‹ Histoire élémentaire et critique de JésusChapitre 144 sur 169 · J-in, XIX · texte numérisé non relu

J-in, XIX

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on a voulu trouver un raffinement de cruauté, et rien n'est plus injuste. Le mélange d'eau et de vinaigre était une des boissons ordinaires des soldats romains, et Végèce la compte parmi les objets dont ils devaient être munis en campagne. Jésus demandant à boire, les soldats lui donnèrent leur propre boisson qui le ranima un peu au milieu des angoisses de l'agonie. 11 a fallu la passion des premiers chrétiens pour voir là une abominable dérision, et la monomanie des commentateurs pour écrire, comme ils l'ont fait, des volumes sur un fait aussi simple.

Deux hommes furent mis en croix en même temps que Jésus. Ils appartenaient à ces bandes de malfaiteurs si nombreuses à cette époque, et qui se livraient à tous les crimes contre les personnes et les propriétés. Mais, comme ils prétendaient agir pour l'indépendance nationale, les Romains les traitaient comme des insurgés, et ils furent crucifiés comme coupables de sédition. Selon Matthieu et Marc, ces deux hommes insultent Jésus; selon Luc, il n'y en a qu'un qui l'outrage; Jean qui était, dit-on, au pied de la croix, n'a rien entendu , ni des injures des deux, ni du dialogue de Jésus avec le bon larron ; du moins il n'en dit rien. Embarrassés par ces récits contradictoires, les llaniwnistcs ont essayé de les concilier. Ils pi-étendcnt que les deux larrons ont commencé par

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insiiUer leur compagnon de supplice, mais que le bon, voyant les prodiges qui marquèrent la mort de Jésus, reconnut Dieu et changea de sentiment et de langage. 11 n'y a rien de tout cela dans les évangélistes. C'est avant les prodiges que Matthieu et Marc font outrager Jésus par les deux larrons, et ils ne disent pas que Tun des deux se soit converti. Quant à Jean, le plus compétent pour savoir ce qui s'est passé, puisqu'il y était, encore un coup, il n'en dit rien.

Est-il possible que dans les angoisses du supplice, au moment d'expirer, l'un des larrons ait conservé assez de force pour faire des reproches à son camaraae, dialoguer avec Jésus, le reconnaître pour Dieu, et le prier de se souvenir de lui quand il serait dans son royaume? Les malfaiteurs qui parcouraient la Judée comme insurgés étaient des Juifs c[ui, reconnaissant Dieu seul pour roi. ne voulaient pas subir le joug des Romains. Le larron du Calvaire était de ce nombre, et le voilà qui reconnaît pour Dieu un compagnon de supplice, pour Messie un homme crucifié par les Romains, lorsque pour tout Juif le Messie devait briser le joug des Romains, délivrer le pays de la servitude et rappeler les splendeurs du royaume d'Israël 1.

. C'est par un tour de son ancien métier, dit Saint-Paulin,

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Ce qui n'est pas moins incroyable, c'est la présence de Marie au pied de la croix. Une mère n'a pas pu avoir le courage d'assister ainsi au supplice de •von fils; et, à supposer c|ue l'excès de la douleur Tait entraînée irrésistiblement, il n'est pas possible qu'il ne se soit trouve personne pour l'arracher à cet horrible spectacle. Le quatrième Evangile a seul cette choquante invraisemblance; les Synoptiques citent seulement, parmi les spectateurs, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jaccjues et de Joseph, et Salomé, mère des Zébédées. Quant aux chsciples et aux apôti'es, après avoir abandonné le "Maître, ils s'étaient cachés, n'ayant pas môme, comme ces femmes qui s'étaient attachées à Jésus, le courage de le suivre de loin, dans la foule, jusqu'au Gol gotha.

dans une lettre à son ami Sévère Sulpice, que le bon larron vola le royaume du ciel. — Beiievcrso lairociniOj regnum primus in- 'casit, et plus cœli prœdo diripuit.

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