Cristaux de soufre
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bon pur y est rare. On peut, il est vrai, par des moyens que la science enseigne, isoler le charbon des diverses combinaisons dans lesquelles il était engagé, et l'obtenir artificiellement dans son état de pureté ; mais on n'est pas parvenu, jusqu'à présent du moins, à forcer ses molécules à se ressouder et à se mettre en rapport de cristallisation les unes avec les autres. Elles restent désunies ; leur ensemble, au lieu de se laisser traverser par la lumière et de la réfléchir en partie, l'absorbe et paraît noir ; leur état de division et leur écartement font qu'elles s'embrasent assez facilement ; leur demi-adhérence, causée souvent par des matières qui leur sont mélangées, donne à leur masse une consistance variable, mais qui n'est jamais bien grande. On prépare sans peine du charbon pur en calcinant du sucre dans un vase clos ; et l'on peut comparer la relation qui existe entre cette poussière noire et le diamant, à la relation qui existe entre la fleur de soufre et le soufre en cristaux : si le soufre n'était pas si aisément fusible, il ne serait pas si facile de le faire passer de l'état de poussière à celui de cristal : de même pour le charbon ; si on réussissait à fondre sa poussière, elle se changerait, suivant toute probabilité, en diamant.
Le charbon joue un rôle important dans tous les règnes de la nature, mais particulièrement dans le règne végétal et dans le règne animal. Tous les individus appartenant à ces deux grandes divisions possèdent, au nombre des principes constitutifs de leur corps, une quantité considérable de charbon. Dans les végétaux, il est combiné avec de l'hydrogène et de l'oxygène, et
dans la cbair des animaux il se joint à ces éléments un peu d'azote ; c'est là le fond principal du bois comme de la chair; tout le reste n'est qu'accessoire. Cette multitude d'êtres, si différents les uns des autres, si variés eux-mêmes dans leurs diverses parties, si admirablement compliqués, toute cette population qui couvre et anime la surface de la terre, doit son existence à ces trois ou quatre substances combinées en toutes sortes de façons et de proportions lés unes avec les autres. Le charbon figure toujours parmi elles au premier rang.
Le règne minéral contient également une grande quantité de charbon ; mais il n'y est pas aussi essentiel qu'aux deux autres. Combiné avec de l'oxygène, puis avec de la chaux, il concourt à constituer la masse même des calcaires, c'est-à-dire une des portions les plus notables de la croûte stratifiée de la terre. 11 entre dans la composition de ces roches pour environ un neuvième. Il fait également partie de tous les carbonates. On ne le trouve hors de la présence de l'oxygène que dans le diamant, et dans le graphite (substance avec laquelle on fait les crayons, dits de mine de plomb) qui est une combinaison de charbon et de fer. Partout ailleurs, le charbon est associé avec ce gaz pour lequel il a une si grande affinité. Le résultat de leur combinaison, laquelle dans sa vivacité produit le beau phénomène connu sous le nom de combustion, est une substance gazeuse trèsrépandue dans la nature, l'acide carbonique. L'acide carbonique figure dans la composition de l'atmosphère; sa proportion qui est peu considérable relativement à la masse de l'air et qui varie selon le cours des saisons,
équivaut cependant à une couche mince de charbon dont serait saupoudrée toute la superficie de la terre. Il sort en un grand nombre de lieux de l'intérieur du globe, soit à l'état gazeux, soit à l'état de dissolution dans l'eau. Néanmoins l'origine de la plus grande partie de celui qui est disséminé dans l'atmosphère, doit être attribuée, non point à la nature minérale, mais à l'action des animaux et des végétaux qui en produisent continuellement par la combinaison des éléments de leurs corps avec l'oxygène de l'air. C'est aussi à la nature or* ganique que l'on doit rapporter en premier lieu la formation des houilles et généralement de tous les combustibles fossiles. Ces substances se composent d'anciens résidus de la végétation, profondément altérés et modifiés par les circonstances de leur séjour dans la terre. C'est un emprunt fait par le règne minéral au règne végétal, mais transformé par le premier et rangé entièrement dans son domaine : il y occupe une place remarquable, tant sous le rapport de la science que sous celui de la richesse industrielle, et l'étude de cette matière fera le sujet principal de ce chapitre.
Nous ne nous arrêterons pas à faire valoir l'importance des combustibles que le bras des mineurs arrache infatigablement aux entrailles de la terre ; leur pioche est devenue un instrument pour ainsi dire aussi indispensable aux sociétés civilisées que le soc des charrues. La houille est un des aliments les plus essentiels à l'industrie; elle est presque aussi bienfaisante pour l'homme que le soleil, et elle présente de plus l'avantage d'être placée sous sa main et d'obéir à ses ordres : elle lui donne la cha-
leur, elle lui donne la lumière, elle lui donne la force et la fécondité. Grâce aux merveilles qu'elle produit, le monde a pris des allures nouvelles, et devant lesquelles les peuples qui l'ont habité autrefois demeureraient confondus d'étonnement. Les manufactures les plus délicates et les plus compliquées marchent par l'impulsion du feu, et exécutent leurs travaux avec une exactitude que rien n'égale; les bateaux remontent les fleuves les plus rapides comme d'eux-mêmes, et triomphent du refus des vents et du soulèvement de FOcéan comme par enchantement ; les chariots débarrassés de leurs attelages, courent spontanément sur les chemins et se rendent où on leur a commandé ; on dirait un génie invisible qu^ s'est venu mettre aux gages de l'homme, pour manœuvrer ses marteaux et ses métiers, faire le service de ses transports par eau et par terre, et remplacer avec une supériorité gigantesque les esclaves et les bêtes de somme dans les mille endroits où ils versaient autrefois leur sueur. Ce génie existe en effet, et c'est la puissance de la nature atteinte par l'esprit humain et soumise à ses lois. Puissance endormie depuis des siècles, comme ces dragons de la fable, dans les profondeurs léthargiques de la terre, l'homme est venu la réveiller et lui dicter sa mission. C'était pour lui que cette splendide végétation des temps géologiques, au heu de se dissiper sans rien laisser après elle, était venue s'enfouir dans les entrailles protectrices de la terre, lui préparant ainsi d'inépuisables trésors de charbon. Avant qu'il ne fût né, la surface du globe était déjà son domaine, et la main de la Providence se chargeait de recueillir pour lui sous le so-
leil, et de lui conserver lefc seules récoltes qui lui pussent servir. Elles sont à lui aujourd'hui, ces richesses : il en a pris possession ; par elles le caractère de son industrie a commencé à changer, et il entrevoit devant lui un avenir où, grâce à tant de secours tirés de la nature, la situation physique de sa race pourra changer entièrement.