CHAPITRE VIIL
LES MIRACLES (suite). — LES TROIS MORTS RESSUSCITES.
La mort est l'immuable loi de la nature à laquelle sont soumis tous les êtres organisés, et pour faire croire à la résurrection authentique d'un homme authentiquement mort, il faudrait des preuves, non-seulement historiques et morales, mais matérielles et incontestables, qui n'ont jamais existé en aucun pays ni en aucun temps. Combler l'abîme qui sépare la vie de la mort est, de toutes les choses impossibles, la plus absolument impossible. Nul n'oserait dire aujourd'hui qu'un mort vient de ressusciter ; et celui qui prétendrait avoir fait ou vu ce miracle serait regardé comme un imposteur ou comme un fou. 11 n'en était pas de même au temps dont nous parlons.
Les Phéniciens et les Grecs, notamment les habitants d'Alexandrie et de Byblos, célébraient par de
joyeuses fêtes la résurrection dWdonis^. L'Égyptien Zachlas, contemporain d'Apulée, rendit la vie à uni mort en lui appliquant à trois reprises une certaine herbe sur la bouche et une autre sur la poitrine 2. Apollonius de Tyane, étant à Rome et entrant dans le palais de Télésinus, voit le convoi d'une jeune fille de maison consulaire qui, destinée à être mariée ce jour-là même, était morte la veille subitement. On l'avait placée à découvert sur son lit mortuaire, et on la portait au bûcher, suivie de ses parents, de son fiancé et d'une foule immense. Apollonius, se penchant vers la jeune fille et l'appelant par son nom, la secoue fortement. Soudain elle ouvre les yeux, se lève et rentre dans la maison paternelle au milieu de la foule éperdue d'étonnement et de joie, et Damis, disciple d'Apollonius, a l'audace d'affirmer qu'il a été témoin oculaire du fait^.
Voilà, certes, un miracle réunissant, en apparence, toutes les conditions d'authenticité : il est opéré en plein jour, devant une grande multitude, dans la capitale de l'empire romain; cependant, la grossière
4. Sainlc-Croix, Recherches sur les myslères du paganisme, t. II, p. 104 et lOG.