DE L'ANTHRACITE
L'anthracite se distingue de la houille en ce qu'il ne contient presque pas de bitume. Il est presque uniquement composé de charbon uni à une quantité variable de matières terreuses. Son aspect est t à peu près le même que celui de la houille, cependant il présente certains caractères particuliers difficiles à définir, mais que l'œil apprend aisément à connaître. Sa texture est ordinairement compacte, quelquefois lamelleuse : il tache les
doigts, ce que ne fait point la houille. Mais la principale différence entre F anthracite et la houille vient de ce qu'on ne peut allumer l'anthracite qu'avec la plus grande difficulté : cela tient à ce qu'il ne renferme presque pas de parties volatiles, et que, dans tous les combustibles, ce sont ces parties qui sont le plus facilement inflammables, et qui, par la chaleur qu'elles dégagent, décident la combustion des parties fixes. L'anthracite ne brûle donc que lorsqu'il est fortement échauffé; mais une fois qu'il est embrasé, du moins en grandes masses, sa combustion se soutient delle-môme, en produisant une très-haute température, une lumière trèsintense et une flamme peu sensible. L'anthracite, quelle que soit sa compacité, renferme presque toujours une certaine proportion d'eau, qui est mécaniquement disséminée dans son intérieur ; il y en a jusqu'à 5 à 6 pour 100. Cette eau, qui cherche à se dégager lorsqu'elle éprouve la surprise de la chaleur, est cause d'un grave inconvénient, c'est que le combustible s'éclate en une multitude de petits fragments qui s'entassent l'un sur l'autre, empêchent la circulation de l'air, et étouffent le feu.
L'anthracite est, comme la houille, le produit d'un ancien enfouissement de végétaux. Il se lie à la houille par des passages insensibles, se trouve quelquefois au milieu des couches de houilles par lits et par rognons, et se montre aussi accompagné dans ses gisements d'empreintes végétales. On rencontre presque constamment les terrains à anthracite avec d'autres terrains provenant, sans aucun doute, de l'action du feu, comme les porphyres, les amygdaloïdes, etc. Aussi, dans la partie
de la croûte terrestre située au-dessous du terrain houiller, et dans laquelle ce» terrains ignés sont fort abondants, toutes les couches de combustibles sont de Tan thracite; dans les terrains houillers, on a des exemples de houille qui se change en anthracite au voisinage des masses de porphyre qui la traversent quelquefois ; enfin, au-dessus des terrains houillers, dans les montagnes qui ont été travaillées par des roches ignées, on retrouve encore de l'anthracite. Ce double rapprochement de l'anthracite avec la houille et les roches anciennement ' fondues, fait assez naturellement penser que ce combustible n'est que de la houille calcinée dans certaines circonstances par les éruptions porphyriques, et privée ainsi de son bitume. L'anthracite ne serait donc qu'un coke particulier, cuit sous une grande pression, et dans la profondeur de la terre.
L'anthracite est certainement moins utile à l'industrie que la houille; cependant, avec quelques soins on peut en tirer bon parti. Dans beaucoup de pays il est encore négligé. Il en existe en France des dépôts importants dans les départements des Hautes-Alpes, du Gard, de l'Isère, de la Sarthe et de la Mayenne. On s'en sert pour la cuisson de la chaux, des briques, des poteries, pour le chauffage des fours de verrerie, pour celui des foyers domestiques, etc. Son emploi est assez limité ; néanmoins, sa présence dans certaines localités est devenue très-favorable à l'agriculture, en permettant aux cultivateurs de préparer de la chaux en grande quantité et à bas prix.Dans l'Amérique du Nord, l'anthracite joue un bien plus grand rôle que chez nous ; si l'Angleterre
est le pays classique de la houille, l'Amérique est celui de l'anthracite. Les dépôts d'anthracite forment une grande partie de la contrée qui s'étend à l'est de la chaîne des Alléghanys; la Pensylvanie, le Connecticut et la Virginie doivent à ce combustible une grande partie de leur prospérité. Il y est répandu avec une profusion extraordinaire ; en quelques endroits, les couches atteignent jusqu'à 30 ou \0 mètres d'épaisseur, et se continuent régulièrement avec une épaisseur de 10 à 20. Chose remarquable, il n'y a pas plus de cinquante ans que les populations, qui tirent aujourd'hui tant de richesse de ce minéral ont commencé à l'exploiter d'une manière un peu sérieuse. Jusque-là, comme on ne le considérait que comparativement à la houille, sans s'inquiéter de ce que son usage pouvait réclamer de particulier,, on s'était habitué à le regarder comme à peu près sans valeur, et comme une sorte.de combustible imparfait. Aujourd'hui, dans les pays où l'on a appris à s'en servir, il vaut la houille. .Nous aurions à imiter sous ce rapport l'exemple de l'Amérique, et à faire, sans nous lasser, de nouveaux essais pour l'appliquer à des emplois plus multipliés que ceux auxquels il sert présentement. On avait tenté de s'en servir pour la, fusion du minerai de fer dans les hauts fourneaux, mais des expériences défavorables et coûteuses ont fait abandonner cette idée.
La quantité d'anthracite extraite en France en 1859 s'est élevée à 6,885,758 quintaux métriques ; on pourrait, si l'activité des industries qu'elle alimente était plus soutenue, en extraire bien davantage.