‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 109 sur 169 · Apuléo, Mrlamorpli., liv · texte numérisé non relu

Apuléo, Mrlamorpli., liv

3. Vie d'Apollonius de Tjane, par Logrnrul d'Aussy, t. II, p. 75, 7G.

imposture de Damis n'a pas fait une seule dupe.

Il y a aussi des morts ressuscites dans l'Ancien Testament. A Sarepta, Élie ressuscite le fils de la veuve pour qui il avait déjà multiplié l'huile et la farine. Elisée ressuscite le fils de la Sunamite en mettant sa bouche sur la bouche, ses yeux sur les yeux , ses mains sur les mains du mort. Son pouvoir surnaturel ne finit point avec sa vie. Un jour qu'on allait ensevelir un homme, les porteurs, apercevant une troupe de bandits moabites, jettent le mort dans le tombeau d'Elisée. Le cadavre touche les os du prophète, le mort revient à la vie, se lève et s'enfuit^.

Jésus, répétons-le, ne pouvait pas se montrer inférieur aux prophètes ; il ressuscite donc trois morts. Il y a, dans les trois miracles, une progression évidente qui les classe naturellement ainsi : la fille de Jaïre, le fils de la veuve de Naïm, Lazare. Matthieu et Marc n'ont qu'une seule résurrection : celle de la fille de Jaïre ; Luc en a deux : celle de la fille de Jaïre et celle du fils de la veuve de Naïm ; Jean une seule: celle de Lazare 2. Voici d'abord le récit des trois miracles.

4. Roi?, m, XVII, 19-22; — IV, iv, 32, 37; — xiii, 21. 2. Matih., IX, 18 et siiiv. — Marc, v, 22 et suiv. — Luc, vu, 41 à îo et VIII, 41 et suiv. — Jean, xi, 1 et suiv*

Jésus était, au grand scandale des Pharisiens, à table chez Matthieu, alors receveur des contributions, lorsqu'un chef de la synagogue de Capharnaum se jette à ses pieds et lui dit: « Ma fille vient de mourir, accours lui imposer les mains et elle vivra. » Jésus part immédiatement, suivi d'une grande multitude. En chemin, le chef de la synagogue rencontre ses serviteurs qui lui disent : « Il est inutile que vous laissiez le Maître aller plus loin, votre fille est morte. — Ne craignez point, dit Jésus au père affligé j croyez seulement. » Arrivé à la maison, il la trouve encombrée de pleureurs, pleureuses, joueurs de fl Cite et de tout le personnel mortuaire-^. 11 leur dit: » Retirez-vous, car la fille n'est point morte, elle n'est

4. Les peuples d'Orient et en particulier ceux qui étaient les plus voisins de la Palestine ne faisaient pas de funérailles sans musique et sans instruments. Les pleureurs et pleureuses, loués pour se lamenter en mesure, donnaient le ton aux lamentations des ; parents et de tous ceux qui assistaient aux funérailles. Les flûtes dont on se servait, entièrement différentes des autres, avaient une longueur déterminée, un son triste et aigu. Les Phéniciens, qui les avaient inventées, les appelaient gingres, du nom même qu'ils donnaient à Adonis. Elles furent consacrées d'abord au deuil de cette divinité; ce deuil était en môme temps l'anniversaire de ses funérailles et le modèle des funérailles ordinaires. — Voir, sur a passage du premier Évangile, les Explications de plusieun textes difficiles du \oiivcaii Testament, par dom Martin (Jacques), de la congrégiilion do ^'aiiit-Maur. Seconde parlie, explicatio:i M, §§1,2, 3.

qu'endormie. » Ils se moquent de lui, mais sortent. x41ors Jésus entre et prend la main de la jeune fille, qui se lève. Tel est le récit de Matthieu.

Marc et Luc sont plus détaillés. Ils nous apprennent-que le chef de la synagogue s'appelait Jaïre, et qu'il dit à Jésus : a Ma fille se meurt, » et non elle est morte. Arrivé à la maison, Jésus ne veut d'autres témoins que Pierre, Jacques et Jean, le père et la mère. Il prend la main de la jeune fille en disant : <( Ma fille, lève-toi, je te l'ordonne. » Immédiatement la fille se lève et marche. « Elle avait douze ans, » dit Marc. « Jésus, dit Luc, commande qu'on lui donne à manger, et défend qu'on parle à personne de ce qui vient de se passer. »

La résurrection du fils de la veuve de Naïm se fait plus simplement et sans nulle mise en scène. Jésus, arrivant à Naïm, rencontre aux portes de la ville ceux ciui allaient ensevelir le fils unique d'une veuve. « Ne pleurez pas, » dit-il à la mère ; et, touchant le cercueil, il s'écrie : a Jeune homme, lève-toi, je te l'ordonne. » Le mort se lève, parle, et Jésus le rend à sa mère.

La résurrection de Lazare a plus de solennité. Deux femmes qui s'étaient attachées h Jésus, Marie et Marthe, demeuraient avec leur frère Lazare à Béthanie, petit bourg au pied du mont des Oliviers

à quinze stades (une demi -lieue) de Jérusalem. Lazare étant tombé malade, ses sœurs en informent Jésus qui prêchait au delà du Jourdain. Au lieu\ de s'émouvoir, Jésus répond : a II ne mourra pas de cette maladie; » attend encore deux jours et alors dit à ses disciples : a Notre ami Lazare dort, mais je vais l'éveiller. » Arrivé à Béthanie, il apprend que Lazare est mort et enterré depuis quatre jours, demande où est le sépulcre et s'y fait conduire. C'était une grotte dont l'entrée avait été fermée avec une pierre; il ordonne qu'on la lève. « Mais il sent mauvais, dit Marthe. — Ne vous ai-je pas dit, répond Jésus, que si vous croyez vous verrez la gloire de Dieu? )> La pierre est levée, et alors Jésus crie à haute voix : <i Lazare, viens dehors! » Lumédiatement Lazare se relève, ayant les pieds et les mains liés et le visage encore couvert d'un linge^. « Qu'on le délie, dit Jésus, et qu'on le laisse aller. »

Voilà les trois miracles. Dans notre siècle d'incrédulité, un seul, le dernier surtout, mettrait le monde aux pieds du thaumaturge. Comprend-on, alors, qu'aucun des Synoptiques ne parle de ce miracle qui fit tant de bruit et un si grand scandale dans

i. Los Juifs couvraient les morts d'un linceul, ensuite ils les entouraient do plusieurs bandelettes, en commençant au-dessous de la tète et en continuant jusqu'à rexlrémité des pieds.

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Jérusalem? Est-il admissible que tous les trois aient oublié ou omis l'acte le plus éclatant de la vie ck Jésus? Pierre et Matthieu étaient à Béthanie le jouï de la résurrection de Lazare ; Matthieu n'ignorait donc pas le miracle, et Marc certainement a du l'entendre raconter par Pierre, s'il est vrai qu'il ait été son secrétaire. Si le miracle est authentique, si les Juifs par leurs imputations ont calomnié Lazare et Jésus, comment expliquer le silence de Marc et surtout celui de Matthieu?

Il n*est pas plus facile d'expliquer le silence de Jean sur la fille de Jaïre. Il était un des trois disciples que Jésus fit entrer avec lui dans la chambre de la morte, le miracle a dû se faire sous ses yeux ; pourquoi n'en parle-t-il pas ? Il était aussi à Naïm et Matthieu s'y trouvait également lorsque Jésus ressuscita le fils de la veuve. Luc seul parle de ce miracle. Comment lui, qui n'a pas connu Jésus, qui n'a rien vu, est-il si bien informé, lorsque les deux disciples, témoins oculaires, le sont si peu?

Il est du reste inconcevable que, pour la fille de Jaïre, on ait parlé de résurrection, puisque Jésus luimême déclare qu'elle était seulement endormie. Si l'enfant eut été réellement morte, pourquoi Jésus aurait-il fait sortir de la maison les personnes qui l'encombraient? Leurs cris pouvaient aggraver l'état de la

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malade, mais ne pouvaient rien faire à la morte. Ces personnes, disent les évangélistes , étaient les pleureuses et les joueurs de flûte. Que faisaient-ils là? Jaïre, d'après le récit évangéliqiie, apprend la mort de sa fille par ses domestiques au moment où il amène Jésus. Elle était donc vivante lorsqu'il l'avait quittée quelques minutes auparavant; il n'avait donc pas pu commander les funérailles, et le personnel mortuaire, convoqué on ne sait par qui, n'avait pas sans doute envahi précipitamment la maison pour emporter l'enfant avant que le père fut informé de sa mort.

Et si Jésus a fait un vrai miracle, pourquoi défend-il au père et à la mère d'en parler? Mais le père et la mère n'étaient pas seuls dans le secret. La maison de Jaïre était encombrée de monde, lorsque Jésus y arriva suivi d'une grande multitude. Les domestiques, les joueurs de flûte, les pleureuses, les amis qui avaient vu la jeune fille morte, la revoient vivante quelques minutes après l'arrivée de Jésus ; comment espérer que tout ce monde gardera le silence sur un si grand événement? Pourquoi cette recommandation évidemment inexécutable et par conséquent inutile?

Une dernière objection, c'est que Jésus n'a jamais réussi à entraîner aucun chef de la synagogue. Quelques-uns ont cru en lui, dit Jean, mais ils n'ont pas osé l'avouer, » de peur d'être expulsés de la syna-

gogue^. » Après cet aveu si formel de l'évangéliste, comment croire à la démarche de Jaïre, à supposer que ce Jaïre ait jamais existé, ce qui est fort douteux?

Quant à la résurrection de Lazare, il n'y a pas dans le récit évangélique un mot qui ne soulève une objection. Ici, tout parle contre le miracle : le fait matériel, la mise en scène, la décision de l'autorité publique, et surtout la conduite de Lazare après l'événement. Jésus, dit l'évangéliste, s'émut et versa des larmes. Pourquoi ces larmes? Pourquoi pleurer un homme qu'il peut et qu'il va ressusciter? Lazare était son ami, il va le revoir et lui donner une preuve éclatante de son amitié, c'était plutôt le moment de se réjouir, ou du moins de montrer quelque fermeté. Aussi plusieurs chrétiens embarrassés ou scandalisés ont-ils voulu supprimer le passage où l'Évangile parle de ces larmes, parce qu'on pouvait y voir une faiblesse ou un calcul.

Jésus, ajoute l'évangéliste, dit à haute voix : Lazare, sors du tombeau ! Pourquoi crier ? On le comprend si Lazare était vivant dans sa grotte ; mais s'il était mort, il ne pouvait pas plus entendre la voix haute que la voix basse. Après cette injonction sou-

1. Jean, vu, 48, et xii, 42. — Propler Pharisœos non confi- Ichantar, ut e synagogâ non ejicerentur.

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veraine, Lazare ressuscite, mais ayant les pieds et les mains liés, et le visage encore couvert d'un linge. Ce linge est terrible. Lazare, dit TEvangile, était mort depuis quatre jours et son cadavre sentait mauvais. La première chose à faire, c'était de le débarrasser du linceul qui l'enveloppait. Alors les spectateurs auraient vu s'il était réellement mort et si son corps se décomposait. Ils auraient observé le changement qui dut s'opérer dans les traits de son visage, cette ineffable transformation d'une chair corrompue en une chair vivante, ils auraient en un mot pris sur le fait ce prodige des prodiges d'un homme mort depuis quatre jours et qui ressuscite. Le linge qui couvre la tête de Lazare cache le miracle.

Mais ce qui le cache bien plus encore, c'est la conduite de Jésus, de ses disciples et de Lazare après la résurrection. Une dispute s'élève entre les spectateurs; les uns, dit Jean, croient au miracle et s'attachent à Jésus; d'autres crient à l'imposture et la dénoncent au prince des prêtres et aux Pharisiens. Immédiatement Jésus, avec ses disciples, va se cacher à Éphrem, près du désert, fuyant la police qui le cherche avec ordre de l'arrêter, et à dater de ce mo- 'mcnt, dit l'Lvangile, « il ne se montre plus en pu- ' blic^ »

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