JESUS CRUCIFIE
A l'époque où Jésus fut condamné à mort, un sénatus-consulte avait statué que l'exécution des sentences capitales n'aurait lieu que le dixième jour après la condamnation^. Jésus étant allé directement du tribunal du procurateur au supplice, plusieurs historiens et commentateurs en ont conclu que Pilate, par cette exécution immédiate, avait violé la loi romaine. Ils oublient ou ils ignorent que le sénatus-consulte s'appliquait seulement aux criminels ordinaires, condamnés régulièrement, tandis que pour les fauteurs de sédition ou les bandits de grand chemin, la peine était appliquée immédiatement 2. Jésus étant con-
^, Suctonc, TU)cr., 73. Nam quum senatue-consullo caulum essol ut pœna damnalorum in dccimum sempor dicm diiïorrclur. — Tacile, Annales^ liv. III. ch:!}). li.
2. Di'j., lil). XXVIII, t il. .'5; L. Si quis, §0, in riiic. — Ni^i forlc
damné pour crime de lèse-majesté et pom^ excitation à la révolte, Pilate n'a donc pas violé la loi en le faisant exécuter sans sm'sis.
Jésus fut livré aux soldats qui, chez les Romains, présidaient aux supplices et en étaient les exécuteurs; et, conformément à l'usage, l'exécution eut lieu hors des murs de la ville ^, sur le Golgotha, mot c{ui signifie lieu du crâne. Plusieurs Pères des Eglises grecque et latine ont cru qu'Adam avait été enterré sur cette colline, qu'on y avait retrouvé et réenterré son crâne, et Ton peut imaginer les étranges allégories qu'ils ont forgées là-dessus. Cette tradition, cht saint Jérôme, flatte Foreille du peuple, mais elle est fausse; et il a certainement raison. D'abord, qui sait, qui peut savoir oii x-idam a été enterré? ensuite à quel signe a-t-on reconnu son crâne? enfin, si les Juifs avaient appelé cette colline lieu du crâne parce qu'ils y avaient retrouvé la tête d'Adam, peut-on supposer qu'ils auraient profané la sépulture du premier homme en l'appropriant à l'exécution des malfaiteurs ?
latromanifesUis, vel seditio pPcTrupta, factioque cruenta, vel aîia justa causa, quam mox prœses literis excusavit, moram non recipiant, non pœnœ festinalione sed prcTveniendi pericali cansa, lune enim punire perraitlitur, deinde scribere. 1. Nombres, xv, 33, 36. — Rois, T, xxi, 13.
200 HISTOIRE ÉLÉMEATAIRE
En partant pour le Golgotha, les exécuteurs, suivant l'usage, placent sur les épaules de Jésus la croix où il devait expirer ; mais ayant en chemin rencontré un certain Simon, de Cyrène, ils l'obligent à porter aussi l'instrument du supplice. Ici se présente une question. Ce Simon, d'ailleurs tout à fait inconnu, a-t-il porté la croix seul, ou bien s'est-il borné à aider Jésus? L'opinion la plus ancienne et la plus générale, c'est qu'il n'a été qu'un auxiliaire, et qu'ils ont porté la croix à deux , Jésus la partie supérieure, Simon l'autre bout. Cette opinion, basée sur ces paroles de Luc, « ils le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus ^, » post Jesum, a été adoptée par les peintres qui ont représenté cet épisode de la vie de Jésus. Tous placent Jésus devant et Simon derrière. Saint Jérôme et plusieurs commentateurs après lui pensent, au contraire, que Simon a porté seul la croix derrière Jésus; mais, comme le quatrième Évangile dit formellement que Jésus porta sa croix, sans parler de l'intervention de Simon 2, saint Jérôme explique ainsi cette contradiction : « Jésus porta seul sa croix en partant du prétoire, et c'est en chemin qu'on lui adjoignit Simon le Cyrénéen. »
Il n'y a de certain sur ce point que le peu d'ac-