‹ Histoire élémentaire des minéraux usuelsChapitre 29 sur 50 · DU LIGNITE · texte numérisé non relu

DU LIGNITE

Le lignite est un charbon minéral différant de la houille sous plusieurs rapports, mais principalement en ce qu'il est plus moderne, et que les traces de son organisation végétale sont moins effacées. Sa couleur varie depuis le noir le plus intense jusqu'au brun roussâtre. Tantôt il est compacte et fragile ; tantôt, au contraire, il est fibreux, résistant, et peut se travailler à la scie ou à la hache comme le vrai bois. Il brûle ordinairement avec une grande flamme claire, et en 'répandant une odeur particulière, acre, et tout à fait distincte de celle de la houille. Il donne généralement fort peu de coke et une cendre légère, blanche ou rougeâtre ; il ne s'agglutine point dans le feu, et demeure en morceaux séparés pendant tout le temps de sa combustion. La chaleur qu'il produit est beaucoup moins grande que celle que l'on obtiendrait d'une même quantité de houille.

On en distingue quatre variétés principales : 1° le jai ou jayet, dont la couleur noire est caractéristique ; ce charbon est très-compact, sa cassure est brillante, et son tissu fibreux ne se manifeste que lorsque l'on en a chassé le bitume par la chaleur ; il est assez rare, et l'on s'en sert pour faire des parures de deuil et d'autres ornements ; 2° le lignite friable, qui est moins noir et moins

solide que le précédent, et qui, à peine sorti du sein de *a terre, se délite en une multitude de petits fragments, ce qui est fort incommode pour l'industrie ; 3° le lignite terreux qui est un bois pourri ; il a l'aspect d'une terre ; quand il est humide, on peut le mouler comme de l'argile; on aperçoit çà et là les traces de son tissu fibreux, mais il suffit de le presser dans la main pour que ces traces disparaissent ; il est fréquemment associé avec la variété suivante; 4° le lignite fibreux est celui où le tissu végétal est le mieux conservé ; il a quelquefois la couleur du bois, se fend, se coupe en copeaux, et peut servir à la charpente lorsqu'il est en grandes pièces.

Ainsi, cette succession de variétés entre lesquelles il y a une gradation insensible, nous conduit depuis le jayet, qui ressemble, à s'y méprendre, à certaines variétés de houille, jusqu'au lignite fibreux, qui n'est que du bois, et qui ne diffère, sous aucun rapport essentiel, des amas de bois qui sont encore aujourd'hui charriés par les grandes rivières, et transportés au loin par les courants de l'Océan.

Le lignite est, comme nous l'avons déjà dit, d'une formation plus moderne que la houille ; cette différence d'âge est constatée, parce que les terrains où l'on rencontre le. lignite sont toujours placés au-dessus de ceux qui renferment la houille ; le combustible s'y trouve luimême à diverses hauteurs, suivant qu'il est plus ou moins récent. Il est amassé, comme la houille, par couches moulées sur les inégalités du bassin qui les contient. Mais ce qui est fort remarquable, non-seulement

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sous le rapport de l'histoire de 'l'ancienne végétation du globe, mais sous celui de la géographie industrielle, c'est que ces couches n'atteignent jamais la puissance des couches de houille, et ne sont non plus jamais aussi multipliées. 11 n'y a pas de gisement houfller qui ne soit un centre de richesse manufacturière, ou ne soit capable de le devenir ; il y a au contraire un très-grand nombre de gisements de lignite qui sont des lieux toutà-fait pauvres, et il y en a fort peu qui soient le sujet d'une exploitation bien vigoureuse.

Urite des méprises les plus habituelles aux personnes étrangères à la minéralogie, est de confondre le lignite avec la houille : on met la main sur un échantillon de lignite, et parce que c'est du charbon, on se figure avoir trouvé les indices d'une mine de houille : on perce des puits, on creuse des galeries, on se ruine en dépenses considérables, et en définitive on parvient à une maigre couche de lignite de 4-0 à 50 centimètres d'épaisseur, fournissant un mauvais charbon, et de qualité trop médiocre pour mériter les frais d'aucun transport. Si l'on avait commencé par s'assurer que les terrains dans lesquels on se proposait d'ouvrir des recherches étaient plus modernes que le terrain houiller, on aurait su à l'avance, et d'une manière incontestable, ce qu'il était possible d'y rencontrer, et Ton ne se serait pas vainement flatté de la chimère d'une mine de houille. Dédain fâcheux de la science ! il n'y a peut-être pas d'article de l'art des mines qui soit établi sur des principes plus certains que cette distinction entre le gisement de la houille, et de ce qu'on peut nommer la fausse .houille, et c'est

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celui sur lequel on commet journellement et presque partout le plus grand nombre d'erreurs. 11 suffit de dire, pour faire comprendre la cause de tant de déceptions, qu'il y a des lignites en plus ou moins grande abondance, non-seulement par couches peu épaisses, mais par troncs épars, par fragments de branches, dans presque tous les terrains secondaires ; rien n'est donc plus commun que d'en trouver quelques morceaux, et l'esprit, toujours disposé à s'exagérer l'importance des découvertes que le hasard lui procure, s'emporte bien vite à rêver la fortune.

Les lignites ne sont cependant pas sans valeur, surtout dans les pays où les autres combustibles ne sont pas abondants. Leur exploitation, lorsque les couches méritent attention par leur épaisseur, ne doit donc pas être négligée. Malgré l'odeur désagréable due à leurs principes, et au sulfure de fer dont ils sont fréquemment chargés, et qui répand ce gaz irritant produit par la combustion du soufre, on peut les employer pour le chauffage domestique, et pour celui de diverses sortes de manufactures. L'exploitation se fait souvent à ciel ouvert, ce qui permet de livrer les lignites à très-bas prix. Dans quelques endroits, on les brûle sur place pour en retirer les cendres qui servent à l'amendement des terres ; dans d'autres endroits, la quantité de sulfure de fer et d'argile dont ils sont mêlés fait qu'il s'y produit par la combustion divers sulfates, que l'on retire ensuite des cendres en les lessivant ; ces lignites deviennent ainsi le principe de fabriques souvent fort importantes de vitriol et d'alun. Dans les environs de Cologne,

il y a un dépôt de lignite de plusieurs lieues d'étendue, et qui, sur quelques points, atteint jusqu'à 20 mètres d'épaisseur ; il est formé de troncs d'arbres entassés confusément, et dont quelques-uns ont encore toute leur élasticité. Ce dépôt, qui est une des plus belles formations de lignite que Ton puisse citer, est exploité pour la fabrication de l'alun, et pour le chauffage des maisons peu riches et d'une multitude de fabriques.

Il existe auprès de Paris deux dépôts de lignites fibreux formés dans les temps reculés par les eaux de la Seine; l'un se trouve au port à l'Anglais, l'autre dans nie de Ghatou ; ils n'ont jamais été exploités d'une manière suivie, ni l'un ni l'autre, et ne méritaient vraisemblablement pas d'être traités avec plus de considération.

Nous ne devons pas omettre, parmi les dépôts de lignite que nous mentionnons, celui de la Belle-Étoile en Dauphiné. 11 est formé par des troncs de bouleau, d'aulnes et de mélèzes, arbres qui sont actuellement étrangers à ces montagnes, et se trouve à une hauteur de 2,000 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, tandis que dans ce pays la végétation des arbres cesse aujourd'hui à une hauteur de 1,800 mètres. Il faut donc nécessairement choisir entre ces deux hypothèses : que le climat se soit abaissé, ou que la masse générale de la montagne se soit soulevée, depuis l'époque où cet intéressant dépôt s'est produit»

Au surplus, comme nous l'avons déjà dit, les dépôts de lignite continuent à se former tous les jours; ils se font principalement par les rivières qui traversent les

pays incultes, et dont les débordements, que rien n'arrête, s'étendent beaucoup, et portent le ravage dans les forêts vierges qui couvrent les plaines et s'avancent jusque sur les lignes du rivage. Aucun fleuve n'est plus curieux sous ce rapport que le Mississipi ; les masses de bois qu'il «harrie donnent parfaitement l'idée de celles qui, dans l'ancien monde, ont pu devenir l'origine des couches de houille. Il existe près de son embouchure, dans une de ses branches, latérales, un immense radeau, ou plutôt une île flottante de plusieurs lieues de longueur et de 2 à 3 mètres d'épaisseur, formée de troncs d'arbres et de branchages entrelacés, de manière à constituer un plancher solide qui monte ou descend suivant le niveau des eaux, et sur lequel une belle végétation parasite est venue se fixer. Cette masse, qui s'accroît d'année en année, finira sans doute par obstruer entièrement le fleuve, et demeurer alors au milieu dessables, ou par couler à fond, ou par s'en aller en débâcle échouer quelque part à la côte. Dans tous les cas, ce sera une couche puissante de lignite que nous aurons vue se créer, et que nos neveux, trop éclairés pour en rapporter l'origine, suivant l'exemple de quelques-uns de leurs ancêtres, à une épouvantable révolution du globe, exploiteront peut-être un jour.

L'étude des lignites fournit une remarque fort importante sous le rapport de la géologie; c'est que les végétaux, dont ces dépôts sont composés, s'éloignent de plus en plus des végétaux des houillères, et se rappro* client au contraire de plus en plus de ceux qui existent aujourd'hui à la surface de la terre, dans les mêmes lo-

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calités, à mesure qu'ils appartiennent à des dépôts plus

modernes. Cette différence entre les végétaux qui ont

donné naissance aux deux sortes de dépôts, a peut-être

• contribué, non moins que les autres circonstances contemporaines de la formation, à produire dans les combustibles eux-mêmes des qualités distinctes. La puissance des couches de lignite, comparativement beaucoup moindre que celle des couches de houille, tendrait aussi à faire penser que la végétation était beaucoup moins active à l'époque des lignites qu'à celle des houilles. L'ardeur du climat, en diminuant progressivement de siècle en siècle depuis le régime le plus chaud jusqu'à notre régime tempéré, devait produire, dans la succession des végétaux enfouis aux diverses époques, les uns au-dessus des autres, une chaîne analogue à celle que nous voyons aujourd'hui se développer à la surface de la terre, depuis l'équateur jusqu'aux zones moyennes.

Nous terminerons l'histoire du lignite par un mot sur le succin ou ambre jaune. C'est une résine fossile qui découlait jadis du tronc des arbres aujourd'hui convertis en charbon et qui empâte quelquefois des mouches ou d'autres insectes de l'ancien monde, qu'elle nous a conservés comme des momies naturelles. Dans les arts on emploie le succin pour divers objets d'ornement. Cette substance parait avoir flatté le goût des hommes depuis la plus haute antiquité ; recueillie en assez grande abondance sur les bords de la mer Baltique, elle faisait, au temps de la république romaine, un des principaux objets d'échange entre le Nord et le Midi. On continue toujours à lui attacher une certaine valeur; mais dans

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l'immensité des matériaux que le mouvement commercial embrasse, on peut dire que le succin est aujourd'hui presque entièrement noyé. *

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