Renan, Études d'histoire religieuse, p
après être entré dans l'histoire évangélique par la porte triomphante du mythe, l'on en est sorti par une porte semblable. C'est là, certainement, une erreur. Les Pères les premiers ont fait leur entrée par cette porte, et avec une hardiesse égalée sans doute, mais non surpassée par les mythologues allemands.
Rien n'est plus commun dans les Pères que cette pensée empruntée à saint Paul : la lettre tue, l'esprit vivifie; et un pape qui compte entre les principaux docteurs de l'Église, saint Grégoire dit : « Où la lettre manque, il faut recourir au mystère ^. » Mais, dans l'application, cette maxime n'est pas aussi simple qu'elle le paraît, elle soulève, au contraire, de grandes difficultés. Si , comme Origène l'affirme, l'Écriture, prise au pied de la lettre, est remplie d'erreurs et de contradictions, il est clair qu'il faut rejeter le sens littéral; mais, d'un autre côté, il est également évident que rejeter le sens littéral, seul immuable, c'est affaiblir l'autorité de la Bible, c'est mettre les chrétiens dans d'étranges perplexités, puisque l'interprétation étant un procédé de critique tout humain, il y aura autant de commentaires que
1 . Uhi déficit liilera, eundum est ad myslerhim. Ces paroles sont rapportées par Serrarius, Prolegom., cap. xxi, quœst. 4.
de commentateurs, autant de sens que d'interprètes. Il faut choisir, dit Origène; cependant, le choix n'est pas facile; l'examen détaillé que nous allons faire des miracles de Jésus prouvera que ces miracles, incompréhensibles en général dans le sens mystique, sont tout à fait inadmissibles dans le sens littéral.