DES MINERAIS DE MANGANÈSE
Le manganèse métallique n'est d'aucun usage dans les arts ; il a quelques lointaines analogies avec le fer, mais il n'a point les qualités qui rendent ce dernier métal si précieux. On n'a jusqu'ici tiré parti que de ses oxydes. Ils jouissant de deux propriétés principales ; de colorer le verre en violet, et de produire une certaine quantité de gaz oxygène quand on les chauffe fortement.
Les verriers, comme nous l'avons déjà dit, emploient cet oxyde sous le nom de savon. En effet, lorsqu'il est mêlé avec le verre en petite proportion, il brûle, par le moyen de son oxygène, les matières charbonneuses qui sont souvent répandues dans la masse du verre et lui donnent une teinte grisâtre ; il remplace cette teinte désagréable par une légère nuance de violet, qui est même à peine sensible, parce qu'elle se combine avec une teinte verdâtre due à l'oxyde de fer qui se rencontre presque toujours parmi les éléments dont on compose le verre commun. C'est sous ce rapport que l'oxyde de manganèse est regardé comme une substance blanchis-
santé. Quand on le mêle au verre dans une plus forle proportion, il lui donne au contraire une magnifique nuance de violet qui peut aller jusqu'au noir. Cette nuance ressemble parfaitement à celle de l'améthyste. L'oxyde de manganèse est aussi employé pour fabriquer les émaux violets et noirs destinés à la peinture sur faïence et sur porcelaine.
La propriété dont jouit l'oxyde de manganèse de dégager une portion de l'oxygène qu'il contient quand on le calcine, est mise à profit dans les laboratoires pour obtenir le gaz oxygène. Mais cette grande richesse d'oxygène est principalement utilisée pour la préparation d'un gaz particulier qui a commencé à prendre une place considérable dans l'industrie ; je veux parler du chlore, dont le nom est aujourd'hui connu de tout le monde, et qui, découvert par les travaux des savants moderaes, rend dès à présent les plus grands services, soit comme substance décolorante, soit comme substance désinfectante. On le prépare par le moyen de l'oxyde de manganèse et de l'acide hydrochlorique. Une partie de l'hydrogène contenu dans cet acide se combine avec une partie de l'oxygène du manganèse, et le chlore ainsi dégagé du principe acidifiant qui lui était uni demeure en liberté. Pour faciliter le maniement du chlore, et le condenser dans un volume commode, on le combine, soit avec de la chaux, soit avec de la soude, dont il se sépare de luimôme, peu à peu, à mesure qu'il en est besoin. Cet emploi de l'oxyde de manganèse est de la plus haute importance.
Le manganèse fait partie d'un assez grand nombre de
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minéraux; mais on n'exploite que deux oxydes, le peroxyde et l'oxyde hydraté. Le premier renferme 56 pour 100 d'oxygène, ce qui revient à deux atomes de ce gaz pour un atome de métal. Il abandonne par l'action de la chaleur 10 pour 100 d'oxygène. Le second renferme seulement 26 parties d'oxygène, ou trois atomes pour deux de métal : il est combiné avec une molécule d'eau ; la chaleur ne lui fait perdre que très-peu d'oxygène. Ces deux oxydes sont très-différents, mais ils sont fréquemment mélangés ensemble. La couleur du premier est le gris foncé, et son éclat est métalloïde ; il est fréquemment cristallisé, et presque toujours il montre dans sa cassure un groupement d'aiguilles minces et brillantes. Le second est d'un noir brunâtre; il est très-rarement cristallisé, et il se trouve soit en concrétions mamelonnées, soit en particules pulvérulentes et terreuses.
On trouve ces deux oxydes de manganèse dans les terrains de tous les âges, même dans les terrains tertiaires et dans les terrains volcaniques. Le peroxyde est le plus commun; il se trouve principalement en couches et en amas dans les terrains primitifs. Une mine trèsabondante, celle de la Itomanèche, près de Mâcon, est située dans une masse de porphyre épanchée dans une couche de grès de la partie inférieure de l'étage secondaire.