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OU PORPHYRE

Le porphyre peut être regardé comme une sorte de granité imparfait, et c'est pourquoi nous en parlons en second lieu. Il est formé par une pâte composée à peu près des mêmes éléments que le granité, mais indistinctement fondus l'un dans l'autre, et dans laquelle nagent des cristaux isolés, soit de quartz, soit de feldspath, mais principalement de cette dernière substance. La pâte est quelquefois extrêmement dure, et cela arrive toutes les fois qu'elle renferme beaucoup de quartz ; mais la plupart du temps elle est presque uniquement constituée par du feldspath compacte, et alors sa dureté n'a rien d'extraordinaire, et lui permet de recevoir sans trop de difficulté un beau poli. La couleur du porphyre résulte de la combinaison de celle des cristaux disséminés, avec celle de la base, couleurs qui sont ordinairement différentes ; les cristaux sont en général blancs, et la base d'une teinte plus ou moins vive, ou plus ou moins foncée. On dislingue les porphyres comme les granités d'avec les marbres, non-seulement par l'habitude de l'œil çt les caractères de cristallisation dont nous avons parlé, mais parce qu'ils se laissent difficilement rayer par l'acier, et que les acides n'y mordent pas et n'y font pas tache.

Le porphyre étant comme le granité une roche anciennement fondue, existe fréquemment dans les mêmes localités. 11 se trouve parfois mélangé par masses considérables avec le granité, et particulièrement avec la siénite ; de sorte qu'il semble que ce soit une simple modification dans le refroidissement du grand bain de roches primitivement fondues ensemble, qui ait déterminé ici du porphyre et là du granité. On conçoit que la matière ayant été saisie par le froid plus promptement dans un endroit que dans un autre, les cristaux n'ont pas eu le temps de se former dans le premier endroit aussi tranquillement et aussi complètement que dans le second : la matière, au lieu de se montrer prise tout entière en cristaux, est restée au contraire en grande partie pâteuse, et les cristaux ne s'y sont faits que çà et là. Quelquefois même ces cristaux n'ont pas pu se terminer entièrement; ils sont à l'état de noyaux légèrement arrondis, et indiquant seulement une vague teudance.à des contours plus tranchés : dans ce cas, le porphyre prend le nom particulier d'amygdaloïde ou de variolithe. Enfin, dans certaines circonstances, il n'y a qu'une pâte sans cristaux.

Le porphyre étant une roche d'origine souterraine, expulsée à diverses reprises du sein de la terre par des commotions à travers des crevasses formées dans les terrains supérieurs, il en résulte que l'on est exposé à le rencontrer brusquement au milieu des couches de terrain les plus dissemblables. On en trouve, non-seulement parmi les granités, mais dans le terrain houiller, dans les grès, dans les roches calcaires des différents étages.

Le porphyre se lie même, à certains égards, avec les laves qui sont encore aujourd'hui vomies par nos volcans, et il n'est pas possible d'établir entre ces deux classes de pierres une distinction bien précise. Les laves, aussi bien que les basaltes, ne sont donc qu'une espèce particulière de porphyre, souvent poreuse, souvent presque entièrement dépourvue de cristaux, mais se rattachant toujours par certains caractères au véritable porphyre. Quelquefois les laves sont trop friables pour être employées à aucun service, mais souvent aussi elles ont une dureté et une consistance très-remarquables et qui permettent de les faire servir à des ouvrages très-résistants. On exploite sur les flancs du Vésuve diverses variétés de laves porphyriques, qui sont d'un fort bel aspect, et que les marbriers auraient certainement beaucoup de peine à séparer des porphyres.

On se sert des porphyres comme des granités pour la décoration des édifices, la construction des vases et des colonnes- de prix, pour les pavés, les incrustations et autres objets analogues ; mais on ne les trouve pas aussi communément employés à la construction des grands monuments : cela tient à ce qu'ils ne se laissent pas aussi facilement tailler, et ne fournissent pas, par conséquent, d'aussi bonnes pierres d'appareil que le granité. Ils ont donc, malgré tout leur éclat, bien moins d'importance pour le genre humain que le granité; celui-ci restant, ils pourraient disparaître, que rien, pour ainsi dire, sur la terre ne s'en ressentirait.

Le porphyre rouge est une des plus belles variétés de porphyre ; sa pâte est rouge ou brun rougeàtre, et par-

semée de petits cristaux blancs ou légèrement rosés. Ce porphyre a été employé par les Égyptiens concurremment avec le granité, soit pour les obélisques, soit pour les tombeaux, soit pour les statues. L'obélisque de Sixte- Quint à Rome, la colonne de "Sainte-Sophie à Constantinople, et quelques autres monuments historiques sont de cette pierre. Le porphyre rouge se trouve, non-seulement en Egypte, mais sur divers points du territoire de la France, notamment dans les Vosges et dans le département de la Loire. Quelquefois la teinte rouge passe à une couleur violette qui a encore plus de richesse.

Les porphyres verts forment également une pierre magnifique lorsqu'elle est bien polie et convenablement employée. La base du porphyre vert antique, nommé aussi par les Grecs ophyte à cause de sa ressemblance avec la peau des serpents, estd'un vert olive foncé ; elle est parsemée de petits cristaux blanchâtres. Les Vosges, la Corse, les Pyrénées, renferment de forts beaux gisements de cette roche. En Corse il existe une roche verte qui est ce que les minéralogistes nomment proprement euphotide, mais qui est analogue au porphyre vert et d'un éclat surprenant : le minéral nommé diallage qui lui donne sa couleur est d'un vert pré parfaitement pur ; il est disséminé par taches irrégulières dans .une pâte de feldspath entremêlée déveines bleuâtres : cette pierre est fort dure, fort difficile à tailler, et fort précieuse, mais rien n'égale sa beauté. Elle est peu connue en France, mais fort estimée des marbriers italiens, sous le nom de verde di Corsica; il y en a de forts beaux vases dans la chapelle de Médicis à Florence.

Les porphyres noirs ont été aussi fort recherchés par les anciens ; leur pâte est noire et parsemée de petits cristaux blancs ou rosés ; on les trouve dans plusieurs monuments de Rome. Nos montagnes en renferment ; mais l'architecture étant aujourd'hui moins curieuse d'ornements splendides que dans l'antiquité, ces précieuses substances demeurent dans leur gisement naturel sans que personne en prenne aucun sonci. Outre les porphyres noirs, il y a aussi des porphyres gris, mais ils sont d'une apparence moins somptueuse.

Nous avons dit qu'il y a certaines laves susceptibles d'être exploitées et polies comme le porphyre, et appliquées aux mêmes usages. Le basalte, qui est aussi une substance volcanique, d'un noir intense et sans cristaux, a été fréquemment mis en œuvre par les anciens pour des statues ou des tombeaux. Mais ce ne sont pas là les seuls emplois de ces deux pierres. Certaines laves dures et poreuses sont excellentes pour la confection des meules ; elles présentent à peu près les mêmes avantages que cette pierre meulière qui est si célèbre, et que fournissent les environs de Paris. Aux environs de Coblentz, et à peu de distance du Rhin, il y a des carrières considérables de laves exploitées pour meules de moulins, dans d'anciens dépôts volcaniques qui se trouvent dans ce pays. Les basaltes, surtout dans l'antiquité, ont eu fréquemment la même destination. Certaines variétés de laves fournissent aussi de grandes dalles très-convenables pour le pavage des rues et particulièrement des trottoirs. Ce genre de pavés est très-commun en Italie ; et depuis quelques années on commence à se servir avec

beaucoup de succès, à Paris, de laves d'Auvergne pour la construction des trottoirs dont on borde les maisons : on s'y sert aussi de dalles de granité, mais elles sont plus coûteuses. Le basalte est une pierre excellente pour le même objet. Il se trouve presque toujours sous forme de grands prismes accolés les uns contre les autres, comme on le voit en Irlande dans cette formation basaltique si célèbre sous le nom de Chaussée des géants et dans la fameuse grotte de l'île deStaffa. Il suffit de briser ces prismes par tronçons pour avoir des pavés tout taillés et propres à s'assembler parfaitement les uns avec les autres, comme ils le faisaient dans leur situation naturelle. Sur les bords du Rhin, ces prismes de basalte sont employés à faire des bornes colonnaires très-élégantes et peu coûteuses, qui servent de gardefous le long de la route ; on s'en sert aussi en les couchant horizontalement pour faire des escaliers dans les vignobles. On trouve du basalte colonnaire en divers points de la France, mais surtout en Auvergne et dans le Vivarais.

Les laves, dans beaucoup d'endroits font aussi le service de pierres à bâtir ; celles qui sont poreuses conviennent parfaitement à cet usage, parce qu'elles sont légères et qu' elles se laissent tailler très-facilement. L'église de Clermont et celle de Riom sont construites avec de la lave, et se sont parfaitement conservées depuis leur origine, bien que la dernière ait actuellement 800 ans d'existence.

Les laves, réduites en poudre dans les explosions de volcans, puis agglomérées par un ciment plus ou moins

dur, forment ce que Ton nomme les tufs volcaniques ; ils sont très-communs dans les constructions italiennes, sous le nom de peperino : ils sont légers et se coupent très-bien. C'est dans un courant de cette pierre qu'a été empâtée la malheureuse ville d'Herculanum. Pompeia a été ensevelie sous une pluie de cendres analogues, mais non agrégées par un ciment. La plupart des édifices de cette ville sont construits avec ce tuf volcanique.

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