Jean, ix, IG
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les yeux de l' entendement; si la terre est la lettre de l'Ecriture, la salive l'eau de l'esprit, et si ce mélange représente la parfaite doctrine, inconnue avant la prédication de Jésus, alors, selon le système d'Origène, tout s'explique.
Examinons maintenant le miracle de la multiplication des pains et des poissons. Suivant la tradition judaïque, Elie entrant à Sarepta avait multiplié l'huile et la farine d'une pauvre veuve qui lui avait donné un vase d'eau ^. Elisée, pour la veuve d'un disciple des prophètes, avait aussi opéré une multiplication d'huile extraordinaire, et, pendant une famine, nourri les habitants de Guilgal avec vingt pains d'orge, ({ et il y en eut de reste -» » En imitant les prophètes de l'ancienne loi, Jésus devait les surpasser. Élie n'avait nourri que deux personnes, la mère et le fils, menacés de mourir de misère. Jésus, avec cinq pains d'orge et trois petits poissons, rassasie une multitude composée de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, c'est-à-dire au moins sept ou huit mille personnes. La scène se passe dans le désert de Bethsaïde, au delà de la mer de Tibériade, dit Jean.
i. Uoi.s m, xviF, 10-10.
'i. Ibul , IV, IV, I, 0, 42, 44.
Jésus étant parti de Capharnaûm, la foule qui le suivait dut faire six ou sept lieues avant d'arriver au désert. Le jour commençant à décliner, les Douze dirent à Jésus : a Renvoyez donc tous ces gens-là, afin qu'ils puissent aller dans les villages voisins acheter de quoi manger, car nous sommes ici dans un lieu désert. » Jésus, voyant la multitude venir à lui, dit à Philippe : « Où trouverions-nous assez de pain pour les faire manger? — Deux cents deniers ne suffiraient pas, répond Philippe, pour donner un peu de pain à chacun. » André, frère de Simon Pierre, dit : «Il y a ici un enfant qui a cinq pains d'orge et deux poissons, mais qu'est-ce que cela pour une si grande multitude? — Faites-les asseoir, répond Jésus, par groupes de cinquante; ce qu'ils firent. » Alors Jésus, prenant les cinq pains et les deux poissons, les bénit et les donna aux disciples ; les disciples les donnèrent à ceux qui étaient assis, et cjuand ceux-ci furent rassasiés, Jésus dit : « Ramassez ce qui reste ; » et ce qui restait emplit douze corbeilles. Or ceux qui avaient mangé étaient cinq mille, sans compter les femmes et les petits enfants^. »
Matthieu et Marc ont un autre récit du même
1. Matth., XIV, -10-21. — Marc, vi, 33-44. — Luc, ix, 12-17. -- Jean, vi, 5, 13.
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genre : u Jésus , disent -il s , étant sur une montagne le long de la mer de Galilée, dit à ses disciples: « J'ai pitié de ces gens-là, car il y a trois jours qu'ils sont avec moi, et ils n'ont pas de c{uoi manger, et je ne veux pas les renvoyer ainsi à jeun de peur c^u'ils défaillent en chemin. — Gomment, répondent les disciples, trouverions-nous dans ce désert assez de pain pour rassasier une si grande multitude? — Combien de pains avez-vous? dit Jésus. — Sept et quelques petits poissons. » Jésus ordonna à la multitude de s'asseoir à terre, prit les pains et les poissons, les bénit et les fit distribuer. Tous en mangèrent jusqu'à satiété; et, des morceaux qui restèrent, on remplit sept corbeilles. Ceux qui mangèrent étaient quatre mille , sans compter les femmes et les enfants ^.))
Les auteurs ecclésiastiques ont vu là deux faits différents. 11 suffit cependant de comparer les deux récits pour se convaincre que, sauf une insignifiante différence dans les chiffres, c'est le même miracle raconté deux fois dans les mêmes termes. La manière dont il s'opère, les raisons qui le provoquent, les circonstances qui l'accompagnent, les paroles des apôtres, tout est identique. Mais qu'il y