DES TERRES COLORÉES
Certaines terres possèdent des couleurs brillantes fet inaltérables qui sont employées avec succès dans la peinture. Les ocres tiennent le premier rang. Ils sont connus même des peuples sauvages, qui les recherchent avec avidité pour s'en farder le corps. Ils tracent sur leur peau divers dessins avec cette terre, qui leur tient lieu deparure. Chez nous on en revêt les façades et l'intérieur des maisons, quand le luxe ne conduit pas à d'autres ornements : cela leur donne une apparence brillante et
de propreté. Quelques variétés sont employées en peinture.
L'ocre jaune doit sa couleur à de l'oxyde de fer : c'est une argile quelquefois très-siliceuse, chargée d'une rouille très-fine et très-disséminée. Cette substance n'est point rare, et sa consommation est très-considérable. On la trouve en couches comme les argiles ordinaires, dont elle n'est distincte que par le caractère particulier de sa couleur. On en tire beaucoup de Bourgogne. Les eaux boueuses qui sortent des galeries de mines, et qui sont fréquemment chargées de fer, donnent des dépôts ocreux qui peuvent être utilisés comme les précédents. Les sédiments de certaines eaux minérales peuvent aussi être employés aux mêmes usages. La préparation de l'ocre est très-simple ; après avoir lavé la terre, si elle en a besoin, on la découpe par morceaux que l'on laisse sécher, et que l'on expédie.
La plus grande partie des ocres débités par le commerce sert pour les peintures à la collé ou à la détrempe. La peinture à l'huile en prend moins. Les ocres des nuances les plus délicates prêtent cependant leur secQurs à l'art : tels sont, la terre de Sienne, l'ocre de Ithue, la terre d'Ombre, etc., qui ne sont que des ocres très-finement broyés.
L'ocre rouge est coloré par l'oxyde rouge de fer ou peroxyde. Il est beaucoup plus rare que le précédent, mais il est aussi employé fréquemment dans les arts et dans la vie commune. L'oxyde jaune calciné à l'air se transformant en peroxyde, il en résulte que les ocres jaunes calcinés ou brûlés se changent en ocres rouges.
Quelques-uns cependant se prêtent mal à cette opération, et prennent une teinte de rouge noirâtre peu agréable. et peu recherchée. Cependant la terre d'Ombre brûlée, qui rentre dans cette. catégorie, est assez estimée des peintres, la terre de Sienne, au contraire, prend la teinte rougeàtre par la calcination.
Quand l'argile est très-chargée de fer, sa masse présente une couleur sombre, mais sa poussière n'en a pas moins une couleur fort vive. Cette variété est ce qu'on nomme la sanguine. Elle fournit le crayon des charpentiers et des maçons. Elle s'attache fortement aux surfaces, et ne s'efface point. Pour en faire les crayons de dessin, aujourd'hui à peu près tombés en désuétude, on y ajouté une petite quantité de savon et de gomme arabique. Il en existe une couche considérable à fleur de terre, à Tholey, près de Sarrelouis. C'est de là que vient, à peu près, toute celle que l'on consomme en France. On en trouve du reste en plusieurs autres lieux.
Les terres vertes de Vérone et de Hollande sont des argiles colorées par une combinaison d'oxyde de fer et de silice qui s'y trouve disséminée. Leurs teintes sont fort belles et fort durables, et l'on en fait grand cas, surtout de la première, pour la peinture à fresque et la peinture à l'huile.
Enfin nous pouvons encore dire ici quelques mots du blanc d'Espagne ou blanc de Champagne, qui n'est autre chose qu'une craie friable et terreuse. Quand la craie est assez pure, on se contente de la pétrir avec de l'eau pour en bien écraser toutes les parties, et de la
mettre en pains. Quand elle est un peu sableuse, ou quand on veut des blancs plus fins, on la lare après Tavoir réduite en bouillie claire. Les parties les plus grossières se déposent d'abord, et on les sépare du reste, que Ton recueille plus tard et que Ton moule de la même façon. Ces blancs, dont une grande partie se prépare près de Meudon, sont d'un usage très-commun dans la peinture en badigeon et dans diverses autres industries. C'est aussi la craie qui forme l'élément principal des crayons blancs.