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DE LA TERRE A PORCELAINE

La terre à porcelaine, ou kaolin, est une argile qui provient d'une décomposition particulière du feldspath contenu par grandes masses dans le granité ; on la trouve toujours au contact du granité, remplissant des fentes ou formant des amas plus ou moins puissants. Elle est blanche ou très-légèrement colorée, friable, maigre au toucher, et fait difficilement pâte avec l'eau. Au feu, même le plus violent, elle n'acquiert, lorsqu'elle est parfaitement pure, presque aucune consistance. Lorsqu'au contraire elle se trouve mélangée avec une certaine quantité de feldspath non décomposé, elle y éprouve, sans se déformer, une demi-vitrification, grâce à laquelle elle devient dure, sonore, translucide, inaltérable ; c'est ce que l'on nomme la porcelaine. Cette argile est caractérisée chimiquement par la forte proportion d'alumine qu'elle contient ; il y en a presque autant que de silice.

Voici la composition de la terre à porcelaine de Saint- Yriex, près de Limoges, qui alimente presque toutes les manufactures de France. Silice, 42 ; alumine, 35 ; eau, 12 ; feldspath non décomposé, 10 ; chaux ou potasse, 1.

Les dépôts de kaolin sont plus rares que ceux d'argile commune, cependant il y a peu de pays un peu étendus qui n'en possèdent. En France, il en existe près de Limoges, d'Alençon, de Bayonne, de Cherbourg, etc. ; il y en a dans diverses localités, en Allemagne, en Angleterre, en Italie ; en Sibérie, les Russes en ont découvert d'importants gisements ; et enfin en Asie, et surtout à la Chine et au Japon, on en exploite depuis des siècles. Dans tous ces lieux le kaolin est toujours enclavé dans la roche primitive, et au contact de formations granitiques extrêmement riches en mica, ce qui est un indice dans les recherches de cette terre.

La porcelaine se fabrique à peu près comme les autres poteries, mais elle exige une plus grande délicatesse dans la main-d'œuvre. Le vernis que l'on emploie est du feldspath réduit en poudre très-fine. On l'applique par l'immersion des pièces à demi' cuites dans une eau qui le tient en suspension. Il se précipite sur la surface et par l'action du feu, non-seulement il se vitrifie, mais il force les parties du kaolin, avec lesquelles il est en contact, à se joindre à lui et à se vitrifier aussi. C'est ce qui est cause que dans les porcelaines la couverte fait corps avec la masse : elle peut s'user par le service, mais elle n'éclate jamais. Le feu doit être conduit avec upe grande vigueur. La peinture et la dorure sont l'objet

de soins et de procédés particuliers, dans le détail desquels nous n'avons point à entrer: on est souvent obligé, pour terminer ces brillants revêtements, de faire passer les porcelaines à plusieurs feux.

La fabrication de la porcelaine est en vigueur en Orient depuis la plus haute antiquité. Il ne paraît pas qu'il en soit jamais venu en Occident dans les temps anciens : cette magnifique production n'aurait pas manqué d'exciter l'admiration des Grecs et des Romains, et l'on ne trouve aucune trace de son existence, ni dans les débris de leurs monuments, ni dans les écrits de leurs auteurs. Les élégantes poteries à pâte colorée, si célèbres sous le nom des Étrusques, sont ce qu'ils ont connu de plus . parfait dans ce genre. Les Égyptiens n'ont jamais eu non plus de terres cuites que l'on puisse comparer aux porcelaines.

La Chine est le pays classique de cette poterie. Elle y est abondante, et communément employée par tout le peuple. On la fait même servir à la décoration des édifices ; et il faut convenir que ce luxe vaut bien celui du marbre ; c'est la brique élevée à son plus haut point de brillant et d'excellence. Il y en a des variétés qui sont consacrées au service du thé dans les maisons opulentes, et qui sont d'une finesse et d'une légèreté merveilleuses ; leur fabrication est l'objet des soins les plus minutieux, et on les achète à grand prix.

En Europe, la création de la porcelaine est tout à fait moderne. Celle de Chine y était connue depuis le seizième siècle; dès la fin du dix-septième, les chimistes avaient fait quelques essais infructueux pour l'imiter;

mais c'est à la France et au dix-huitième siècle qu'appartient l'honneur d'avoir doté le monde occidental de cette précieuse poterie. La manufacture royale de Sèvres est la première que l'on y ait vu, et elle n'a guère plus de cent ans d'existence. La France s'est acquis dans ce genre de fabrication une supériorité incontestable : sous le rapport du fini et du volume des pièces qu'elle produit, elle peut rivaliser avec la Chine, et sous le rapport de l'art et du bon goût, soutenue par l'imitation des modèles antiques, par le secours de la chimie et le génie de ses artistes, elle a mis dans le monde des poteries plus parfaites que tout ce que les temps antérieurs ont pu voir. La production augmente d'ailleurs avec une rapidité croissante; les porcelaines blanches sont sur tous les marchés, et par leur bas prix, joint à leur durée, elles gagnent peu à peu du terrain, et chassent les faïences des ménages même les plus modestes. On porte à dix millions le produit annuel des manufactures françaises; une partie s'en exporte à l'étranger.

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