CHAPITRE VII
PROCÈS DE JKSUS (seconde PARTIE). — JÉSUS CHEZ ANNÎ ET CAÏPIIE. — RENIEMENT DE PIERRE.
Après avoir prouvé que les Juifs avaient le droit de condamner à mort pour crime de religion, il conviendrait d'examiner si le procès de Jésus, tel qu'il est raconté par les évangélistes, est historiquement vrai et môme possible. C'est une question qui se résoudra par un petit nombre de considérations aussi claires que décisives quand nous aurons exposé les iaits.
Il y avait à Jérusalem, pour l'administration do fa justice, trois juridictions différentes : 1° des tribunaux composés de trois juges, pour les affaires do médiocre intérêt; 2° des tribunaux composés chacun de vingt-trois membres, pour les causes plus importantes; 3" le grand sanhédrin, composé de soixante
et onze membres choisis indistinctement parmi les prêtres, les scribes et les anciens. Tribunal suprême et sorte de cour de cassation pour toutes les affaires déjà jugées par les tribunaux inférieurs, le grand sanhédrin décidait seul, exclusivement et sans appel dans les procès pour cause d'irréhgion. Dans les affaires criminelles, où vingt-trois membres au moins devaient êtres présents, il ne siégeait ni la nuit, ni les jours de fête, et il condamnait, suivant la nature du crime^ à l'un de ces c^uatre supplices : le feu, la décapitation, la lapidation et la potence. Une voix de majorité suffisait pour l'acquittement, il en fallait deux pour la condamnation. Après la sentence, et même sur le lieu du supplice, si un homme d'une probité reconnue déclarait avoir c|uelque chose à dire en faveur du condamné, il était sursis à l'exécution et le sanhédrin se réunissait de nouveau. Seulement il était enjoint à ceux qui avaient voté pour l'acquittement de maintenir leur vote et permis aux autres de changer d'opinion. L'indulgence de ce tribunal, composé en grande partie de Pharisiens , était telle qu'on regardait comme impitoyable le grand sanhédrin qui, en sept ans, avait condamné une personne à mort. Cette indulgence systématique des Pharisiens, opposée à la sévérité également systématique des Saducéens, causa tant de désordres, de délits et de crimes impunis,
que les Romains finirent par ôter au grand sanhédrin le droit de glaive, sauf pour les affaires de religion.
Le grand sanhédrin se réunit d'abord dans une des salles du temple voisine du sanctuaire ; mais, au milieu des vicissitudes de la nation, il n'eut plus de lieu fixe pour ses réunions. Ses nombreuses migrations commencèrent quarante ans avant la destruction du temple. Il se transporta de Jérusalem à Jabné, à Uscha, à Schiphra, à Zippora, à Tibériade. Le grand prêtre avait sa demeure particulière; mais, pour éviter toute impureté légale, il se transportait la veille des jours de fête dans un appartement du temple appelé Salle du conseil. Et c'est sans doute dans cet appartement, appelé par les évangélistes maison de Caïphe, que se réunit le grand sanhédrin.*
(( C'est là, dit Luc, que Jésus fut conduit d'abord et gardé toute la nuit. » Selon Jean, au contraire, (( il fut d'abord mené chez Anne, beau-père de Caïphe, qui était, cette année-là., grand prêtre^. » De ce verset, où Jean indique le caractère alors temporaire du pontificat, Eusèbe, et plusieurs autres après lui, ont conclu que le grand prêtre ne restait en place qu'une année, ce qui est une erreur; et, la preuve,