Corinlh., II, xi
Maintenant, est-il croyable que les soldats romains, s'emparant de Jésus, lui aient craché au visage et donné des coups de bâton sur la tête; qu'ils lui aient mis sur les épaules un manteau écarlate, sur la tête une couronne d'épines, dans la main un roseau, et que, s'agenouillant devant lui, ils lui aient dit : Je te salue, roi des Juifs ^? Est-il croyable surtout que Pilate, oubliant sa fierté naturelle et la plus vulgaire dignité de ses fonctions et de son rang, l'ait présenté ainsi grotesquement affublé aux Juifs, en leur disant : (( Voilà votre roi-? » Notons que, d'après le quatrième Evangile, où les faits sont présentés avec plus d'ordre que dans le premier et le second, c'est après la flagellation, c'est-à-dire quand Jésus a le corps ensanglanté et les chairs en lambeaux que les soldats le frappent ainsi et lui crachent au visage. Cette atroce barl^arie contre un mourant qui va expirer clans un supplice horrible ne se concevrait pas de la part d'ennemis acharnés : conrment la concevoir chez des soldats romains à qui Jésus était inconnu, au moins très-indifférent, et qui ne pouvaient avoir pour lui que la compassion naturelle qu'inspire un malheureux dans sa position.
Après avoir prononcé la sentence de mort^ Pi-
^. Matth., XXVII, 28, 29. — Marc, xv, 17-19. 2. Jean, xix, 14.
tîSS HISTOIRE ÉLÉMENTAIRE
late, dit le premier évangéliste, se lava les mains devant le peuple, en disant : « Je suis innocent du sang de ce juste ^. » Si Pilate s'est lavé les mains etapaiié au peuple pendant cette cérémonie, c'est certainement pour affirmer le contraire de ce que l'évangëliste lui fait dire. C'était surtout après les condamnations les plus justes que les juges se lavaient les mains, pour signifier qu'il ne répandaient point de sang innocent. Pilate avait une trop grande idée de sa force et un trop grand dédain pour les Juifs pour se laisser imposer une injuste condamnation. Il était homme à commettre une grande iniquité, mais trop fier pour en faire publiquement l'aveu.
N'oublions pas, avant de terminer ce chapitre, un incident dont il est parlé seulement dans le premier Évangile. Pendant que Pilate était à son tribunal, sa femme lui fait dire : « Ne vous mêlez pas de l'affaire de ce juste, car il m'a, cette nuit, causé un très-mauvais rêve 2. »
Au temps où Rome conservait ses vieilles mœurs et ses vieilles traditions, il eut paru scandaleux que le gouverneur d'une province amenât sa femme avec lui. Au temps d'Auguste, où les mœurs se relâchent et où les traditions sont oubliées ou dédaignées, la