DU MINERAI DE PLATINE
La platine serait certainement un de nos métaux les plus usuels s'il n'était pas si difficile de se le procurer et de le travailler. Il offre des propriétés qu'aucun autre métal ne réunit. Pour l'infusibilité il est l'égal du fer ; pour la malléabilité et l'inaltérabilité, il est supérieur même à l'or ; sa couleur est intermédiaire entre celle de l'argent et celle de l'acier ; et lorsqu'il est poli, son éclat devient extrêmement vif : il est assez dur, et sa dureté est de près de deux dixièmes plus forte que celle de l'or. C'est de tous les métaux celui qui éprouve le moins de dilatation par la chaleur. Malheureusement il est très- difficile de le travailler; on n'a pas la ressource de le mouler comme l'argent ou le cuivre, ni de le forger comme le fer, car il ne se laisse battre et souder que très-difficilement.
La force avec laquelle le platine résiste aux divers agents qui détruisent tous les autres métaux, le rend très-propre à la construction des objets destinés à une
longue durée ou à un service difficile. Jusqu'ici cependant il n'est guère en usage que dans les laboratoires et dans certaines fabriques de produits chimiques. On avait voulu s'en servir en Russie pour les monnaies, mais la grande différence de prix qui existe nécessairement entre le métal brut et le métal monnayé, le rend peu convenable pour cet emploi. Ses qualités étant tout à fait celles d'une matière monumentale, il aurait, au contraire, toutes sortes d'avantages pour les médailles. Enfin on l'utilise quelquefois pour recouvrir la surface des faïences et des porcelaines d'une couche métallique très-mince, dans le genre des dorures ; l'effet de la vaisselle ainsi garnie est assez agréable, et à peu près le même que celui de l'acier.
Le platine a comme l'or son gisement primitif dans les terrains anciens ; mais, comme il y est fort rare, on n'exploite que celui qui a été arraché de ces terrains, et déposé dans les alluvions. Il se trouve au milieu de ces terres sous forme de petits grains qui, après les lavages, demeurent mêlés parmi les grains d'or. Les Espagnols, qui le découvrirent, lui donnèrent d'abord le nom d'or blanc, et plus tard celui de platine, dérivé de plata : argent ; comme ils ignoraient l'art de le travailler, ils le rejetaient sans en faire aucun cas. Ce n'est qu'au milieu du dix-huitième siècle qu'il a commencé à être connu en Europe. La science s'en est promptement emparée, et n'a pas tardé à lui créer une valeur, en nous enseignant les moyens de le soumettre à notre service. Le platine brut se vend à peu près au même prix que l'argent, mais quand il est travaillé il vaut à peu près
quatre fois davantage. Celui qui est en circulation dans le commerce vient d'Amérique et de Sibérie. 11 y en a peut-être encore d'autres gisements que l'on découvrira plus tard, et qui le rendront plus commun.
On sépare les grains de platine des grains d'or avec lequel ils sont mélangés, par le moyen du mercure qui dissout l'or, et demeure sans action sur le platine. Dans le Résidu se trouvent plusieurs autres métaux, qui sont mélangés en petite proportion avec le platine. Nous nous contenterons de citer les noms de l'iridium, du rhodium et du palladium, qu'on ne parvient à séparer les uns des autres que par un traitement assez compliqué, et qui, jusqu'ici, n'ont reçu aucun emploi dans les arts.