‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 106 sur 169 · MaUh., XV, 32-38. — Marc, viii · texte numérisé non relu

MaUh., XV, 32-38. — Marc, viii

en ait un ou deux, peu importe : les observations que nous avons à faire sont les mêmes.

Et d'abord, est-il possible que plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants aient pu passer trois jours et trois nuits au grand air et à la belle étoile, sans boire ni manger? Ces hommes avaient sans doute un métier, ces femmes un ménage; ils ont du, le premier jour, en voyant arriver la nuit, songer h regagner leurs domiciles. Et s'ils n'avaient ni métier, ni ménage, ni domicile, c'étaient donc des vagabonds ? Mais six à sept mille vagabonds ne marchent pas en masse sans éveiller l'attention de l'autorité, surtout dans un pays constamment bouleversé par des émeutes et des révolutions. Au moment du miracle, on découvre un enfant qui a cinq pains et deux poissons. Il les a donc portés pendant trois jours ; et les deux premiers jours, dans cette multitude affamée, il n'est venu à l'idée de personne de les lui demander ou de les lui prendre ?

Quand Jésus s'aperçut que ces gens -là mouraient de faim, le jour baissait. Il a fallu certainement beaucoup de temps pour compter six à sept mille personnes, les diviser par groupes de cinquante ou même de cent cinquante, leur distribuer le pain et ramasser les restes. Ces sept mille personnes sont donc restées assises sur la terre ou sur

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l'herbe toute une de ces nuits froides de la fin do mars ou du commencement d'avril, puisque Jean dit que « la Pâque des Juifs approchait '^. » Les apôtres mirent les restes dans douze corbeilles. D'où venaient-elles? Ce n'est pas dans le désert qu'on les avait trouvées, et quant aux apôtres ils n'en avaient point, puisque Jésus leur défendait de rien porter avec eux ; et il n'est pas probable que dans la foule il se soit rencontré juste douze individus pour s'embarrasser chacun d'une corbeille. Ce qu'il y a de plus surprenant encore que le miracle , c'est le peu d'impression qu'il fait sur les apôtres ; ils ne le remarquent même pas. u Ils ne le comprirent pas , )) dit le deuxième évangéliste , « parce que leurs cœurs étaient aveuglés -. » Mais le cœur n'a rien à faire ici. La multiplication des pains était un fait matériel, palpable, opéré en présence et au profit de six à sept mille personnes; les cœurs des apôtres avaient beau être aveuglés , comme leurs yeux ne l'étaient point, ils auraient dû voir le miracle.

C'est là, du reste, l'effet ordinaire des miracles de Jésus ; ou ils passent inaperçus, ou ils provoquent

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