‹ Histoire élémentaire des minéraux usuelsChapitre 13 sur 50 · Zirion · texte numérisé non relu

Zirion

trouver dans ce chapitre, mais bien dans celui que nous consacrons à Fétude du charbon. Le diamant, en effet, n'est autre chose que le charbon pur : il n'est point incombustible comme les autres pierres ; il brûle, au contraire fort bien lorsqu'on l'expose à une température élevée, s'évanouit, sans laisser aucun résidu, et donne naissance à de l'acide carbonique que l'on peut recueillir, et duquel, par la décomposition chimique, on peut tirer une quantité dé charbon noir et pulvérulent, exactement du même poids que le diamant soumis à l'expérience. Le diamant est à la fois le plus dur et le plus brillant de tous les corps : c'est là ce qui fait sa haute valeur dans la bijouterie; sa dureté, dont aucun autre corps ne triomphe, devient la sauvegarde de son poli et de son éclat, qui sont inaltérables. On en fait d'artificiels qui sont aussi très-étincelants, mais que la moindre poussière raye ; ils ne peuvent lutter avec le vrai diamant que quelques jours, et ils n'ont point, comme lui, le privilège de vieillir sans rien perdre de leur beauté et de leur prix.

Le diamant est en général parfaitement transparent et incolore; la lumière le traverse librement, s'y réfracte, en ressort brisée par les facettes ménagées à sa surface, et se répand en gerbes colorées semblables aux rayons de Tarc-en-ciel. Exposé pendant quelque temps aux rayons du soleil, le diamant semble se mettre en équilibre avec lui, et lorsqu'on le transporte dans l'obscurité, il conserve pendant quelque temps la propriété lumineuse. Il arrive quelquefois que, par des mélanges accidentels, il se trouve chargé d'une teinte légère et à peine

sensible de rose, de jaune, de bleuâtre ou même de

brun. Ces nuances nuisent à sa qualité, et le font moins

estimer.

II se distingue des autres pierres fines incolores par sa dureté, et aussi par la nature particulière de son éclat, qui a quelque chose de gras; sa pesanteur spécifique est considérable, mais inférieure toutefois à celle de divers autres gemmes.

Le diamant doit tout son prix au travail de l'homme; dans son état naturel, ce n'est qu'un petit caillou à surface brute^ et raboteuse, presque toujours terne et grisâtre. Ses formes cristallines, habituellement arrondies et dépourvues de toute netteté, se rapportent à l'octaèdre ou à ses dérivés, et notamment au dodécaèdre. 11 est susceptible de se cliver, c'est-à-dire de se laisser fendre suivant des plans parallèles aux faces de l'octaèdre. Son gisement est dans les plus anciens terrains qui se soient formés sur la croûte de notre globe ; mais ce n'est point dans ces roches dures que l'on va le chercher : le travail nécessaire à son exploitation y serait impraticable. On le ramasse dans les terrains d'alluvion provenant de la désagrégation de ces roches et du transport de leurs débris par les eaux. Dans ces terrains, qui ne sont autre chose qu'une sorte de terre sableuse occupant le fond des vallées dans certaines contrées, le diamant se trouve associé à des paillettes d'or, à diverses autres pierres précieuses, et à des grains nombreux d'oxyde de fer, provenant comme lui de la décomposition des roches anciennes.

L'opinion commune a été pendant longtemps que ce minéral était spécialement affecté aux riches contrées de

l'Inde, mais on sail maintenant qu'il en existe dans toutes les parties du monde. Dans l'Inde, il se trouve principalement dans lea provinces de Golconde et de -Visapour, appartenant à la presqu'île du Dekhan, dans le Boundelcound, et dans divers autres points plus ou moins voisins du Bengale. Les plus beaux diamants sont sortis des mines de Gani. L'ile de Bornéo renferme également des diamants dans divers districts ; ils sont aussi beaux que ceux de l'Inde, et circulent dans le commerce avec la môme valeur. Les anciens, comme on le sait par le témoignage de Pline, en tiraient d'Afrique; ils formaient un des objets du trafic des Carthaginois; leur gisement qui avait été entièrement perdu a été retrouvé dans les vallées de l'Atlas, depuis la conquête de la province d'Alger. Enfin, dans ces derniers temps, on a découvert des diamants sur le continent européen, dans les montagnes de l'Oural. Le Brésil est une des contrées qui en fournit le plus : les premiers que l'on y ait découverts le furent au commencement du dernier siècle par les colons de la Capitainerie de Saint-Paul ; ceux-ci les possédèrent pendant quelque temps comme des curiosités, et sans connaître leur prix. Mais bientôt le Portugal, éclairé sur leur vraie nature, commença l'exploitation du terrain qui les tenait ccchés. On estime à plus de soixante livres la quantité de diamants que l'exploitation produisit dans les vingt premières années; elle est aujourd'hui encore fort étendue. Un négociant anglais, M. Mawe, qui a récemment visité le Brésil, nous a fourni sur ce sujet d'intéressants détails.

La terre de laquelle on extrait les diamants porte le

nom de carcalho; elle provient d'une chaîne de montagnes assez élevées, et couvre un canton de cent vingt lieues carrées, aux environs de la ville de Tejaco. On extrait le carcalho du fond même des rivières où il a déjà subi un premier lavage, qui Ta rendu plus riche ; on le transporte de là dans de vastes aleliers destinés aux lavages particuliers ; il y est remué avec des espèces de râteaux sur de grandes tables inclinées, à la partie supérieure desquelles arrive un courant d'eau continuel; après un quart d'heure environ, toutes les parties terreuses sont enlevées, et il ne reste plus que le gros gravier, dont on fait le triage à la main, afin d'en séparer les diamants. Ce sont des nègres qui sont chargés de ce travail ; ils sont intéressés à son succès par des primes qu'on leur accorde en raison des diamants qu'ils découvrent ; celui qui en trouve un de dix-sept karats est mis en liberté; c'est assez dire que les diamants de cette taille sont fort rares au Brésil. Des inspecteurs sont chargés de surveiller constamment, avec la plus grande attention, les ouvriers chargés d'une tâche si délicate, et où la fraude est si facile; mais cela n'empêche pas le commerce de contrebande d'être forl bien nourri, et par les plus beaux échantillons. On estime que le diamant revient, terme moyen, au gouvernement, à environ 48 francs le karat brut. La richesse des raines semble diminuer depuis quelques années.

Les anciens n'ont point connu l'art de travailler les diamants; ils les portaient dans leur état brut, en les disposant de manière à ce que les pointes des cristaux fussent en saillie. Vers le milieu du quinzième siècle, un

joallier de Bruges, Louis de Berghem, trouva le moyen de les tailler et de les polir en les frottant avec leur propre poussière : c'est de cette époque que date l'origine de leur splendeur. Ils sont maintenant estimés, proportion gardée, au-dessus de toutes les autres pierre g précieuses. Leur prix augmente singulièrement avec leur grosseur, pour des diamants de même qualité; il est à peu près convenu qu'il est proportionnel au carré du poids; ainsi un diamant d'un karat taillé valant 250 francs, un diamant de même qualité de dix karats vaudra 10x10x250 francs, c'est-à-dire 25,000 francs.

Les plus magnifiques échantillons que Ton connaisse de ce riche minéral, sont celui du Grand-Mogol, pesant deux cent soixante-dix-neuf karats et demi, et ayant environ quarante millimètres de diamètre ; celui de l'empereur de Bussie, pesant cent quatre-vingt-quinze karats ; celui de l'empereur d'Autriche, de cent, trente-neuf karats ; celui de la couronne de France, de cent trente-six karats, acheté au commencement du dix-huitième siècle deux millions deux cent cinquante mille francs par le Régent, dont il a pris le nom, est estimé par les amateurs au double de ce prix. On voit, d'après cela, que les diamants sont toujours des minéraux fort peu massifs. Les plus petits servent à faire de la poussière de diamant pour les joailliers, ou des instruments pour couper le verre ou pour forer les agates et quelques autres substances.

Le Saphir ou Corindon prend, parmi les pierres fines, le premier rang après le diamant. De même que celui-ci, il doit tout son prix à son état parliculier de cristallisa-

lion et à la rareté avec laquelle il est disséminé dans les terrains qui le contiennent. Rien n'est plus commun que ce minéral, dépourvu de son éclat et de sa forme; ce n'est rien autre que la terre connue en chimie sous le nom d'alumine, et formant la base de l'argile et de l'alun; c'est le caillou connu dans l'industrie sous le nom d'émeri, et servant à donner le poli aux corps durs. Le saphir est simplement de l'alumine cristallisée. Il raye tous les corps, excepté le diamant. Ses formes cristallines dérivent du prisme à six faces régulières.

Il est bien plus riche en variétés que le diamant. A l'état de pureté, blanc et translucide comme lui, il peut le remplacer. Mélangé accidentellement avec divers oxydes métalliques, toujours disséminés en très-petites proportions, il contracte les teintes les plus vives et les plus diverses, et constitue, pour ainsi dire, autant de pierres précieuses différentes. Les principales, outre le saphir blanc, sont le saphir rouge ou rubis oriental des lapidaires, une des pierres les plus riches et les plus estimées ; le saphir vermeil ou rubis calcédonieux ; le saphir jaune ou topaze orientale; le saphir violet ou améthyste orientale; le saphir vert ou émeraude orientale; le saphir'bleu ou saphir bleu clair, saphir bleu barbot, saphir bleu indigo ; le saphir a reflets ou le saphir girasol, lançant des reflets composés très-vifs, d'une teinte rouge et bleue; le saphir chatoyant, avec des reflets nacrés, et le saphir astérie, présentant des reflets argentés qui se divisent en un étoile à six rayons perpendiculaires à l'axe de la pierre. La même substance présente donc les apparences les plus diverses. Les oxydes aux-

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quels sont dues ces teintes brillantes sont ceux de fer, de chrome, de nickel, de manganèse, ces oxydes se mêlent aux autres pierres dures aussi bien qu'au saphir, et de là vient que les mêmes couleurs se trouvent appartenir à des pierres d'une nature fort différente. Souvent ces couleurs sont tellement fugaces, qu'elles changent entièrement quand on expose les pierres qui les possèdent à une chaleur même modérée.

On trouve les saphirs comme les diamants dans le sable de certains ruisseaux ; mais leur gisement originaire est aussi dans les roches cristallines anciennes. Les plus beaux viennent de l'Inde, de Ceylan, du Pegu ; on en trouve aussi en Bohême et en France. Les variétés grossières et non cristallisées, connues sous le nom d'émeri, existent en grandes masses dans les terrains anciens, associées avec d'autres minéraux, tels que le talc, le fer oxydé, etc. On les exploite en grand pour les besoins de l'industrie; on en tire de l'île de Naxos, de l'Estramadure en Espagne, et de quelques autres localités; celui qui vient de la Chiné, et qui est un corindon beaucoup plus voisin de l'état de dureté que ceux-ci, est aussi dur et plus recherché. L'émeri est employé dans l'industrie pour tailler et polir les substances dures ; on le divise en qualités plus ou moins ténues, suivant l'effet que l'on veut obtenir. Bien différent du brillant saphir, il ne se vend guère que 2 francs le kilogramme.

Le Hubis Spinelle est une combinaison d'alumine et de la terre nommée magnésie. Il est beaucoup plus dur que le quartz, mais beaucoup moins que le saphir. Les formes naturelles de ses cristaux sont l'octaèdre et le do-

décaèdre. Sa couleur par excellence est le rouge rosé ; elle ne varie qu'entre le rose et le pourpre, et provient de la présence d'un peu de chrome. 11 y en a une autre variété, le spinelle pléonaste, qui est de couleur noire ou très-foncée, il est à peu près sans emploi dans la bijouterie.

Le rubis paraît appartenir aux terrains de micaschiste. On le recueille dans le lit des torrents à Ceylan et dans le Pegu ; mais on en possède des échantillons encore engagés dans la roche originaire. Le spinelle pléonaste est beaucoup plus abondant que le rubis rouge. .

Les rubis sont fort estimés dans le commerce de la joaillerie : on peut considérer leur prix comme environ moitié de celui des diamants. On leur affecte spécialement le nom de rubis balai et de rubis spinelle ; on les distingue du saphir rouge, nommé rubis oriental par les lapidaires, par leur dureté qui est moindre, et de la topaze brûlée nommée rubis du Brésil, parce que cette dernière pierre s'électrise par la chaleur. Quant aux grenats, leur teinte est toujours plus violacée.

La Topaze est une combinaison d'alumine, de silice et d'acide fluorique. Ses formes dominantes sont un prisme rhomboïdal, ou un prisme hexaèdre. Elle est rayée par le rubis, et s'électrise fortement par le frottement et par la chaleur.

Sa couleur par excellence est le jaune, tantôt pâle, tantôt très-foncé. Elle est susceptible cependant d'affecter diverses autres couleurs, qui en font, pour l'art du lapidaire, autant de variétés. On en trouve d'incolores connues sous le nom de gouttes d'eau, qui remplacent,

jusqu'à un certain point, le diamant. Il en existe de bleues et de violettes qui viennent du Brésil, mais qui sont extrêmement rares. La topaze jaune roussâtre, que l'on trouve aussi au Brésil, jouit de la propriété de changer sa couleur contre un rose plus ou moins vit lorsqu'on la chauffe à une chaleur modérée : elle offre alors, sous le rapport de son effet, beaucoup d'analogie avec le rubis.

Les topazes se rencontrent dans des terrains de granité, empâtées dans du quartz et dans du feldspath; et dans diverses autres roches anciennes. De même que la plupart des gemmes, on les recueille dans le sable des ruisseaux ; elles ne sont pas rares, mais il faut faire un triage pour séparer celles qui sont d'une belle eau de celles qui sont sans valeur. On en trouve au Brésil, en Saxe, en Angleterre, en Russie, à la Nouvelle-Hollande. Une topaze de la plus belle eau, de deux centimètres de diamètre, vaut environ 250 francs : les petites n'ont pas grand prix. On emploie les topazes, non-seulement pour la bijouterie ordinaire, mais encore pour la gravure en creux ou en relief.

L'Émeraude est une combinaison de silice, d'alumine et d'une terre nommée glucine. Ses formes cristallines les plus habituelles sont le prisme à six pans, plus ou moins modifié. On trouve dans le Limousin de ces cristaux qm ont plus de 25 centimètres de longueur ; mais leur opacité leur ôte tout leur prix. Les cristaux translucides sont en général de très-petites dimensions. Us sont rayés par les topazes. Leur couleur par excellence, qui est le vert, est due à l'oxyde de chrome ; mais il existe aussi des éme-

raudes de diverses autres couleurs ; il y en a de blanches, de jaunes, de bleues, connues sous le nom de Béril ; de vert pâle, sous celui de Aigues-marines. Il y en a enfin qui possèdent une belle teinte verte chatoyante, et qui sont fort estimées.

Les aigues-marines viennent des montagnes centrales de l'Asie, ainsi que des monts Ourals ; on les trouve dans le granité. Les émeraudes vertes viennent du Pérou, où elles sont engagées, soit dans le granité, soit dans le schiste. Les émeraudes chatpyantes viennent de la haute Egypte, où elles sont disséminées dans une roche de micaschiste.

Les émeraudes limpides et d'une belle teinte, connues sous le nom d'émeraudes nobles, sont extrêmement recherchées dans le commerce : on les paye jusqu'à 3 ou 400 francs le karat. Les aigues-marines sont beaucoup moins précieuses.

Il existe une autre combinaison de silice, de glucine et d'alumine, qui est connue sous le nom de Cymophane, et qui est fort estimée dans la joaillerie ; elle raye l'émeraude, et possède presque la dureté du saphir. Elle est d'un vert jaunâtre, et vient de l'Asie et du Brésil.

Le Zircon est une combinaison de silice et de la terre nommée zircone. Ses cristaux sont des octaèdres ou des prismes droits. Leur éclat n'est pas très-vif, mais il a quelque chose de gras qui rappelle un peu le diamant. Aussi les lapidaires donnent-ils le nom de diamants bruts aux variétés blanches. Les zircons ont beaucoup de peine à rayer le quartz ; ce peu de dureté, joint à leur peu d'éclat, fait qu'ils sont peu recherchés dans la bijoute-

rie. Leur teinte ordinaire est le rouge plus ou moins foncé. On ne les emploie que lorsque leur teinte est bien franche; on les désigne alors sous le nom d'Hyacinthe, nom commun également à quelques variétés de grenat.

On les trouve dans les terrains anciens ainsi que dans les terrains volcaniques; les sables de certains ruisseaux en renferment des quantités considérables. Leur valeur, même lorsqu'ils sont beaux, n'est pas fort grande.

Les Grenats sont des minéraux d une composition assez variable ; en général, on peut les regarder comme une combinaison de silice, d'alumine ou de peroxyde de fer, avec de la chaux, de la magnésie, etc. On les trouve cristallisés en dodécaèdres rhomboïdaux et en trapézoèdres : ces cristaux sont souvent arrondis. Ils ne sont pas très-durs, mais rayent cependant le quartz. Ils sont rarement diaphanes, et presque toujours d'une faible translucidité. Leur couleur principale est le rouge sombre. Cependant on en trouve d'un beau rouge coquelicot, qui sont les escarboucles des lapidaires, de vermeils qui sont les grenats nobles, de pourprés dits Syriens, d'orangés dits Hyacinthes ; enfin il y en a qui présentent une étoile rayonnante à six rayons, et que Ton désigne sous le nom de grenats astéries.

Les grenats sont très-répandus dans la nature : on les trouve disséminés dans les roches anciennes ou réunis dans les filons, principalement dans les gneiss, les terrains de ,talc et de micaschiste, même dans les grès et le calcaire, dans les terrains volcaniques et dans ceux

d'alluvion. Les cristaux atteignent souvent la grosseur du poing, mais ceux qui sont assez beaux pour servir à la bijouterie sont beaucoup moins volumineux.

Les grenats syriens, lesquels ne viennent pas de Syrie, mais du Pegu, sont les seuls qui aient véritablement quelque prix. Les grenats communs, comme ceux de Bohême et de Silésie, sont employés à la fabrication de colliers et de chapelets : on ne les estime guère qu'à trente ou quarante francs le kilogramme. On s'est fréquemment servi du grenat pour la gravure en pierres fines : il en existe de fort belles pièces dans les collections.

11 y a encore diverses autres pierres qui sont quelquefois employées dans la bijouterie à cause de la vivacité de leurs couleurs; mais comme elles sont moins dures que le quartz, et par conséquent de peu de durée, elles n'ont qu'une faible valeur. Telles sont Tldocrase d une teinte verte ou orangée ; le Péridot et TÉpidote d'un vert olive : le Disthène d'un beau bleu ; la Tourmaline qui offre une très-riche variété de nuances, le rouge, le rose, le jaune, l'orangé, le vert et le bleu. Celte dernière pierre a malheureusement peu de dureté et se dépolit promptement ; mais lorsqu'elle est fraîchement taillée, elle jouit du plus bel aspect, et se donne souvent par fraude pour les pierres de même teinte, mais beaucoup plus précieuses, dont nous avons parlé plus haut.

La Turquoise est une pierre bleue d'une charmante nuance, mais complètement dénuée de transparence; elle est d'un emploi assez fréquent dans la joaillerie. Il y en a de deux sortes : la Turquoise Pierreuse ou Orien-

taie, qui est d'un bleu céleste tirant quelquefois un peu sur le vert céladon ; c'est la pierre précieuse : elle vient de Perse. C'est une combinaison de silice et d'oxyde de cuivre ; elle raye le verre. La Turquoise Osseuse ou Occidentale n'est autre chose que de l'ivoire fossile coloré par du phosphate de fer : examinée de près, cette pierre laisse très-bien distinguer le détail du tissu animal dont elle est formée ; les acides l'attaquent et le feu la décompose. Elle est aussi d'un bleu moins beau que la Turquoise Orientale. On en trouve en France et en Allemagne ; et, avant que les lapidaires ne lui aient fait perdre sa forme naturelle, on peut constater, sans qu'il y ait à cet égard aucun doute, qu'elle provient de fragments d'os plus ou moins altérés. Une turquoise pierreuse d'un centimètre vaut environ 800 francs ; une turquoise osseuse de même dimension ne vaut guère que le quart de cette somme.

Le meilleur caractère que l'on puisse employer pour distinguer les pierres fines les unes des autres, et éviter ainsi des fraudes ou des erreurs qui ne sont que trop fréquentes, est celui de la densité. Il suffit de les peser alternativement dans l'air et dans l'eau, et de tenir compte de la perte de poids qu'elles éprouvent dans cette seconde pesée. M. Brard, qui s'est beaucoup occupé de ce qui a rapport à cette délicate industrie, a calculé des tables fort commodes pour les joailliers, qui donnent les poids comparatifs pour chaque espèce de pierre, depuis un gramme jusqu'à cent. Nous résumerons ce que nous avons dit des pierres fines en les rassemblant ici par groupes de même couleur, et en indiquant

les pertes respectives qu'un échantillon pesant un gramme dans l'air, éprouve lorsqu'on le pèse dans l'eau.

pierrres incolores. Un zircoii blanc pesant un gramme dans l'air, pèse dans l'eau 0,775; un saphir, 0,766; une topaze, 0,716; un diamant, 0,715; un quartz, 0,611 . Le diamant et la topaze éprouvant à peu près les mêmes pertes, il faut, pour les distinguer, appeler à son aide, soit la dureté, soit encore plutôt l'électricité par la chaleur, caractère qui n'appartient pas au diamant.

pierres rouges. Un saphir rouge d'un gramme pèse dans l'eau 0,766 ; un grenat, 0,750 ; un rubis, 0,722 une topaze brûlée, 0,716 ; une tourmaline, 0,690.

pierres bleues. Saphir bleu 0,766 ; disthène 0,717 topaze 0,716; tourmaline 0,690; émeraude 0,633.

pierres vertes. Saphir vert 0,766; péridot 0,708 tourmaline 0,690 ; émeraude et aigue-marine 0,633.

pierres jaunes. Zircon 0,775; saphir 0,766; cymophane 0,758; topaze 0,716; tourmaline 0,690; émeraude 0,635 ; quartz 0,611.

tierres violettes. Saphir 0,766; tourmaline 0,690; quartz améthyste, 0,611.

pierres rrun rougeatre ou jaunâtre. Zircon 0,775; grenat 0,750 ; tourmaline 0,690.

pierres chatoyantes. Saphir 0,766 ; grenat 0,750 ; cymophane 0,758; émeraude 0,635; quartz 0,611; feldspath 0,592.

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