DES MINERAIS D'ARSENIC
L'arsenic se trouve dans la nature à l'état métallique, mais il n'est employé comme métal que pour un petit nombre d'alliages. Uni au cuivre, il donne un métal blanc dont on fait quelque usage en Allemagne ; uni au cuivre et au platine, il sert à faire les miroirs de télescopes ; enfin, uni au platine, il rend le traitement de ce métal plus facile. Sa couleur est le gris d'acier; il est extrêmement aigre et cassant. On peut l'enflammer, et il brûle avec une flamme bleuâtre, en produisant une fumée blanche, d'une odeur d'ail très-pénétrante.
Cette fumée blanche, qui est l'oxyde d'arsenic, est le poison qui jouit d'une si malheureuse célébrité, sous le nom vulgaire d'arsenic. Cet oxyde, dont le nom scien-
tifique est acide arsénieux, se trouve, comme le métal, dans la nature; mais, comme il y est assez rare, on le prépare artificiellement pour le commerce avec les minerais qui contiennent de l'arsenic. Tout le monde sait avec quelle énergie délétère il agit sur l'économie animale. 11 est d'un grand secours dans les campagnes pour la destruction des animaux nuisibles ; mais sa couleur blanche, qui le fait facilement confondre, soit avec du sucre en poudre, soit avec de la farine, devient trop souvent cause de funestes méprises. 11 est soluble dans l'eau, surtout à chaud. Sa saveur acre et métallique le trahit quand elle n'est pas trop fortement masquée par d'autres substances de haut goût. En général, lorsqu'il est en poudre, rien n'est plus facile que de le distinguer de toute autre substance, et même d'en reconnaître la plus petite trace ; il suffit d'en projeter une pincée sur un charbon ardent ; si cette poudre renferme de l'arsenic, le poison se décèle à l'instant par les vapeurs blanches et odorantes qu'il produit.
L'acide arsénieux a plusieurs usages dans l'industrie. On s'en sert comme d'un mordant dans la teinture ; on en met quelquefois dans le verre blanc pour le rendre plus brillant ; enfin, en le combinant avec l'oxyde de cuivre on produit un très-beau vert, qui est communément employé dans la fabrication des papiers peints et dans la peinture en bâtiments.
L'arsenic métallique se combine avec le soufre en deux proportions différentes, et donne deux sulfures, qui sont tous deux de couleurs fort éclatantes.
Le sulfure qui contient le moins d'arsenic est d'un
jaune pur, extrêmement beau ; il est connu sous le nom d'orpiment. 11 se compose de deux atomes d'arsenic uni à trois de soufre. On le trouve dans la nature, mais il y est assez rare. Il est d'un grand usage dans la peinture; il a aussi un certain rôle dans les manipulations relatives à la teinture en bleu par l'indigo ; enfin il figure aussi dans les pharmacies.
Le sulfure qui contient le plus d'arsenic est d'un beau rouge intermédiaire entre l'écarlate et l'orangé ; il porte le nom de réalgar. 11 contient un atome de soufre pour un atome de métal. On le trouve, comme le précédent, dans la nature, mais on le fabrique aussi directement. Les Chinois en font beaucoup d'usage pour la médecine ; son insolubilité ralentit son .action vénéneuse. 11 sert aussi dans la peinture.
On tire principalement l'arsenic des minerais dans lesquels il se trouve combiné avec le cobalt. Quand on grille ces minerais, l'arsenic se brûle, et se dégage à l'état d'acide arsénieux ; on recueille celui-ci dans des chambres, où l'on a soin de conduire les vapeurs qui sortent du fourneau avant de les laisser se dégager dans la campagne. On prépare l'orpiment en chauffant l'acide arsénieux avec du soufre : une partie du soufre enlève à l'acide son oxygène, tandis qu'une autre partie s'empare du métal.
L'arsenic métallique, ainsi que son oxyde, se trouvent dans plusieurs filons appartenant aux terrains anciens ; l'arsenic métallique se trouve particulièrement en rapport avec les minerais d'argent, et l'oxyde, qui est beaucoup plus rare, avec ceux de cobalt. Le réalgar existe
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aussi dans les terrains anciens. Quant à l'orpiment, sa formation est plus moderne : on le rencontre dans les terrains secondaires et dans les terrains volcaniques.