Deutér., vi
210 HISTOIRE ÉLÉMEMAIRE
de chair les honneurs dus à rELcrnei seuL Et s'il s'élevait un prophète qui demandât ces hommages pour un autre que rÉternel, les prescriptions de la loi étaient aussi claires que redoutables : « Ce prophète mourra, tu le tueras... tu l'assommeras de pierres, et il mourra parce qu'il a cherché à te détourner de rÉternel ton Dieu^. »
La loi et les prophètes n'enseignaient rien de plus essentiel que l'unité de Dieu, et les Juifs étaient profondément attachés à ce principe fondamental de leur religion. C'est là- dessus que les prophètes s'exhalent. « Je suis le premier et le dernier^ a dit l'Éternel, et il n'y a point de Dieu si ce n'est moi. Je suis le seul Dieu et il n'y en a point d'autre; à qui me feriez-vous semblable? vous ne jurerez point par mon nom... )) Ainsi, lorsque Jésus prend ce nom ou d'autres noms qui expriment la gloire et la puissance de l'Éternel, les Juifs ne peuvent s'empêcher de l'accuser de blasphème, 'car Dieu dit encore : je ne donnerai point ma gloire à un autre. De plus, les prophètes avaient solennellement déclaré que l'Éternel était le seul sauveur de la terre ; « y a-t-il un autre Dieu juste et qui sauve, si ce n'est moi? » Or, nonseulement Jésus prétend sauver les hommes, mais il
\. Dcutcr., xni, 2 el suiv.
se donne pour le Sauveur par excellence, prenant ainsi un titre que les prophètes ont déclaré incommunicable, car l'Éternel a dit : Il n'y a point de Dieu qui ait été formé avant moi, et il ny en aura poinil après moi,
Jésus disait : « Je suis le pain descendu du cieli nul n'est monté au ciel si ce n'est celui qui en est descendu; celui qui est venu d'en haut est pardessus tous... Je suis descendu du ciel, je suis issu de Dieu et je vais retourner à mon père ; tout ce que le père fait, le fils le fait; comme lui, comme le père, le fils a la vie en lui-même. Mon père et moi nous sommes une même chose; celui qui me voit, voit aussi mon père^. » Quelle impression de telles paroles ne devaient-elles pas produire sur des hommes instruits par les prophètes et rigoureux observateurs de la loi qui condamnait comme blasphémateurs ceux qui usurpaient le nom de Dieu !
Ce nom, Jésus ne le prit pas immédiatement. Il fit un premier pas le jour oii, à Capharnaûm, il dit au paralytique : « Tes péchés te sont remis, » au grand scandale des Pharisiens qui s'écrièrent : K Quel blasphème ! puisque Dieu seul peut remettre
. Jean, m, 13, 31; v, 19, 26; vi, 51; viii, 42; x, 30; tiv, 8, etc.
1A2 inSTOIUE CRITIQUE DE JÉSUS.
les péchés'^. » Mais C3 scandale fat plus grand et plus général lorsqu'il se déclara fils de Dieu, égal à Dieu. Mots ses partisans eux-mêmes l'accueillirent par des murmures, plusieurs de ses disciples l'abandonnèrent (( et ne voulurent plus aller avec lui-. » Seuls, les douze apôtres qui, eux aussi, devaient bientôt le renier, lui restèrent encore fidèles. Ce jour-là, les Pharisiens n'eurent plus rien à craindre ni du peuple de Jérusalem, ni des bandes galiléennes. Réformateur, prophète et Messie, Jésus était redoutable ; accusé d'impiété et considéré comme blasphémateur, il était frappé d'impuissance. L'arrestation du prophète aurait produit un soulèvement, celle du blasphémateur put s'opérer avec impunité. Désormais , la lutte était finie ; la fuite même, où le Maître pendant son apostolat avait si souvent trouvé son salut, n'était plus possible; il ne restait plus à Jésus qu'à se préparer à la mort. 11 en fut bien convaincu, et l'annonça aux douze avec beaucoup de calme, pendant le dernier repas qu'ils firent ensemble, le jour même de son arrestation.
■1. MniT, II, 7. — Luc, V, 21.