‹ Histoire élémentaire des minéraux usuelsChapitre 18 sur 50 · DE LA TERRE A PISÉ ET A BRIQUES · texte numérisé non relu

DE LA TERRE A PISÉ ET A BRIQUES

La terre peut s'élever en murailles et servir à l'habitation de l'homme ; on l'applique à cette usage dans les contrées où la pierre est trop rare ou trop coûteuse. Cela se voit souvent dans les plaines qui bordent les grands fleuves, tant par la raison que les carrières, qui ne sont en général que sur le penchant des collines, ne se trouvent point à portée des habitants, que parce que la terre qui forme leur sol est éminemment propre à ce genre de bâtisse. Ainsi, en Egypte, dans les grandes vallées de la Chine, sur le cours du Rhône, en divers points de l'Italie , les constructions, et particulièrement celles de la campagne, les villages et les murs de clôture, sortent simplement de la terre qui les soutient. Cette méthode a l'avantage d'être extrêmement économique, ce qui est cause qu'elle est en vigueur, même dans les localités où l'on a de la pierre à sa disposition, et où l'on pourrait par conséquent s'en passer. Elle est tellement naturelle, qu'elle est de tous les temps comme de tous les pays. Pline la décrit avec beaucoup de détails, et elle n'a subi aucune variation sensible depuis les temps antiques jus* qu'à nous. D'un autre côté les voyageurs qui ont visité la Chine nous rapportent qu'elle y est pratiquée exacte* ment de la même manière et avec les mêmes ustensiles que chez nous. Elle est donc universelle.

Ces constructions en terre crue sont ce que l'on nomme dans nos pays le pisé. L'argile sableuse, mêlée de quelques graviers, est la terre la plus convenable pour les exécuter. C'est précisément le genre de terre que transportent ordinairement les rivières.. Pour s'en servir, on commence par séparer les cailloux trop volumineux, puis on entasse la terre, légèrement humectée, entre deux planches verticales convenablement assujetties; on la dame fortement à coups de masse, puis on enlève les planches, et on les replace au-dessus de la partie déjà construite, pour continuer le travail. On soude chaque zone avec la zone qui lui succède par une couche de mortier ou de terre grasse. La terre, grâce au gravier qu'elle contient, éprouve très-peu de retrait en se séchant; et la densité qu'elle prend par le battage fait qu'elle devient fort consistante, et résiste, quelquefois pendant plusieurs centaines d'années, aux attaques et aux violences de l'air.

Dans quelques endroits, Jes villageois emploient, pour construire leurs maisons, une terre grasse et argileuse moins consistante que la terre à pisé. Ils lui donnent la solidité qui lui manque en la pétrissant avec de la paille hachée ; ils ne s'en servent que pour remplir les intervalles des pièces de bois qui forment le cadre de la construction; c'est ce que l'on nomme le torchis. Ce tra^ vail est encore plus simple et plus expéditif que celui du pisé, mais il est moins durable.

Enfin, la terre argileuse sert à la fabrication des briques crues. Le pisé lui-même n'est qu'un assemblage de grandes briques faites sut* place : mais il faut une lerfe

plus grasse et plus résistante pour des pierres destinées à être transportées. Néanmoins, quand la terre est trop grasse, le dessèchement y produit des crevasses ; on remédie à cet inconvénient en la mêlant, comme pour le torchis, avec de la paille hachée, et en la faisant sécher lentement et à l'ombre. Ce genre de construction est d'un grand usage dans les pays chauds, où le bois à brûler est généralement rare, et où l'ardeur du soleil finit par donner à la terre ainsi préparée une grande solidité. Il est connu depuis la plus haute antiquité : les murailles de Babylone étaient bâties de cette manière : le limon de la vallée de l'Euphrate avait fourni la matière première, et les briques étaient assemblées avec un ciment de bitume. On faisait aussi, en Egypte, une grande consommation de briques crues : il paraît que les tribus juives, durant le temps où elles faisaient partie de la population de ce pays, étaient spécialement consacrées à ce genre de travail ; une des premières persécutions des Égyptiens, au rapport de l'Exode, consista à refuser aux travailleurs la paille qui leur était livrée pour la confection de leurs briques, et à les obliger à aller en ramasser eux-mêmes dans les champs, avec peine du fouet pour ceux qui ne rempliraient pas leur tâche : ce fut là le principe de leur révolte. La fabrication des briques crues se trouve donc ainsi liée au principe de l'une des plus importantes histoires des temps antiques.

De nos jours on a considérablement perfectionné cette fabrication ; on a substitué le durcissement produit par la pression mécanique au durcissement produit par la •chaleur. Le ^refoulement des particules les unes sur les

autres, par une pression extérieure, opère le même effet que le reirait causé par l'évaporation de l'eau, et il n'y a point à craindre de gerçures. On se sert d'une terre ar- % gileuse réduite en poudre, et légèrement humectée ; on la jette dans des moules de fonte, et on l'y comprime vivement à l'aide d'un balancier ou d'une presse hydraulique. Ces briques sont de meilleure qualité, mais aussi de prix plus élevé que celles qu'on se procure par la méthode commune.

La plupart du temps on cuit les briques ; cette opération force les particules de l'argile à se souder les unes avec les autres, et transforme la terre en une pierre véritable. Toutes les terres un peu grasses, de quelque variété que ce soit, pourvu qu'elles ne contiennent pas une trop grande quantité de chaux, à un état quelconque de combinaison, peuvent servir à cet usage ; la chaux, quand elle y est intimement mélangée, a le désavantage d'être cause que les pièces se déforment et se fondent dans le feu ; et quand elle est mélangée par petits fragments, ces fragments se réduisent en chaux vive par le feu, et se délitant ensuite, font bientôt tomber la pierre en éclats. Presque toujours l'argile contient une certaine quantité d'oxyde de fer qui, en passant par l'effet de la haute température à un état d'oxydation différent, devient rouge et communique aux briques la couleur qui les caractérise. 11 y a des briques qui proviennent d'argiles, même colorées, mais dépourvues de fer, et qui sont après leur cuisson parfaitement blanches. On a souvent besoin, pour certains usages, et notamment pour la construction des fourneaux, de briques capables

de résister sans éprouver d'altération, aux températures les plus élevées. On les fait avec des argiles entièrement pures, c est-à-dire renfermant seulement de la silice et de l'alumine en certaines proporlions.Nous reparlerons de ces argiles en traitant des poteries réfractaires.

On cuit les briques dès qu'elles sont sèches, soit dans des fourneaux particuliers et permanents, soit dans des fourneaux faits avec des briques elles-mêmes. Cette dernière méthode, qui est la plus économique, est celle des Flamands. Le feu doit être conduit avec lenteur et ménagement, sans quoi les briques du centre se fondent et se coagulent, et celles de la surface restent à demi cuites; au surplus, le travail est sans difficulté. Les tuiles et les carreaux se font de la même manière que les briques, en mettant cependant un peu plus de choix dans la qualité de la terre.

Tous les combustibles, même ceux de la plus mauvaise espèce, les fagots, les tourbes, les lignites, sont suffisants pour la cuisson des briques. On établit ordinairement les centres de fabrication à proximité du combustible et sur les points où il est le moins coûteux. Quant à la terre, il y a bien peu de localités où Ton ne puisse en trouver de convenable, du moins pour la briqueterie commune. On prend, soit des terres superficielles et végétales, soit des argiles marneuses, soit enfin des argiles pures qui existent en couches souterraines à la manière des marnes, et dont il va être spécialement question dans l'article suivant.

La valeur des briques, vu le vil prix de la terre, se compose uniquement de la valeur de la main-d'œuvre et

de la valeur du combustible employé à les cuire. Cette valeur n'est jamais bien grande. Cependant, cette industrie est si bien de première nécessité et occupe tant de monde, que la richesse annuellement tirée de la terre, en France, par la production des briques, peut être évaluée à plus de cinquante millions de francs.

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