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DE LA TOURBE

On donne le nom de tourbe à une sorte de lignite formée non par du bois, mais par des plantes herbacées, el particulièrement par des plantes marécageuses. Ainsi que cela a lieu pour les lignites, tantôt le tissu végétal est indistinct, tantôt, au contraire, ce tissu est parfaitement apparent, et Ton peut très-nettement reconnaît! e tcutcs les espèces de plantes dont il est composé. En général la tourbe est un charbon léger, très-spongieux, d une cassure terne et terreuse, et d'une couleur brune ou gris noirâtre. La quantité de matières volatiles contenues dans la tourbe, et, par conséquent, la quantité de flamme qu'elle fait est très-variable : le feu est tantôt sombre el tantôt extrêmement clair, Certaines tourbes se carbonisent très-bien, et donnent une espèce de coke assez consistant qui tient convenablement au feu et produit une chaleur très-intense. Cette propriété est trèsprécieuse, car elle permet d'espérer que l'on pourra appliquer la tourbe à divers usages, et notamment à la fabiication du fer, en remplacement de la houille; des estais faits dans ce Lut ont déjà pleinement réussi. Les

cendres sont une terre légère, plus ou moins saline, d'une couleur blanche ou rougeàtre.

La tourbe offre deux variétés principales, dont les différences apparentes paraissent dues à une différence d'ancienneté.

La première, connue sous le nom de tourbe pyriteuse, ou de tourbe profonde, se trouve à une certaine profondeur, sous des couches de sable ou même de calcaire. Elle est associée à des coquilles dont les espèces sont dif-, férentes de celles qui existent de nos jours, quelquefois même on trouve, dans les terrains qui la recouvrent, des coquilles marines qui attestent que depuis son dépôt la mer a. fait séjour dans ces mêmes lieux. Cela montre suffisamment que son origine remonte à des temps fort reculés, et si Ton pouvait étudier distinctement les herbes dont elle est composée, on verrait, sans aucun doute, que ce sont des herbes que nous ne connaissons plus aujourd'hui. Son tissu est compact, sa couleur est le brun noirâtre, et son aspect est assez analogue àcelui de certains lignites : elle contient une très-grande proportion de sulfure de fer, qui est cause que quand on la laisse exposée à l'air, elle s'enflamme quelquefois spontanément.

La seconde variété, la tourbe des marais, est le vétable type de ce genre de combustible : on la trouve quelquefois dans des fonds de vallées qui ont été jadis des marais, et qui sont maintenant des prairies : elle repose à peu de profondeur au-dessous de la terre végétale, et il y a souvent plusieurs couches superposées et séparées seulement par des lits de sable ou d'argile. D'au-

très fois, au contraire, on la trouve dans son lieu originaire, dans le secret de sa création, pour ainsi dire, au fond des marais où elle continue à se former encore tous les jours sous nos yeux. Son tissu est filamenteux : parmi les plantes qui la composent, quelques-unes, comme les roseaux, sont très-distinctes et très-bien conservées ; les autres, au contraire, sont entièrement charbonnées et décomposées ; en général les parties les plus inférieures sont les plus compactes, ce qui tient non-seulement à leur plus grande ancienneté et à la pression plus forte à laquelle elles sont soumises, mais au genre de plantes qui constitue particulièrement les couches profondes.

Les plantes qui contribuent le plus activement à la formation de la tourbe, sont les conferves, ces plantes filamenteuses, d'un vert tendre et velouté, réunies par amas qui ont quelque chose d'onctueux et presque de gélatineux, qui caractérise les eaux dormantes, et que chacun sans doute se rappelle y avoir vu. Cette végétation se développe avec une activité surprenante dans le fond de certaines eaux marécageuses ; les plantes mortes tombent pêle-mêle sur le fond en même temps que les débris des roseaux, des sphaignes à larges feuilles, et des autres végétaux qui croissaient dans les eaux ; et sous l'influence de certaines circonstances qui ne sont pas bien connues, ces plantes, au lieu de continuer à se décomposer, après s'être légèrement charbonnées, se condensent en une seule masse, et se conservent presque sans altération, comme plusieurs faits le montrent, pendant des milliers d'années. Cependant la tourbe ne se fait pas indifféremment partout : il y a des marais très-

riches en conferves, et en plantes de toutes sortes, où Ton n'en trouve pas un atome ; il faut donc pour sa formation des conditions particulières qui nous échappent. On peut mettre les marécages tourbeux en coupe réglée comme les bois. La tourbe une fois enlevée, il s'en produit de nouvelle qui s'accumule d'année en année et finit par fournir une couche qui remplace celle que Ton a prise. La rapidité de cette production est variable ; elle dépend de la vigueur de la végétation aquatique. Dans certaines tourbières de France, on compte généralement cent ans pour terme moyen de cette crue ; en Hollande on n'en compte que trente ; et même, d'après des observations faites à Harlem, une couche de tourbe del ,n ,r>5 d'épaisseur, mais à la vérité très-spongieuse, s'est formée en six ans au fond d'un bassin dans le jardin du directeur du muséum.

Il y a des contrées très-vastes qui n'ayant été dans les temps anciens que de vastes marécages, reposent presque dans toute leur étendue sur des couches de tourbe situées à peu de distance de la superficie du sol. Telle est la Hollande, dont la tourbe est le combustible par excellence, et qui ser.iit fort malheureuse si elle en était privée. On est presque sûr, en creusant la terre, d'y rencontrer à une petite profondeur une couche tourbeuse plus ou moins épaisse : celte tourbe, contemporaine des temps où la Hollande, grâce aux boues charriées par le* Rhin, a commencé à sortir de la mer, renferme des squelettes assez nombreux de castors, qui jadis bâtissaient leurs huttes au milieu de ces solitude» aquatiques ; on y trouve aussi des pirogues faites d'un seul

Ironc d'arbre, et d'autres instruments qui nous font connaître l'état sauvage des premières familles qui sont venues se fixer dans ces régions barbares, aujourd'hui si florissantes.

Dans les pays de montagnes, la tourbe se rencontre par dépôts plus resserrés, et situés soit dans des gorges, soit sur des plateaux humides. On en cite des couches qui sont entièrement formées de mousse ou de brins d'herbe; leur formation s'explique comme celle des tourbes de conferves, par la végétation continuelle de ces mêmes plantes au-dessus des débris de celleê qui sont mortes. Ces Touches vont en s'exhaussant d'année en année, comme ces îles de madrépores de l'océan Pacifique, qui, formées aussi de dépouilles organisées, demeurées sur la place où elles ontvécu, et entassées les unes au-dessus des autres, se sont élevées progressivement depuis le fond des eaux jusque dans l'atmosphère. 11 y a aussi dans les montagnes des couches de tourbe composées de feuilles, et particulièrement de feuilles de sapin ; elles proviennent évidemment de transports faits par les torrents dans de petits bassins : leur nature est bien celle des tourbes, mais leur mode de formation celui des lignites. Enfin, on trouve également dans les montagnes des couches de tourbe, qui, situées au-dessus de la limite à laquelle la végélation des plantes s'arrête aujourd'hui, nous font le même enseignement géologique dont nous avons déjà parlé au sujet des lignites.

Lorsque la tourbe est à sec, on l'exploite très-commodément avec des bêches qui, à chaque coup, la découpent par petites mottes. Quand elle est dans le fond des

marais, les ouvriers se mettent sur des bateaux et la ramassent avec des dragues. Quelquefois elle est déposée dans des lieux tellement humides, que l'eau y afflue en abondance dès que Ton y creuse : alors on cherche à dessécher les champs d'exploitation au moyen d'une tranchée débouchant dans une vallée plus basse. Dans ce cas on enlève souvent la tourbe avec des bêches à trèslong manche, qui plongent dans l'eau. Si Ton ne prenait pas les précautions nécessaires pour l'écoulement des eaux, l'exploitation de la tourbe transformerait les lieux où elle se fait en marais insalubres et contraires au bien général du pays : au contraire, avec un bon système de dessèchement, on enlève dans ces mêmes lieux tout le combustible qu'ils contenaient, et on les rend à l'agriculture "fen bien meilleur état. La Hollande est le pays classique pour tout ce qui concerne l'exploitation de la tourbe.

La tourbe sert non-seulement dans l'économie domestique, mais elle se prête à peu près à tous les mêmes usages que le bois. On s'en sert pour la cuisson des briques, des poteries, de la chaux, pour l'évaporation des liquides, le chauffage des chaudières, etc. On a déjà commencé, ainsi que nous l'avons dit, à l'appliquer au traitement métallurgique des minerais de fer dans les Vosges et dans nos provinces méridionales. Enfin, ses cendres fournissent un excellent amendement pour les terres, et celles de la variété ancienne sont employées, comme celles de certains lignites, à la fabrication du vitriol et de l'alun.

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