbres camées que l'antiquité nous ait laissé, l'Apothéose d'Auguste, est gravé sur un onyx brun et blanc à quatre couches. Les onyx étant tantôt à couches planes et tantôt à couches ondulées, on peut les mettre en œuvre, non-seulement en médaillons, mais en coupes et en vases : c'est, epa effet, ce que les anciens ont souvent fait.

Les Calcédoines sont des agates fort recherchées, et sur lesquelles on a gravé des sujets du plus grand prix. Elles sont définies par leur couleur, qui est le blanc laiteux ou le blanc bleuâtre : le degré de leur translucidité est variable.

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Les Cornalines onl line couleur qui varie du rose au rouge cerise plus ou moins foncé ; elles sont à demi transparentes, et sont propres à recevoir un très-beau poli. Les plus estimées sont celles qui sont d'un rouge vif; elles viennent du Japon, et leur prix est beaucoup plus élevé que celui des cornalines ordinaires, qui sont un objet assez vulgaire. La quantité de cornalines gravées que nous ont laissées les anciens atteste que cette pierre jouissait chez eux d'une grande faveur.

On réunit sous le nom de Sardoines toutes les agates dont la couleur est d'un brun plus ou moins foncé; elles présentent quelquefois des zones concentriques légèrement distinctes : les plus belles sont d'une nuance marron.

Enfin, on donne le nom de Prases aux agates vertes. Celles-ci viennent de Silésie, et sont aujourd'hui assez souvent employées pour faire des parures. On a des camées qui sont exécutés sur une très-belle variétéd'un vert d'herbe foncé.

Le Cristal de roche ou quartz hyalin, est du quartz dans son plus grand état de pureté ; il ressemble parfaitement à du beau cristal, mais il est plus léger, et il a l'avantage d'être beaucoup plus dur. Le plus blanc, le plus étincelant vient de Madagascar, mais on en exploite dans les Alpes, dans le Dauphiné et dans d'autres montagnes, qui jouit, à très-peu près, de la même beauté; il est déposé dans des filons. Les fleuves enroulent souvent des cailloux qui ont été entraînés par eux hors de leur position primitive : tels sont les cailloux connus sous le nom de diamants du Rhin, d'Alençon, de Médoc, etc. On

en fait des boutons, des cachets, des coupes, des garnitures de lustres ; mais en général on le travaille fort peu, parce que son effet est tout au plus égal à celui du cristal, et que st>n prix, à cause de la difficulté de la maind'œuvre, est infiniment plus élevé que celui de la cristallerie ordinaire.

Le Cristal de roche est quelquefois teint par des substances étrangères, qu'il semble tenir en dissolution, et qui lui communiquent leur couleur, sans nuire à sa parfaite diaphanéité. Il rivalise alors avec les pierres précieuses, auxquelles il est toujours néanmoins fort inférieur, sous le double rapport de l'éclat et de la dureté.

L'Améthyste est du quartz coloré en violet par de l'oxyde de manganèse : on l'emploie dans la joaillerie et dans la gravure sur pierre. Le quartz rose ressemble un peu ail rubis; aussi est-il connu sous le nom de rubis de Bohême, parce qu'il vient ordinairement de ce pays. Le quartz rouge vient d'Espagne ; les joailliers le nomment hyacinthe de Compostelle. Le quartz jaune arrive du Brésil : on le nomme topaïe occidentale. Le quartz vert ou Améthyste verte est apporté du Brésil, de la Bohême, de la Finlande ; il est d'un vert poireau, fet d'une transparence un peu trouble.

Certaines variétés sont recherchées à cause des reflets changeants qu'elles présentent, et qui sont dus à de petites fissures dont leur intérieur est criblé. La plus précieuse de toutes est l*Opale. Cette pierre, si Ton ne cousultait que sa valeur commerciale, mériterait d'être rangée au nombre des pierres fines : c'est un quartz

combiné avec une petite quantité d'eau. Il est légèrement bleuâtre, d'une translucidité incertaine, et lance des reflets si éclatants et si magnifiques, qu'on ne saurait les comparer qu'à des rayons de flammes. La plupart des opales viennent de Hongrie. La plus belle espèce est l'opale orientale : une de ces pierres d'un centimètre de diamètre, vaut communément 1,000 francs. G' est certainement une des pierres sur lesquelles l'œil éprouve le plus déplaisir à considérer les jeux de la lumière.

Le feldspath offre quelques variétés compactes connues sous le nom de Jade, qui ont de l'analogie avec le jaspe ; on les travaille surtout en Orient, et on les applique aux mêmes usages que le jaspe. Les pierres feldspathiques sont moins dures et un peu plus translucides que celles du quartz. 11 y a aussi un feldspath chatoyant, appelé par les minéralogistes et les amateurs de curiosités pierre de Labrador ; mais les tables que l'on en fait sont toujours ternes, sombres, faiblement miroitantes et de peu d'effet. Le chatoiement, est produit par des fissures, comme dans l'opale, mais il paraît bien pauvre quand on le compare à celui de cette belle pierre.

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