DE LA PIERRE CALCAIRE
La pierre calcaire est une des pierres les plus précieuses que possède l'industrie. Dans son état de pureté on la trouve sous la forme de cristaux dérivant de diverses manières d'un rhomboèdre, mais le plus souvent elle se présente par grandes masses compactes, terreuses ou très-légèrement cristallines. On la distinguo aisément d une multitude d'autres substances, qui ont avec elle plus ou moins de ressemblance, en ce qu'elle produit une vive effervescence lorsqu'on y laisse tomber une goutte d'acide; cet acide se combine avec la chaux, et chasse le gaz acide carbonique qui cause, en s'échappant, cette effervescence significative. Elle n'est pas fort dure, et se laisse aisément rayer et tailler avec un instrument d'acier : elle est cependant assez résistante. Cette dureté
peu difficile à vaincre, la variété de ses nuances qui sont souvent fort agréables, et enfin la propriété dont elle jouit, lorsqu'on la chauffe assez fort pour chasser le gaz acide carbonique, de donner de la chaux vive, sont les principaux caractères sur lesquels se fonde son emploi dans les arts.
La pierre calcaire est très-abondante dans la nature, et forme un des éléments principaux de la croûte du globe, surtout dans les portions à couches régulières. On la trouve dans les terrains anciens remplissant des fentes souvent fort considérables, et associée avec divers autres minéraux ; elle s'y trouve aussi en couches, surtout dans les granités rubannés, ou gneiss, et dans les schistes; elle est fréquemment cristalline, blanche, ou d'un gris bleuâtre, variée de diverses couleurs. Dans les terrains de l'âge secondaire et tertiaire on la trouve à tous les étages, depuis celui qui repose sur le terrain houiller, jusqu'à celui qui constitue le grand dépôt de la craie, dernier terme de la série secondaire, et jusqu'aux calcaires d'eau douce qui terminent la série des formations antérieures * à l'homme.
Le carbonate de chaux existe aussi en abondance dans . certaines eaux qui le tiennent en dissolution, et il continue à s'en faire journellement sous nos yeux, dans diverses localités, de nouveaux dépôts : c'est ce que Ton nomme les tufs calcaires ; certaines sources, certains ruisseaux, certaines rivières forment d'une manière souvent très-active de ces sortes d'encroûtements. 11 y a également des dépôts calcaires qui se font dans la mer et dans les lacs, à l'exemple de ceux plus anciens qui con-
stituent les collines calcaires que nous foulons aujourd'hui, et qui, avant de s'ouvrir pour nos carrières, avaient longtemps supporté les eaux de l'Océan qui leur avaient donné naissance, et qui y avaient enseveli les débris de leurs coquillages.
Les emplois de la pierre calcaire sont si nombreux, qu'il est presque permis de dire qu'elle pourrait remplacer à elle seule toutes les autres. Comme pierres monumentales, les marbres, qui ne sont autre chose qu'une variété de pierre calcaire, peuvent rivaliser à bon droit avec les granités et les porphyres ; ils se prêtent mieux aux délicatesses de l'architecture; et quant à la sculpture, il suffit de comparer les chefs-d'œuvre de la Grèce, dont le sol fournit le marbre blanc en abondance, avec les sculptures granitiques de l'Egypte et de l'Inde, pour juger de l'étendue du secours que cette pierre admirable a prêté au développement des beaux-arts. Sous le rapport de la décoration, les marbres colorés offrent autant de richesse, et sont bien plus faciles à travailler que ces deux autres pierres. Sous le rapport de la bâtisse, il n'y a pas de pierre plus commode à exploiter, plus simple à tailler, plus universellement répandue; elle fournit nonseulement les moellons et les pierres d'appareil, mais elle fournit, ce qui est plus précieux encore, les éléments du mortier qui sert à réunir tous ces fragments pour en faire en quelque sorte un édifice d'une seule pièce ; c'est une pâte qui se durcit dans l'eau comme dans l'air, et qui, au lieu de se détruire en vieillissant, ainsi que toutes choses, acquiert au contraire, avec le cours du temps, plus de force et de ténacité. Enfin, par un der-
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nier bienfait, la pierre calcaire est le principe de la lithographie, cet art ingénieux, qui multiplie, à l'infini, et presque sans frais, les dessins des plus habiles maîtres, et qui, pour une foule d'usages, est devenu le complément nécessaire de l'imprimerie. Cette pierre mérite, à tant de titres notre intérêt, que le nom de pierre précieuse, si ce nom était l'apanage des choses utiles aussi bien que des choses brillantes, lui serait dû, sans aucun doute, avec bien plus de raison qu'au diamant et à tous les autres gemmes colorés qui composent son brillant cortège.
On donne le nom de marbres aux calcaires qui ont un grain assez fin pour acquérir un certain poli, et servir ainsi à la décoration des édifices et à la confection de divers objets d'art. On peut les distinguer en deux classes, suivant que leur cassure est terne ou cristalline; ceux de la dernière classe, grâce à leur demi-translucidité, prennent plus d'éclat que les autres par le poli, et sont, par conséquent, plus recherchés. Les Grecs, et particulièrement les Romains, avaient mis une grande partie de leur luxe dans la possession de marbres de cette espèce. La plupart des carrières d'où ils les faisaient venir à grand frais sont aujourd'hui perdues, et les marbres qui en sont sortis ne nous sont connus que par les échantillons qui en restent dans les ruines des anciens monuments.
Le marbre blanc statuaire le plus célèbre est celui de Paros ; il était exploité par les Grecs dès le commencement de la quarantième olympiade , son grain était un peu grossier, mais sa teinte légèrement jaunâtre don-
liait aux statues qui en étaient faites un moelleux agréable à l'œil. Un grand nombre de chefs-d'œuvre de la sculpture antique, et notamment la Diane chasseresse et la Vénus de Médicis ont été faits avec ce marbre. Le marbre pentélique, d'un grain plus fin, tiré du mont Pentélès près d'Athènes, a servi également à la confection d'un grand nombre de morceaux précieux ; nous citerons le Parthénon et ses admirables frises, le Propylée, le Jason et le Torse du Belvédère. Le marbre blanc de Luni, sur les côtes de Toscane, avait également des qualités excellentes pour le ciseau ; il y a dans les collections d'antiquités beaucoup de statues qui en sont faites; quelques personnes pensent que l'Apollon du Belvédère en est un morceau, tandis que d'autres, négligeant avc& raison dans cette affaire les considérations purement ' minéralogiques, soutiennent qu'il est d'un marbre grec. Les carrières de Carrare ont été également exploitées très-activement par les sculpteurs antiques; et c'est d'elles que l'on tire aujourd'hui presque tout le marbre statuaire dont nos artistes font usage. Ces carrières sont très-abondantes, mais la variété de marbre propre aux statues semble devenir de plus^n plus rare ; les variétés moins parfaites se débitent en plaques ou en colonnes. La première qualité revient, à Paris, à environ 2,000 fr. le mètre cube. Ce prix varie de 500 à 2,000 fr. Pour 500 fr. c'est du marbre veiné, pouvant servir aux ouvrages ordinaires d'appartement, mais la qualité d'un blanc pur et sans défaut est pour ainsi dire inestimable. On voit, d'après cela, que le prix matériel d'une statue est, la plupart du temps, un objet fort considérable. Il
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existe dans les Alpes et dans les Pyrénées diverses variétés de marbre blanc qui paraissent pouvoir se prêter comme le marbre de Carrare aux travaux de la statuaire ; mais l'usage et la renommée des chefs-d'œuvre exécutés avec leurs blocs n'ont point encore consacré ces marbres. 11 parait cependant probable que les marbres blancs * récemment découverts dans les montagnes qui dominent Grenoble ne tarderont pas à jouir de la réputation qu'ils méritent.
Le blanc est la couleur propre des marbres ; mais diverses substances étrangères sont souvent mélangées intimement avec lui, et lui communiquent leur couleur : *el est l'oxyde de fer, jaune, rouge ou brun, divers minéraux qui sont verts, le bitume, qui est noir ou brun très-foncé.
Le marbre rouge antique est d'une nuance vive et d'une teinte uniforme non veinée ; il est très-beau et trèsrare. Le Musée des antiques en possède de fort belles pièces, notamment la Louve nourrissant Romulus et Rémus. Un autre marbre rouge, veiné de blanc, est d'un admirable effet pour les colonnes; il est moins rare et moins précieux que le précédent. Certaines variétés présentent des taches irrégulières, d'autres de très-grands rubans qui se suivent à peu près parallèlement. Le Languedoc fournit un marbre rayé de rouge de feu, de blanc et de gris, très-estimé pour la vivacité de ses couleurs et qui est peu coûteux; il est assez commun à Paris; il y a servi pour la construction des colonnes qui décorent l'arc de triomphe du Carrousel. Le marbre griote, qui est brun avec des taches rouge cerise, et vient du dépar-
tement de l'Hérault, est aussi fort recherché à Paris. Parmi les marbres rouges, on doit encore citer le marbre Campan, qui vient des Pyrénées.
Les marbres jaunes présentent à peu près les mêmes variétés que les marbres rouges; plus leur teinte est pure et uniforme, plus ils sont estimés. Le marbre jaune antique provenait, à ce qu'il paraît, de l'Atlas ; il est aujourd'hui remplacé, sans trop de désavantage, par celui que Ton tire des environs de Sienne. Sa couleur n'est pas uniforme, mais l'effet général en est fort satisfaisant ; il présente de grandes taches d'un jaune d'ocre, entourées par des veines rougeâtres. 11 y a encore beaucoup d'autres variétés de marbres jaunes, mais nous ne pouvons songer à faire ici l'histoire de tous les marbres.
Le marbre vert doit ordinairement sa couleur à du talc, substance analogue au mica, qui s'y trouve répandu par feuillets allongés, ce qui rend la pierre fissile et peu capable de résister à l'action des intempéries. Ce marbre est néanmoins très-recherché, à cause de la beauté et de la rareté de sa nuance. Le Cipolin est le plus commun des marbres verts, et il est cependant d'un assez grand prix. Le marbre vert antique est d'une teinte beaucoup plus foncée ; c'est un vert presque noir, qui est dû à une substance particulière que l'on nomme la serpentine. Il en existe des carrières près de Gênes ; mais les anciens tiraient de la Laconie celui qui se trouve dans leurs monuments. On en connaît aussi dans le commère quelques autres variétés assez belles qui s'exploitent eu Ecosse et en d'autres pays.
Le marbre bleu qui est à fond blanc avec des veines
bleues ou bleuâtres, est d'un fort bel effet; on l'emploie, en général, pour de petits objets. Le plus beau est celui que Ton nomme le bleu turquin : on en voit une fort élégante balustrade autour du chœur de l'église Saint- Sulpice à Paris.
La marbre noir est une belle pierre, surtout lorsque sa couleur est intense, et ne tire nullement sur le gris ; le plus beau est celui qui est connu sous le nom de marbre de Lucullus, ou marbre noir antique ; auprès de lui, toutes les autres variétés semblent grises. Il en existe près d'Aix-la-Chapelle des carrières fort anciennement exploitées, et retrouvées par un minéralogiste, depuis un petit nombre d'années. Le Portor est une très-belle variété de marbre noir ; il est d'un noir foncé, et sillonné par des veines de couleur d'or : aucun marbre n'est plus somptueux. Louis XIV en fit grand usage au palais de Versailles. On en exploite dans les Apennins, près de Porto- Venere, d'où lui vient le nom de Portor, et près de Saint-Maximin, dans le département du Var. Les marbres noirs communs, c'est-à-dire tirant plus ou moins sur le gris, se trouvent dans un assez grand nombre de loca* lités, et sont généralement appliqués à la construction des monuments funéraires : on en trouve dans les Alpes, dans les Apennins, dans les Ardeimes, en Bretagne et en beaucoup d'autres endroits.
Les marbres rayés de rtoir et de blanc, ou de noir, de blanc et de gris, forment une classe assez commune, mais dont quelques variétés, formées de noir et de blanc bien purs, ne sont pas sans valeui\ Les marbres veinés produisent, en général, leur effet par l'agréable enlte-
croisement de leurs couleurs au moins autant que par leurs couleurs mêmes.
Le marbre Lumachelle est un des plus universellement répandus, surtout en Franee, où il est devenu en quelque sorte partie intégrante de tous les ameublements ; il est ainsi nommé du mot italien lumaca t qui signifie limaçon. Il est en effet pétri de coquilles qui ne sont point, à la vérité, des limaçons, mais des débris d'animaux marins de diverses espèces qui vivaient dans les eaux où ces calcaires se sont jadis déposés, et qui se sont trouvés empâtés dans le milieu des dépôts. Ces coquilles, ces polypiers, ces madrépores entassés pêle-mêle et coupés de mille façons selon leur position par rapport à la tranche du nutrbre, forment sur le fond des taches variées, mais dans lesquelles il est toujours facile de distinguer des traces d'organisation. Une cheminée de marbre est souvent une très-curieuse étude d'histoire naturelle. Il existe un très-grand nombre de variétés de ce marbre, différant les unes des autres, soit par la teinte, soit par le nombre et l'entassement des coquilles, soit par leur forme. Le marbre lumachelle antique, dont les carrières sont malheureusement perdues, est le plus beau ; il est connu sous le nom de Drap mortuaire ; la pâte est d'un noir foncé, et il est semé sur toute son étendue de coquilles triangulaires blanches, assez régulièrement disposées, grandes, et sensiblement écartées l'une de l'autre. Le marbre lumachelle, le plus employé à Paris, est coiinti sous le nom de Petit granité ; il est à fond noir ou gris noirâtre, et semé d'une quantité innombrable de fragments d'encrinites ; il vient des environs de Mons ; les
canaux rendent son transport facile. Narbonne fournit aussi un forlbeau marbre lumachelle ; le fond est noir, et les coquilles, qui sont des belemnites, offrent des coupes circulaires, ou ovales, ou allongées en pointe. Le marbre de Caen, qui est très-commun à Paris, est d'un rouge sale, marqué de grandes taches irrégulières et arrondies, d'une nuance plus claire ; ces grandes taches, qui montrent un tissu organisé quand on les considère de près, ne sont autre chose que des madrépores. ta Bourgogne fournit aussi un assez grand nombre de marbres lumachelles de qualité analogue. La lumachelle d'Astracan, dont les coquilles sont d'un beau jaune orangé, est une pierre fort belle, mais qui ne se trouve dans le commerce que par plaques de petites dimensions et d'un grand prix.
Les marbres Brèches sont des marbres composés de fragments anguleux ou arrondis, de diverses formes et de diverses grosseurs, agglutinés par un ciment calcaire. On les imite fort bien en réunissant dans un pâte de sluc des morceaux de marbre convenablement brisés. On donne le nom de Brocatelles aux variétés qui ne contiennent que des fragments de petites dimensions.
L'albâtre est un véritable marbre ; il ne faut p^s le confondre avec une autre pierre beaucoup moins précieuse qui porte le même nom, mais qui est du sulfate et non du carbonate de chaux. L'albâtre calcaire est plus dur que le marbre, et fait effervescence avec les acides ; sa surface est ordinairement ondulée, et sa couleur tire toujours plus ou moins sur le jaune de miel. L'albâtre gypseux, au contraire, ou alabastrite, est très-
tendre, jusqu'à se laisser rayer avec l'ongle, n'est point attaqué par les acides, et présente en général une teinte d'un blanc mat un peu fade. Il est très-commun dans le commerce, tandis que le premier est au contraire assez rare et d'un grand prix. On rencontre l'albâtre dans Fintérieur des cavernes, où il forme ces stalactiques suspendues aux voûtes de mille manières, et si célèbres dans toutes les descriptions de ces lieux souterrains, faites par les voyageurs qui les ont visités. Toutes les parties de ces dépôts ne sont pas également belles et également propres à souffrir le travail de la taille. On recherche particulièrement les variétés qui sont d'un blanc légèrement jaunâtre, avec des veines blanches et à demi transparentes : c'est l'albâtre oriental.
L'albâtre veiné ou marbre onyx est jaune de miel, et formé de rubans alternatifs, distincts par la nuance ou par la transparence. Il y a aussi des albâtres unis, tantôt blancs, tantôt jaunâtres, .mais toujours légèrement translucides. L'albâtre tacheté présente des taches irrégulières sur un fond jaunâtre. Il y a de beaux albâtres dans plusieurs cavernes de nos départements, mais celui que l'on trouve dans le commerce vient en général d'Italie et surtout d'Algérie. On l'emploie pour des tables, des vases, des pendules, rarement pour des colonnes. Les anciens faisaient grand cas de cette substance quand elle était de belle qualité.
Nous indiquerons encore, à la suite de l'albâtre, les noms de quelques pierres employées en ornement et en placage, que nous ne devons pas passer entièrement sous
silence, mais qui ne sont pas assez importantes pour mériter un article à part.
Le Lapis-Iazuli est une pierre d'un beau bleu, qui est presque toujours accompagnée de quartz dans lequel elle est disséminée ; elle est plus dure que le marbre, et forme une des décorations les plus opulentes que l'on puisse employer dans les palais ; on en fait des meubles fort précieux, surtout quand la teinte blanche du quartz et la teinte bleue du lapis sont agréablement mélangées. On s'en sert pour faire la belle couleur connue dans les arts sous le nom d'outremer. Ce minéral est composé de silice, de soude et d'alumine. On le trouve en divers endroits de l'Asie.
La Malachite , est une pierre assez tendre, mais susceptible cependant de recevoir un beau poli, elle est formée de veines concentriques, irrégulières, d'un vert olive très-doux et très-agréable à l'œil. On la trouve par petites masses concrétionnées et tuberculeuses, que l'on scie en plaques minces, dont on fait ensuite des pièces de rapport d'une assez grande étendue, en profitant avec adresse pour réunir les morceaux des contournements formés par les rubans alternativement vert pâle et vert foncé. La Malachite vient généralement de Sibérie, et possède une assez grande valeur.
Le Spath fluor est une combinaison de calcium et de fluor ; c'est une substance brillante, translucide, remplie d'une multitude de fêlures et de glaces qui augmentent encore son éclat, mais malheureusement elle est fort tendre. On en fait des vases, des piédestaux, des pendules. Ses nuances sont très-diverses, et souvent très-pures
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et très-belles ; on en trouve de bleues, de violettes, de vertes, de jaunes, souvent mariées avec des veines blanches et parfaitement diaphanes. L'effet du Spath fluor est à peu près celui d'un albâtre coloré. C'est une pierre qui n'a pas grande valeur et qui se trouve assez abondamment en Angleterre et en Saxe : il y en a aussi en Auvergne.
La beauté des marbres ne peut être mise en évidence que par le poli. Leurs couleurs sont ternes et leurs veines mal tranchées tant que leur surface est brute. Pour lui donner ce poli brillant qui la rehausse, on emploie d'abord Témeri mêlé avec de la limaille de plomb qui sert à donner ce que l'on nomme le premier poli ; on fait agir ensuite ce qu'on nomme la potée rouge, et l'on termine avec la potée d'étain de première qualité, qui donne à la pierre cette apparence douce et onctueuse qui plaît tant à l'œil. Le granité se polit de la même manière, mais avec bien plus de temps et de peine. Les objets arrondis se travaillent sur le tour, les autres sur une table placée horizontalement. Les plaques se débitent à la scie. Pour les colonnes et les vases, on se sert de scies particulières, qui enlèvent de l'intérieur de cas objets des noyaux pleins, qui sont d'une certaine valeur quand il s'agit d'une pierre de prix, et qui servent à fabriquer d'autres ornements analogues, mais de plus petites dimensions. On détache quelquefois d'un seul cylindre jusqu'à quatre colonnes qui s'emboîtent l'une dans l'autre ; il n'y a de perdu que la quantité de matière que les instruments détachent nécessairement sur leur passage.
La pierre calcaire commune, qui est certainement la pierre la plus répandue à la surface de la terre, possède toutes les conditions qui sont nécessaires pour la bâtisse ; aussi peut-on dire que c'est avec cette pierre qu'est construite la plus grande partie des murailles qui s'élèvent à la surface de la terre. Toutes ses variétés i\e sont pas également bonnes, mais il en est peu qui ne puissent servir au moins de moellons pour les travaux grossiers. La pierre calcaire se laisse facilement couper, soit avec la scie unie et le sable lorsqu'elle est très-dure, soit avec la scie à dents lorsqu'elle est tendre. Dans tous les cas, on la taille sans peine avec les instruments d'acier, et elle conserve bien les moulures. Elle jouit d'une assez grande résistance, surtout quand on la place dans le même sens que celui où elle se trouvait dans la carrière. Étant presque toujours déposée par couches indépendantes les unes des autres, elle s'exploite très-facilement * puisqu'elle se trouve naturellement détachée sur deux faces. Enfin, lorsqu'elle est bien choisie, elle résiste sutfisamment à l'action destructive de l'air et de la gelée ; elle possède, à la vérité, cette qualité à un degré bien moindre que le granité et le beau marbre, car elle est toujours un peu poreuse, et par conséquent perméable à l'humidité ; mais cet inconvénient pour l'usage particulier de la maçonnerie est amplement compensé par le bon marché de l'exploitation et de la taille. En outre elle se trouve dans un bien plus grand nombre de pays, et toute transportée, pour ainsi dire, par la main de la nature, dans les lieux où l'on en a besoin.
Les couches calcaires, que l'on trouve en petite quan-
lité parmi les terrains anciens, ont l'inconvénieift de s égrener par la pression, et de faire un mauvais service dans les constructions importantes. Les meilleures pierres d'appareil sont fournies par les couches qui abondent dans les dépôts secondaires, et surtout dans les dépôts tertiaires ; elles sont d'un grain serré, très-résistantes, faciles à tailler, et peu fragiles; elles renferment fréquemment une assez grande quantitéde coquilles fossiles ; leur couleur habituelle est le blanc jaunâtre plus ou moins foncé; mais, à l'air, cette couleur ne tarde pas à noircir, à causé des aspérités de la surface, qui retiennent la poussière et les toiles d'araignée! Ce n'est un inconvénient sérieux que pour les grands monumentsd'architecture, que Ton n'a pas l'habitude de recouvrir d'un badigeon. Les maisons de Paris, ainsi que ses plus beaux édifices, sont bâtis avec la pierre calcaire du dépôt tertiaire, au centre duquel cette capitale s'élève : ces pierres sont des plus excellentes qu'on puisse voir. Les villes des environs de Paris, jusqu'à une certaine distance, sont également en calcaire tertiaire. Le terrain de craie qui entoure le bassin de Paris, et qui est aussi une formation calcaire, fournit des pierres de construction d'une qualité fort inférieure ; celles qui constituent le fond de la Champagne peuvent à peine servir, tant elles sont tendres et peu solides. Après cela, on trouve la longue succession des calcaires secondaires, qui tous renferment au moins quelques bancs propres à l'usage de la bâtisse. C'est avec des pierres de cette nature que sont construites les maisons de la Lorraine, de la Franche-Comté, du Dauphiné, de la Bourgogne, du Bourbon-
nais, des bords du Rhône, du Poitou, de la Provence, d une grande partie de la Normandie, etc. X3n retrouve des calcaires tertiaires près de Marseille, près de Bordeaux, près de Clermont, et en Europe près de plusieurs grandes villes. C'est avec du calcaire tertiaire que Rome, dans les temps anciens comme dans les temps modernes, a bâti ses nombreuses maisons et ses magnifiques monuments. Ce calcaire, qui est encore aujourd'hui formé* en beaucoup de points de l'Italie, par les dépôts des rivières, est d'excellente qualité, et d'une nuance jaunâtre souvent fort agréable ; il est connu sous le nom de travertin. Par l'exposition à l'air il se durcit, et finit par acquérir cette teinte rougeâtre qui produit un si bel effet sur les débris antiques qui sont demeurés debout dans cette illustre contrée.
La pierre calcaire, outre les services que nous venons d'énumérer, et pour lesquels, inférieure au granité, si Ton ne consulte que sa qualité, elle se montre supérieure à toute autre matière, si l'on tient compte en même temps du caractère économique, rend à l'architecture un dernier service, dans lequel rien ne saurait lui disputer son droit à l'excellence : c'est elle qui fournit la chaux, et qui devient ainsi le principe du mortier ; agent précieux qui nous permet d'élever d'immenses constructions qui, une fois terminées, ne sont plus, pour ainsi dire, qu'un seul bloc de pierre, et qui cependant ont été façonnées aisément, pièce à pièce, et, comme une mosaïque, de fragments juxtaposés ; agent d'autant plus admirable qu'il a le don de résister au temps, et qu'au rebours de toutes les choses humaines, il se consolide
et prend une nouvelle force à mesure qu'il vieillit. Toutes les pierres calcaires, lorsqu'on les calcine à une forte chaleur rouge, produisent de la chaux ; c'est une de leurs propriétés fondamentales ; mais il s'en faut de beaucoup que toutes ces chaux soient aussi bonnes les unes que les autres. Toute pierre à chaux est une pierre calcaire, mais toutes les pierres calcaires ne sont pas des pierres à chaux. On n'exploite sous ce nom que les variétés qui sont susceptibles de donner par la cuisson un produit convenable.
On distingue trois sortes principales de chaux : la chaux grasse, la chaux maigre et la chaux hydraulique. Nous allons en dire rapidement quelques mots, sans nous occuper des variétés secondaires.
La chaux grasse est la plus mauvaise; mais comme elle est la plus abondante et en même temps la plus économique, elle est aussi la plus habituellement employée dans les constructions communes; elle absorbe beaucoup d'eau, augmente considérablement de volume, et supporte une très-forte proportion de sable, ce qui fait qu'une petite quantité de cette chaux suffit pour la préparation d'une grande quantité de mortier ; mais elle n'acquiert jamais une solidité bien satisfaisante, ne durcit à l'air que fort lentement, et ne durcit jamais dans l'eau et dans les lieux humides. Elle est ordinairement d'un beau blanc. Elle? provient des 4 variétés de pierre calcaire les plus pures, et c'est précisément sa pureté qui devient la cause de son infériorité.
La chaux maigre augmente peu de volume lorsqu'on l'éteint, absorbe peu d'eau, et supporte peu de sable.
Elle est donc peu économique. Mais elle fournit un fort bon mortier, qui acquiert avec le temps une assez grande consistance, durcit promptement à l'air, et se solidifie, du moins jusqu'à un certain degré, dans les lieux humides ou inondés. Elle est généralement d'une couleur moins blanche que la chaux grasse, et s'en distingue aisément par la manière dont elle se comporte avec l'eau. Elle est fournie par des calcaires compactes, secs, mélangés d'une petite quantité d'argile.
La chaux hydraulique est la chaux par excellence. Elle durcit sous l'eau, promptement, complètement, et sans le secours d'aucun mélange. C'est une ressource de la plus haute importance pour la construction des piles de pont, des digues, des travaux de toutes sortes, faits soit à la mer, soit dans les rivières; l'industrie humaine serait presque suspendue si elle en était aujourd'hui privée ; heureusement elle a trouvé le moyen d'en faire d'artificielle qui possède toutes les qualités de celle que la nature a distribuée çà et là dans quelques gisements spéciaux. La chaux hydraulique se distingue des deux précédentes par sa propriété caractéristique, qui est de se changer plus ou moins promptement en une pierre solide, lorsque après l'avoir délayée on la plonge dans l'eau, et en outre par sa couleur, qui est presque toujours jaunâtre ou brunâtre. Elle est le produit de calcaires compactes, de nuance grise, à cassure terreuse, et contenant une assez forte proportion d'argile.
La chaux hydraulique, différant uniquement de la chaux grasse par ce mélange de matières argileuses ou argilo-siliceuses, il était nécessaire de rechercher si la
chaux grasse, intimement mélangée avec ces seules ma* tières, n'offrirait pas les mêmes propriétés que la chaux hydraulique naturelle; c'est en effet ce qui a lieu, et c'est par ce moyen que Ton prépare maintenant des bétons et des ciments artificiels, dans toutes les localités où Ton possède de la chaux grasse, et où la chaux hydraulique est' trop coûteuse. On commence par fabriquer de la chaux grasse qu'on laisse éteindre à l'air et sans eau, jusqu'à ce qu'elle soit entièrement en poussière : on la mélange alors le mieux possible avec des matières argilo-siliceuses naturelles, comme le trass, la pouzzolane et autres produits volcaniques ; ou artificielles, comme les schistes grillés, les scories, les cendres de houille, etc. ; on ajoute à la masse une petite quantité d'eau pour la mettre en pâte, et après l'avoir partagée en petites boules, on la fait recuire de nouveau. Pendant cette seconde cuisson, il se produit le même phénomène que dans la cuisson du calcaire hydraulique ; la siiiee et l'alumine entrent en combinaison avec la chaux, ou du moins dans une disposition moléculaire propre à la combinaison qui s'achève après le gâchage et même dans l'eau. On produit ainsi avec le béton des pierres artificielles d'une seule pièce et d'une étendue illimitée. Pour s'en servir dans les constructions sous l'eau, il suffit de préparer un moule avec une enceinte de planches, et d'y faire couler, à l'état pâteux, la matière qui s'y arrange d'elle-même, suivant la forme voulue, et ne tarde pas à y prendre corps comme la plus solide maçonnerie. Il y a loin de cette méthode si commode pour établir des fondations dans le milieu des ri-
vières, à celle des anciens architectes qui, pour établir des ponts, étaient obligés de détourner les rivières, afin de travailler dans leur lit desséché.
Le mortier n'est pas autre chose qu'une pierre artificielle produite par la combinaison chimique des atomes de la chaux avec les atomes de silice et d'alumine qui ont été mélangés avec eux. C'est sur cette vérité bien simple, mais cependant longtemps méconnue, qu'est basée toute la théorie des mortiers. Pour que la combinaison se fasse de la manière la plus complète, et acquière par suite la plus grande consistance, il faut que les éléments du mélange soient préalablement réduits à la plus parfaite ténuité, et entremêlés le plus également possible. De là la nécessité des soins les plus minutieux dans la préparation des mortiers; c'est une des premières garanties de la longue existence des édifices. De plus, la combinaison des atomes les uns avec les autres ne se faisant pas avec une promptitude instantanée, mais se continuant au contraire lentement, et suivant les lois de la durée, il en résulte que la solidité des mortiers bien préparés doit augmenter suivant une proportion fort sensible avec le temps. De là aussi cette merveille du fameux mortier des Romains, qui, formé d'éléments réduits en poudre fine, travaillé à force de bras, et avec une patience inouïe, puis, abandonné durant des siècles à l'action incessante de la force chimique, nous étonne aujourd'hui par sa dureté et sa ténacité. Mettons le même soin que cet ancien peuple dans la préparation de nos mortiers, et nos neveux, héritiers de nos monuments, leur trouveront les mêmes qualités que nous ad-
mirons aujourd'hui dans ceux que nous ont laissés les Romains.
La pierre calcaire, qui est la seule qui ait qualité pour la fabrication des ciments durables, est aussi la seule qui ait qualité pour une autre industrie également importante, bien qu'à un moindre degré, celui de la lithographie. Les variétés propres à ce genre de service sont plus rares que celles qui sont propres à fournir de bonnes chaux. Il faut des pierres compactes, à grain terne, serré, capables de recevoir un beau poli, susceptibles cependant de s'humecter jusqu'à un certain point, entièrement dépourvues de veines, de fissures, et parfaitement homogènes sur toute leur étendue. Le moindre défaut dans la pierre suffirait pour compromettre le dessin que l'on y aurait déposé. La conduite de l'opération demande une infinité de précautions ; du reste, la théorie en est fort simple. Après avoir revêtu la surface de la pierre sur les points où l'on veut du noir, et par conséquent un relief, d'un enduit gras, qui, sous la forme d'un crayon, y est appliqué par la main de l'artiste, on fait agir un acide léger qui dissout et creuse la pierre calcaire partout où elle est demeurée à nu, et laisse au contraire en saillie tous les points où a passé le crayon, et sur lesquels la liqueur corrodante est sans prise. Après quelque temps la pierre calcaire se trouve changée en une sorte de bas-relief, duquel on peut tirer des épreuves, comme d'une planche d'imprimerie. Les meilleures pierres lithographiques sont celles qui viennent des carrières de Papenheim en Bavière ; elles dépendent de la formation des calcaires secondaires. On en trouve aussi
en France dans plusieurs localités, notamment près de Belley, près de Dijon, près de Châteauroux et même dans les dépôts tertiaires près de Paris ; mais elles ne valent pas celles de Papenheim, et ne sont généralement en usage que pour les ouvrages peu délicats.
Nous en avons dit assez de la pierre calcaire pour qu'il soit aisé de juger que c'est une des plus précieuses richesses de l'espèce humaine, à cause de l'importance et de la variété des emplois auxquels elle s'applique. Elle ne jouit pas d'une seule propriété que nous n'ayons su tourner à notre profit : sa demi-translucidité, sa dureté, sa blancheur et l'éclat de sa couleur dans ses mélanges sont le principe des marbres ; sa solidité, sa consistance, sa facilité à se laisser tailler, forment celui des pierres d'appareil ; sa décomposition par la chaleur qui en chasse l'acide carbonique et en isole la chaux, est utilisée pour la préparation de cet agent ; et c'est la seule pierre de laquelle il soit possible de l'extraire d'une manière aussi économique; enfin la propriété de se laisser attaquer par les acides faibles qui la dissolvent, en en dégageant l'acide carbonique, a été ingénieusement relevée par l'esprit moderne qui en a fait la base d'un art qui fournit un nouveau moyen pour la communication de la pensée.