‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 143 sur 169 · Jeun, XIX · texte numérisé non relu

Jeun, XIX

Corel des évangélistes; quant aux opinions des commentateurs, elles ne reposent que sur des suppositions. 11 est néanmoins probable que les soldats romains, voyant Jésus exténué de fatigues et de souffrances de tout genre , voulurent le débarrasser d'un fardeau sous lequel il succombait. Or, Jésus aurait été peu soulagé si, prenant le bout opposé à la traverse, Simon lui eut laissé sur les épaules la partie la plus pesante de l'instrument de mort. Quant aux paroles de Luc, a portandam post Jesunij, » elles indiquent simplement que Simon, chargé de la croix, a marché derrière Jésus.

Il reste à comprendre pourquoi les Romains ont attendu ce Simon, rencontré par hasard, et pourquoi ils n'ont pas imposé le fardeau à un ou plusieurs des aides réguUèrement et légalement chargés de planter la croix après y avoir attaché le patient. Mais, de ces choses inexplicables, on en rencontre à chaque page des Évangiles, et en si grand nombre, qu'il faut renoncer à les comprendre et se borner à les signaler.

Le supplice de la croix fut importé en Judée par les Romains. Varus, gouverneur de Syrie, fit crucifier deux mille Juifs qui s'étaient révoltés, après les avoir fait déchirer à coups de verges^. Le premier qui ap-

^. Josèphe, Guerre judaïq., liv. II, ch. vn.

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pliqua cet horrible supplice fut Alexandre Jannoc, prince de la famille des Asmoneens, qui fit mettre en croix huit cents rebelles, après avoir fait égorger sous leurs yeux leurs femmes et leurs enfants^. L'exécuteur plaçait la croix contre terre, et le patient, entièrement nu et cloué par les pieds et par les mains, mourait quelquefois de congestion cérébrale, mais ordinairement dans une lente agonie et d'horribles convulsions 2.

Arrivé au Golgotha, Jésus fut immédiatement crucifié. On croit généralement qu'il fut cloué sur la croix déjà élevée, chose impossible. 11 aurait fallu des échelles, une pour le patient, plusieurs pour les bourreaux. Mais, outre que le mot échelle ne se trouve dans aucun des auteurs anciens qui ont parlé de ce genre de supplice, on ne voit pas où ces échelles auraient trouvé un assez solide point d'appui. Jésus a été, suivant l'usage, cloué sur la croix, couché par terre et ensuite élevé. Quant à sa nudité, elle a été complète, comme celle de tous les crucifiés. Sainte Brigitte, dans ses prétendues Révélations, ayant dit qu'on laissa un voile sur les parlics sexuelles, les peintres et les sculpteurs ont représenté Jésus crucifia

4. JoFpphe, Anl. jada'iq., liv. XIII, cli. xxii. 2. Justc-IJpsL\ de Cruce^ lib. II, cap. vu.

avec ce voile, que les habitants d'Aix-la-Chapelle ont prétendu ou cru posséder. Rien n'est moins sérieux que cette supposition. Les Romains n'ont pas agi avec Jésus autrement qu'avec les deux larrons entre lesquels il fut mis en croix. Quant aux motifs tirés de la présence des femmes et des enfants, on oublie que les anciens n'avaient pas pour la pudeur le souci que nous en prenons si naturellement aujourd'hui. Livie, rencontrant dans une rue étroite des hommes nus que l'on conduisait au supplice, dit qu'elle ne faisait aucune différence entre la nudité de ces malheureux et celle des statues.

C'était un antique usage de donner à ceux qui marchaient à la mort une boisson fortement soporifique, un mélange de vin, de myrrhe et d'autres aromates. Cette boisson, les exécuteurs l'offrirent à Jésus avant de le clouer sur la croix, pour engourdir ses sens et lui rendre moins horribles les douleurs et les préparatifs du supplice; Jésus la repoussa. Mais bientôt, dévoré de fièvre, la tête en feu, la bouche brûlante, il cria : J'ai soif! « Il y avait là, dit Jean, lin vase plein de vinaigre, les soldats en imbibèrent une éponge qu'ils appliquèrent sur ses lèvres après l'avoir mise au bout d'un roseau '^ » Là, encore,

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