‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 103 sur 169 · Marc, II, 3, 4. — Luc, v · texte numérisé non relu

Marc, II, 3, 4. — Luc, v

trouvées? Pas dans la maison, puisqu'on n'y pouvait point entrer. N'importe encore, les voilà sur le toit, brisant les tuiles, déclouant les voliges et faisant une ouverture assez large pour introduire le lit. Ceux qui étaient dans la chambre de Jésus et ceux qui se pressaient à la porte ont du. recevoir dans les yeux et sur la tête la poussière et les décombres, et ils n'ont rien fait pour arrêter ces étranges travailleurs? Un mot de Jésus les aurait certainement calmés. Par ce mot qu'il aurait dit- à coup sûr, puisqu'il pouvait opérer de loin la guérison qu'il opéra, dit-on, dans la chambre, il épargnait un grand préjudice au propriétaire qui l'avait reçu chez lui. Et ce propriétaire, est-ce qu'il a vu tranquillement démolir sa maison ?

La seule manière raisonnable de répondre à ces objections du bon sens c'est de rejeter la lettre, c'està-dire de nier le fait matériel ; de voir, comme ont fait les commentateurs, dans le paralytique, le genre humain; dans les quatre porteurs, les quatre évangélistes qui conduisent le monde à Jésus et relèvent jusqu'au faîte de la maison de sagesse, où s'opère la guérison de notre paralysie spirituelle. Explications ingénieuses, habilement imaginées pour prévenir l'inévitable incrédulité où le fait matériel aurait jeté tout homme n'écoutant que sa raison et son bon sens.

Au lieu de ce miracle, dont il ne parle pas, Jean

raconte l'histoire d'un autre paralytique guéri à Jérusalem, un jour de fôte, en présence des anciens du peuple, des membres du grand conseil. « Il y a, ditil, près de la Probatique (porte du marché aux bœufs et aux moutons), une piscine appelée en hébreu Bethsaïde (maison de miséricorde), ayant cinq portiques où gisait une multitude de malades, aveugles, boiteux, paralytiques, attendant le mouvement de l'eau. Car un ange descendait au temps marqué dans la piscine, et, dès que l'eau était agitée, celui qui y entrait le premier était immédiatement guéri, de quelque infirmité qu'il fût atteint. Dans le nombre, se trouvait un homme malade depuis trente-huit ans, à qui Jésus, le voyant étendu par terre, demanda s'il voulait être guéri, a Je le voudrais bien, répondit le malade, mais je n'ai personne pour me mettre dans la piscine quand l'eau est agitée. Pendant que j'y vais, un autre y descend avant moi. » Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton lit et va-t'en. » Et le malade, guéri sur le champ, prit son lit et s'en alla^. i Piemarquons d'abord que les Synoptiques ne parlent pas de ce miracle, opéré cependant, selon le quatrième Évangile, dans une circonstance solennelle, à Jérusalem, pendant les fêtes de Pâques, devant la

>!. Jean, V, 2-0.

multitude nombreuse que ces fêtes y attiraient. On pourrait dire que Marc et Luc ne les connaissaient pas, mais Matthieu, témoin oculaire puisqu'il accompagnait Jésus, ne pouvait pas l'ignorer.

Un silence plus significatif encore que celui des Synoptiques, c'est le silence des historiens juifs. Dans ses. Antiquités judaïques et son Histoire de la guerre des Juifs, oii il décrit Jérusalem et son temple avec une abondance de détails souvent excessive, Josèphe ne dit pas un seul mot qui puisse, même indirectement, confirmer le récit de Jean. Il n'est pas admissible qu'il ait oublié le miracle perpétuel de cette piscine visitée par un ange et où les malades, quelle que fût la gravité de leur état, auraient infailliblement trouvé leur guérison. Puisque les aveugles, les boiteux, les paralytiques s'y rendaient en foule, la vertu curative de l'eau était connue depuis longtemps, le miracle s'était opéré plusieurs fois, et alors, comment expliquer non -seulement le silence des historiens, mais celui de l'Ancien Testament? A quelle époque a commencé le miracle? au profit de qui s'est-il fait la première fois? Cette maison de Miséricorde, consacrée par de tels prodiges, si visiblement marquée du doigt de Dieu, aurait été placée sous l'autorité des magistrats de Jérusalem et confiée à la direction des prêtres. Abandonnée à la foule, elle ne

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pouvait être qu'une cause de scandale et de perturbation. La faveur du ciel ne s'appliquant ni au mérite, ni au besoin du malade, le premier qui arrivait dans l'eau étant le seul guéri, il est facile d'imaginer l'émotion des malades accumulés sous les cinq portiques de la piscine lorsque l'ange se montrait; de les voir se lever, se précipiter, se retenir, se renverser, se fouler aux pieds les uns les autres. Quel désordre, quelle confusion, quelles querelles, quels horions ! Et, naturellement, les parents et les amis des malades étaient là. L'apparition de l'ange et le mouvement de l'eau devenaient donc le signal d'une vraie bataille, et un seul excepté, celui qui le premier tombait dans l'eau, tous les malheureux qui étaient venus chercher leur guérison s'en retournaient chez eux plus malades.

Peut-on supposer que la police de Jérusalem n'eut rien fait pour prévenir ou réprimer de tels abus?

L'auteur du quatrième Évangile prétend que le paralytique attendait depuis trente-huit ans. Il aurait pu attendre cent ans, et toujours inutilement, puisque le miracle était le prix de la course et que ce prix-là 'un paralytique était bien sur de ne le gagner jamais. ^Les écrivains ecclésiastiques admirent la patience de cet homme. Un homme paralysé, qui attend pendant trente-huit ans une guérison impossible sans une grande

agilité, a le cerveau plus malade que les jambes : ce n'est pas sa patience qui est admirable, c'est sa folie.

Il n'est pas un seul des trente-trois miracles racontés par les évangélistes qui, pris à la lettre, ne soulève des objections semblables. Ne pouvant les prendre un à un sans nous condamner à des redites inutiles, nous en examinerons encore deux, les aveugles guéris et la multiplication des pains, avant d'arriver aux plus surprenants de tous incomparablement, ceux des trois morts ressuscites.

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