BiblioLh. SS. PP., t. I, p. 329. Paris
à Menna, patriarche de Constantinople, un sermon adressé au pape Vigile, et au pape Vigile deux livres adressés à Justinien et à Théodora, où leur hérésie était clairement enseignée, et ils insérèrent ces trois pièces dans les actes du cinquième concile conservés à la bibliothèque du patriarcat de Constantinople. Comment n' eût-on pas cru à la vérité de ces pièces en les voyant dans une copie si authentique, si le sixième concile n'eût découvert et publié la fraude ^ ? Que de livres faits avec plus de soin et d'artifice ont échappé à la critique! .
Quoique la passion et l'esprit de parti aient fort embrouillé les vieux livres, il serait néanmoins assez facile, en général, de démêler la fraude, si elle n'avait pas d'autres sources. Mais ce qui rend la confusion inextricable et l'incertitude souvent sans remède, c'est ciue dans l'Eglise même, et sans mauvais dessein, les suppositions, interpolations et falsifications ont été très-ordinaires et très-anciennes. Lue très-grande partie de ces fraudes, les une pieuses, les autres calculées, doit être attribuée aux copistes. Les livres étant fort rares et très-coûteux, les copistes de profession n'hésitaient pas à les abréger pour les voiidrc à bon marché ou à les allonger pour
]. Concil.; t. III; Concil. G, act. 3, p. 22, eL act. 1 i, p. 214, ÎI5, 216.
les vendre cher. Quant à ceux qui copiaient un livre pour leur propre usage, ils se gênaient encore moins. Ils laissaient de côté sans aucun scrupule ce qui leur paraissait inutile, et mettaient dans la marge ou dans les interlignes des annotations ou des commentaires qu'un autre copiste ignorant ou distrait transportait ensuite dans le texte. Saint Jérôme se plaint amèrement de la négligence et de l'audace de ces copistes qui, dit-il, « écrivent non ce qu'ils trouvent, mais ce qu'ils entendent, et mettent leurs propres erreurs à la place de celles qu'ils prétendent corriger *. » D'ailleurs, lorsque ceux qui faisaient le commerce des livres avaient entre les mains un ouvrage d'un auteur inconnu ou mal famé, ils y mettaient un nom vénérable ou illustre, qui assurait le débit de cette marchandise de contrebande. C'est ainsi que le livre des Novatiens sur la Trinité fut publié avec le nom de Tertullien^. et le traité de Ruffin sur le symbole des apôtres avec le nom de saint Cyprien. Ruffm, 'cependant, avait de la réputation, mais l'illustration de saint Cyprien était incomparablement plus grande. Ces spéculations ont contribué autant peut-être que
1. Ep. 28, ad Luci?i. — Scribunt non quod inveniunt, sed quodintelligunt, et dum aliènes errores emendare nitimlur, osteiidunt suos.